LA MORT DE HAEAT
(Vatt fe» 1A3-)
Quand la nouvelle de l'assassinat de Marat se répandit dans Paris, la pensée que le coupable pouvait être une femme ne vint à l'esprit de personne, et les premiers soupçons s'égarèrent sur ceux qui avaient eu maille à partir avec PAmi du peuple. De ce nombre était Jacques Roux, qu'on trouvait d'ordinaire mâle à toutes les intrigues de cabinet, de même qu'à tous les mouvements de la rue. Marat l'avait vivement attaqué dans son journal, à l'occasion de la pétition de la Section des Gravilliers, dont nous avons rapporté plus haut (page 316) le piteux échec, et Jacques Roux n'avait pas caché son irritation. On le crut un instant capable de s'ôtre vengé, et nous donnons l'interrogatoire qu'il subit à cette occasion devant le Comité de sikreté générale. Jacques Roux avait été dénoncé par l'observateur de police Blache, dont voici également la lettre :
Rapport de police.
« Le citoyen Greive', demeurant rueCimetièr&-Saint-Andrédes-Arts prés celle du Jardinet, faubourg SaintrGermain„chez le citoyen Denis, était mardi dernier avec le citoyen Allain chez le citoyen Marat. Dans le moment qu'ils causaient avec ce dernier, Jacques Roux entra chez Jlarat. Celui-ci lui parla avec toute l'énergie républicaine. Jactiues Roux sgrtit et, de la
n,gti7cdT:G00glc
porte, il lança un regard de fureur mêlé dlndignatioD Bur le citoyen Marat. Ce regard étonna Greive et Allain. Ce dernier avait dit aussi quelques propos à Jacques Roux.
(( Greive donnera la demeure du citoyen Allait).
« Jacques Roux demeure rue Aumaire, à la communauté des prêtres Saint-Nicolas dee Champs.
« Pour avis au Comité de sûreté générale, le 11i juillet 1793, an 11 de la R^.publique.
n fiLACBE. »
Ce rapport était accompagné d'une déclaration signée par les citoyens Allain et Greive, de la Section de Marseille, attestant l'impression profonde qu'ils avaient ressentie en voyant Jacques Roux s'arrêter au bout d'un long palier, avant de descendre l'escalier, et lancer sur Marat un regard prolongé de vengeance impossible à dépeindre.
Jacques Roux fut interrogé le jour même ; mais Charlolie Corday était déjà arrêtée et il fut mis en liberté. On remarquera, dans son interrogatoire, le désaveu qu'il se donne i lui-même, à l'occasion de la pétition qui avait motivé son expulsion du club des Cordeliers.
Comité de Sûreté générale.
Du UJoillet 1793, an n d» Ift Bépobliqoe.
D. a Comment vous nommez-vous ?
R. a Jacques Roux, D. « Où demeurez- vous ?
A. « A Saint-Nicolas des Champs, Section des Graviliiets. D. « Quelle est votre profession ?
fl. M Je suis prêtre et officier municipal de Paris. J>, * Connaissez-vous Marat?
R. « Oui, je l'ai connu et il a trouvé asile chez moi, lorsqu'il était persécuté par Lafayette.
i), a Y avait-il longtemps que vous l'aviez vu lorsqu'il a
il. « Il y a cinq ou six jours que je fus chez lui, pour lui
n,gti7cdT:G00glc
porter mon extrait baptîstaire et une lettre que je lui écrivais, pour lui demander rétractation d'un de »es nuinéroa.
D. H Quand vous êtes entré chez lui , y avait-il quelqu'un ?
R. H 11 y avait six personnes, plus ou moins, autant que je puis me le rappeler.
D. « N'eAtes-voua point dispute avec Marat?
B. u Aucune.
î). « Quel était le motif de votre visite chez lui ?
R. a Celait de lui remettre une lettre, parce que je ne comptais pas le trouver.
D. « Vous avez eu des démêlés avec Marat ce jour?
B. H Non, aucun. 11 me dit que j'étais un hypocrite, autant que je puis me le rappeler.
D. a Quand vous êtes sorti du domicile de Marat, ne lui avez-vous rien dit de f&cheux!
R. « Non.
D. (I H'avez-vou8 jamais écrit pour ou contre la Révolution?
A. « Je n'ai jamais écrit que pour la défendre et la soutenir.
D. « Marat vous dit-il quelque chose de fâcheux?
R. *t Oui, il me conseilla d'aller végéter dans mon état.
D. « Quand vous êtes sorti de chez Marat, n'avez-vous montré, dans votre maintien et votre physionomie, rien qui ail pu déceler que vous aviez de l'humeur contre lui î
ft. « Non.
D. « Vous rappelez-vous des noms des citoyens qui étaient chez Marat?