LES REPHÉSENTANTS POURVUS DE GRADES
MILITtiHBS.
De tout temps les grades militaires ont été fort recherchés de ceux qui pouvaient présenter quelque titre à leur possession, et malgré leur amour de la sainte égalité, les Conventiooaels n'ont pas négligé cet accroissement d'importance. Les abus amenèrent bientôt des réclamations, et dans la séance du ilt mai 1793, Barbarous terminait ses plaintes par cette véhémente apostrophe ; « Je voudrais, par exemple, savoir pourquoi Dubois-Crancé et Ghateauneuf-Randon ont été faits maréchaux de camp ; pourquoi Lacroix, homme de loi comme moi, a reçu le même grade, u
La lettre suivante, émanée de l'un d'eux, va nous donner la réponse.
■ Paru, ce 6 vnU 1793. '
u Chateauitetif-Randon, eolontl de la légion de* Alpes et repriientant député à la Convention naliofuile, ait citoyen ministre de la Guerre.
R J'ai été instruit, citoyen ministre, que le général Custine demandait avec instance que le citoyen d'Hilliers, son aide de camp, de colonel f At nommé général de brigade.
u Je n'ai aucune réOexIoa particulière ii vous présenter
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contre ou au désavantage de cet officier ; mais je ne puis m'empécher de vous observer que ce citoyea n'a été fait l'un des lieutenants colonels de la légion que j'ai l'honneur de commander, ou dont le commandement m'a été confié lorsque je remplissais les fonetions d'adjudant général et de chef de l'ètat-major de la réserve intérieure de l'armée du Midi, qu'au mois de septembre dernier; et qu'il ne fut appelé par Custine pour être son aide de camp qu'au mois de février dernier. De manière qu'ayant dans le corps un plus ancien . lieutenant-colonel de service que le citoyea d'Hilliers, ainsi que d'un mérite rare, l'on m'observe qu'il aérait utile de voir aussi ce dernier parvenir au grade de colonel, et ne pas lui donner le désagrément de voir son cadet avancer si subitement de deux grades, sans qu'il eût au moins l'avantage d'en obtenir un. L'on m'observe, dis-je, que le moyen d'y parvenir serait d'être promu moi-mâme au grade de général de brigade, que vingt-deux ans de service et cinq ans de commission de colonel peuvent me rendre susceptible d'obtenir en même temps au moins que le citoyea d'Hilliers.
Il Je réclame donc à ces différents litres, citoyen ministre, cette justice, le pensais devoir être de la dernière promotion, par mon rang d'ancienneté de service ; mais m'ëtant trompé, le ministre Beurnonville m'offrit de me nommer au choix, comme l'a été fait mon collègue Dubois, moins ancien colonel que moi. Je le remerciai pour le moment ; maie la circonstance relative au citoyen d'Hilliers et au lieutenant-colonel de mon coips qui deviendrait colonel m'invite à vous faire cette sollicitation. Il me sera doux de vous devoir. cette justice pour tous.
« Cutuunkui^Randoh. u
Bouchotte, on l'a vu, s'était empressé d'obtempérer à cette requête qui contenait une sommation à peine déguisée. Ace moment, la vanité se cachait sous l'apparence du désintéressement et de l'ancienneté. Mais quand Duboia-Crancé, pourvu d'une mission active devant Lyon, réclama le traitement affecté à son grade, les représentants revêtus du môme titre, qui continuaient à siéger sans danger à la Convention, s'aperçurent
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qu'il valait mieux être général que député, et demandèrent à être traités comme leur collègue. C'est encore Chateauneuf- RaadoQ qui prit l'initiative et, de même que la première fois, il confondit aa réclamation avec celle de son camarade Roux- FaziUac.
Au citoyen Bouchotte, ministre de ta Guerre.
> Paria, le 30 aadt 1793.
H Citoyen ministre,
H Informés que Dubois-Crancé et Aubry, nos collègues, comme nous généraux de brigade, ont reçu le traitement de ce grade conformément aux lois qui les y autorisent, nous vous prions de donner des ordres pour que nous puissions percevoir le même trairement, à dater du jour de notre nomination (8 mars), Nous joignons ici une note séparée pour chacun de nous.
H Nous sommes prévenus que le commis de la trésorerie nationale pourrait bien nous faire ta difficulté de nous dire, qu'ayant reçu l'indemnité de député, nous sommes supposés avoir opté pour ce traitement ; mais vous ne serez pas trompé par cette subtilité financière et vous voudrez bien, nous le présumons ainsi, ordonner que nous recevrons le traitement des généraux de brigade, défalcation faite de celui de député que nous avons déjà reçu.
u Nous sommes, citoyen ministre, avec fraternité, vos serviteurs,
« Rom, dépulé et général de brigade,
« Ca&TEAunEuF-RAnDO.t, député et général de brigade, »
Tombé en disgrâce à la chute de la Terreur, Chateauneuf- Randon reprit bien vite sa double carrière militaire et politique. Tour à tour général et préfet sous le Directoire, il demanda également à l'Empire de l'employer. Nous reproduisons sa supplique à Napoléon ; elle peint bien l'homme qui se vante d'avoir été premier page de Louis XVI, sans ajouter qu'il a voté la mort du Roi.
viii. 39
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État det services de M. le ginir<ti de division CAaleauneuf-Randon.
B Alexaadre-Paul Cliateaaneuf-KaDdon (Guério Tournel de), membre da collège électoral de la Lozère, né à Tarbes (Basses-Pyrénées), le 29 octobre 1757, marié le 1* avril 1780, veuf depuis quatre mois, a une 011e mariée et dd flis sonslieutenant au 112' régiment.
« Est entré dans les pages à l'âge de douze ans ; a été suecessivemeat premier page, Hous-lieutenant et capitaine de dragons, colonel et commandant de légion à l'armée du Midi, dite ensuite des Alpes.
« Nommé général de brigade après la prise de la Savoie et du comté de Nice, il avait dirigé les bataillons de grenadiers des départements du Gard, de l'Hérault, de l'Ardèche, de ' l'Aveyron, du Tarn et de la Lozère, qu'il avait organisés.
« Promu général de division après le siège de Lyon et de Toulon, autant par son ancienneté de grade dans l'aimée, que pour le récompenser d'avoir fait finir celui de Lyon et d'en avoir dirigé les forces pour achever celui de Toulon.
0 A été civilement membre des assemblées des États-Généraux et Constituante, pour la ci-devant noblesse de l'ancienne province de Languedoc (Gévandan), présentement Lozère ; président de ce département ; élu par un corps électoral à la Convention nationale et, en dernier lieu, nommé par Sa Majesté alors premier Consul, préfet des Alpes-Maritimes, pour y rétablir l'état constitutionnel et l'harmonie troublée entre les autorités civiles et militaires.
« Est de plus membre des collèges électoraux du département de la Lozëre'{origine de sa famille), et des Alpe&>Haritimes, choisi par les premières élections des assemblées cantonales, quoiqu'il fût absent du premier, et qu'il ne fût plus préfet du second.
u A fait très peu sans doute, en comparaison de ce que tant d'autres ont fait, et de ce que son zèle lui inspirait ; mais les circonstances ne l'ont pas voulu autrement. Cependant, an commencement de la guerre de la Révolution, il fut chai^.
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NOTES. «Il
autant comme géaéral que comme représentant du peuple, toujours aux armées et sur la brèche, à l'intérieur comme à l'extérieur, de la réorgaaisatioa et de la confection des règle* ments sur la discipline des troupes, ainsi que de mettre en état de défense la frontière du midi de la France.
u AuKarméesdu Rhio et d'Allemagne, ilacommandé plusieurs divisions actives et celles territoriales des 3*, 5*, 8% d' et 10';ces deux dernières réunies en chef et remplaçant l'armée des P} rénées-Orientales devenue armée d'Italie, où il ût passer ses troupes et où son illustre chef avait daigné lui écrire qu'il l'y attendait; mais le Directoire exécutif s'y opposa.
a II apaciQé et terminé les troubles dans les départements méridionaux, notamment dans ceux du Gard, de l'Ardèche, de l'Aveyron, du Cantal, du Puy-de-Dôme et de la Haute-Loire, surtout dans celui de la Lozère à Jalès, à Lyon où il fut spécialement envoyé comme général et représentant du peuple, avec des pouvoirs illimités sur les généraux et ses collègues, pour terminer d'après le plan qu'il en avait donné les loo^ gueurs du siège. Il y est entré le premier, au bout de huit jours de mouvements pour le cqtû&c, après s'être emparé avec les braves qu'il dirigeait des immenses redoutes qui ont empêché, pendant plus de deux mois, les divers généraux en chef et représentants du peuple de faire la circonvallation de cette forteresse de la nature.
« La présentation des olficiers de la légion qu'il a formée en cavalerie et infanterie, et qui lui a coûté non seulement beaucoup d'avances, mais encore beaucoup d'argent, lui ayant été confiée, il les a choisis avec tant de jugement que la plupart sont devenus officiers généraux ou supérieurs de la plus grande distinction.
tt Membre du Comité de défense générale et militaire dans les Assemblées nationales, il a été un des principaux appuis et défenseurs des officiers généraux et militaires les plus marquants à présent et qui'étaient persécutés alors, soit par leurs talents, soit par la prévention qui existait contre leurs anciens services ou leur ci-devant noblesse.
tt Après avoir rendu compte à Sa Majesté de la lerminaisoD de sa mission comme préfet, ei des difficultés qu'il éprouvait de
6tS HISTOIRE DE LA TERREUR.
la part de quelques fonctiouDaires fiscaux accoutumés par système révolutionnaire d'indépendance à lutter contre l'autorité surveillante, qu'ils étaient déjà parvenus à faire chaoger ; et ayant demandé, pour l'intérêt du service et le bien du pays, leur changement qui a eu lieu depuis, ou le sien avec son retour aux anciennes fonctions de son étatprimitif, Sa Majesté, encore premier Consul, a bien voulu accéder aux vœux qu'ElIe lui avait permis de former et Elle a arrêté, en autorisant son remplacement, qu'EIle le destinait et appelait à d'autres fonctions.
d Depuis cette époque, il n'a cessé de réclamer celles de son état, surtout à tous les renouvellements de guerre. Son âge et sa santé lui permettent parfaitement de les exercer. En attendant, il habite la campagne près Paris, dont la .poursuite d'anciennes affaires de famille exige la proximité. Il voyage quelquefois dans les départements de la Lozère et de la Haute-Loire dans lesquels sont situés les restes de ses propriétés et celles de sa femme ; partout il vit retiré, jouissant de la considération publique, quoiqu'il ne soit plus employé. Livré à l'agriculture, seule consolation pour les anciens fonctionnaires privés de la faveur de leur prince ; beurem sinon de cette privation, du moins par le souvenir inappréciable de n'avoir jamais abusé de ses pouvoirs, d'avoir empêché, partout où il a eu l'autorité, le fléau des maux politiques ou de circonstance qui ont eu lieu pendant la Révolution; etil jouitbien plus qu'un autre, comme solitaire, delà douceur inexprimable d'avoir été des premiers à rendre hommage aux vertus privées de Sa Majesté Impériale, à servir sous ses ordres, à mériter son estime et ses bontés, et dont il est et sera toujours, avec tous les militaires au moins, le très ancien et fidèle sujet, dévoué malgré qu'il n'ait pas l'avantage de la servir, comme il sollicite de nouveau dans cette circonstance.
« Je certifie le présent état de services militaires et civils véritable.
a Chateauneit-Randon, »
XIU.
L'OSCiANISATION INTËBIEDRE DU COSITË
DE 5ALDT POtLIC.
( Voir pag* 9SI.)
Quand la Convention transporta, le 10 mai 1793, le siège de ses séances aux Tuileries, elle installa avec elle ses différents comités dans les dépendances du palais. Le Comité de salut public reçut pour sa part le rez-de-chausaée du pavillon de Flore, et ne tarda pas, en raison de son importance croissante après le coup d'État du 2 juin, à adopter un rë^ement particulier. Cest cette organisation que nous allons, étudier.
Le 13 juin 1793, sur la proposition de Delmas, le Comité commença par se subdiviser en six sections : celle de la correspondance générale, celle des affaires étrangères, celle de la guerre, celle de la marine, celle des contributions publiques, de l'intérieur et de la justice, celle des réclamations.
A la différence des cinq premières, dont la composition n'était soumise qu'aux fluctuations de personnes résultant de modifications dans le Comité lui-même, la dernière était formée de deux membres pris i tour de rôle sur le tableau général, renouvelés d'abord tous les trois jours et peu après chaque journée.
Le 15, une nouvelle délibération vint répartir entre les différentes sections les locaux de réunion et définir, ainsi qu'il suit, les attributions de chacune d'elles.
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COMITÉ DB SALtJT P08UC.
Séance du 15 juin, au matin.
« Sur la proposition d'un membre, il a été arrêté, par Buitedea dispositions faites à la séance du Comité du 13, relativement à son organisation :
« l". Que le grand salon sera destiné à recevoir les collègues et les citoyens ;
« 2". Que la salle à deux colonnes sera destinée aux detis membres du Comité chargés d'entendre chaque jour leurs coliques et les citoyens ;
n 3°. Que la salle où la Constitution a été discutée sera destinée à la section de correspondance générale;
« II'. Qae la salle oîi s'assemble le Conseil exécutif sera destinée pour le comité général, ou le Conseil exécutif provisoire se rendra chaque jour, à une heure après midi, pour y concerter toutes les mesures propres à sauver la République ;
a &>, Que la section pour la correspondance générale sera chargée d'ouvrir toutes les dépèches, de les faire enregistrer et de faire, dans chaque séance, une analyse de tous les objets qui exigeront célérité, pour être soumis dans le jour h la discussion du comité général;
a &>. Que la section chargée des affaires élrangéres s'assemblera tous les jours séparément, avant l'heure fixée pour lecomité général, pour préparer tous les rapports et eo rendre compte au comité général. Cette section demeure chargée de surveiller le département des affaires étrangères et de dénoncer au Comité tous les abus dont elle s'apercevra;
H 7°. Même arrangement pour la section chaînée des aGbires de la guerre ;
a 8°. Même arrangement pour la section des affaires de la marine ;
« 9: Même arrangement pour la section chargée des affaires des contributions publiques, de l'intérieur et de la justice ;
n 10°. Même arrangement poar la section chargée d'en-
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NOTES. Ël!t
tendre les députés à la Convention et les citoyens. Ces deux membres, pria à tour de r61e sur le tableau général et renouvelés tous les jours, feront, dans chaque séance, une analyse des réclamations des députés et des citoyens, et les soumettront au comité général, en observant d'accorder la priorité, jour par jour, aux objets qui exigeront célérité ;
([ 11°. Chaque ministre, en comité général et à l'heure indiquée, rendra compte des objets qui doivent être soumis au Comité, de l'exécution de toutes les mesures qui auront été arrêtées, et présentera ses vues sur tous les objets d'alilité et de prospérité publique;
« 12°. Les bureaux du Comité seront divisés et formés d'après l'organisation du Comité. >>
11 ne restait plus qu'à fixer les jours, les heures et la durée des séances. La lacune fut comblée le lendemain par la délibération suivante.
Sétmee du, 16 juin.
« Sur la motion d'un membre, le Comité arrête ce qui suit:
« Art. 1". — Les diverses sections du Comité de salut public s'assembleront séparément, tous les matins, depuis dix heures au plus tard jusqu'à deux heures.
« Art. 2. — Chaque jour, à deux heures précises, le comité {[énéral se réunira pour délibérer sur les rapports de ses sections; il se réunira également à huit heures du soir pour s'occuper des objets de salut public.
« Art. 3. — Les arrêtés et les projets de décrets ne seront discutés qu'en comité général.
« Art. U. — Six membres peuvent arrêter les projets de décret, pour être présentés à la Convention nationale, mais il faudra, conformément à la loi, les deux tiers des membres pour les arrêtés.
a Art. b. — Le présent arrêté sera affiché dans chacune des salles où le Comité tient ses séances. »
Cette organisation, qui formait en réalité double emploi
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avec le Conseil exécutif et les ministres, pot fonctionner, grâce à la prépondérance du Comité de salut public. Une dernière décision, due & l'initiative de Robespierre, acheva de consolider cette domination, en appelant le Comité de sûreté générale à délibérer en commua .avec le Comité de salut public, une fois par semaine, pour concerter avec lui les mesures d'utilité publique.
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