‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 46 sur 165 · LIVRE XLV · texte numérisé non relu

LIVRE XLV

— « Qui de nous, ajoute Drouet, n'a pas éprouvé le patriotisme de Rossignol? L'injustice dont il a été l'objet est évidente. Je demande que sa destitution soit levée et que Bourdon (de l'Oise) et Goupilleau soient rappelés pour rendre compte de leur conduite. »

„ — Poui-quoi, reprend un troisième membre, Goupilleau a-t-il eu la faiblesse de se rendre dans un pays où ëtaient ses propriétés, lorsqu'il savait que la résolution formelle des Français était de porter le fer et le feu dans les repaires des brigands? Était-il assez ferme pour exécuter une pareille mesure? Élai(-il un nouveau Brutus pour en ordonner l'exécution ? Depuis les premiers jours de la malheureuse guerre de la Vendée, nous avons eu un grand nombre de commissaires et les affaires n'en ont pas éié mieux. Choudieu n'a vu qu'Angers; Goupilleau n'a vu que la Vendée. Je demande le rappel de tous les commissaires qui sont dans ce pays. Ce sont tous des malheureux qui nous ont perdus. »

Cette proposition était trop libérale et provoque des murmures. Tallien en profite pour recommencer t'éloge de Rossignol.

u — On n'a pas rapporté cootre lui, dit-il, un seul fait relatif à ses fonctions de général.

« — Qu'a-t-il fait pour être général? s'écrie une voix.

« — On demande ce qu'a fait Rossignol, reprend Tallien. Je répondrai : depuis le commencement de cette guerre, il s'est battu plus de cinquante fois à la tête de la 35' division de gendarmerie qu'il commandait. Comme

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gùoéral, il a trouvé une armée débandée et il l'a réorganisée. Pourquoi Rossignol ne trouverail-il pas de défenseur dans une assemblée ou l'on a répoodu de Beysscr et de Weslermann ? Serait-ce parce qu'il est un véritable sans-culotte? Non, l'Assemblée sera plus juste; elle lèvera la suspension et il sera beau de voir Rossignol, sorti de celte classe tant dédaignée par la noblesse, succéder à monseigneur le duc de Biron. u

La Convention applaudit à ce dernier trait et Rossignol, réintégré dans ses fonctions, est admis aux honneurs de la séance. « J'ai juré, dit-il en remerciant, d'evterjniner les brigands et de détruire leurs asiles; je le ferai. »

L'anarchie qui régnait parmi les républicains était faite pour relever le courage et la confiance des Vendéens.

Déjà ils avaient remplacé Catlielineau et élevé d'EIbée aux fonctions de généralissime. Dans les premiers jours de septembre, ils divisent le pays en cinq districts militaires et se préparent à reprendre l'offensive sur tous les points à la fois.

L'arrivée de la garnison de Mayence changea la face des choses. Elle avait dû, lors de la capitulation, souscrire l'engagement de ne pas porter \es armes pendant un an contre les puissances alliées. Cette condition, en apparence si dure, en rendant i. la défense inté-

rieure 8,000 hommes de troupes exercées, était au contraire pour la CoDventiOD une chance inespérée de salut.

Le premier moment d'émotion passé, BarèreTait voter no crédit de trois millions destinés à conduire en poste josqu'en Vendée les héroïques défenseurs de Mayeuce. Le 17, un nouveau décret envoie les représentants Meriin (de Thionville) et Rewbell rejoindre leurs frères d'armes. Canclaux et Rossiguol se disputaient ce précieux renfort; le Comité de salut public char^je un conseil de guerre, composé de généraux et de représentants, de trancher la question et d'arrêter le plan de campagne.

Deux projets étaient en présence. L'un donnait l'iniliative à l'armée des c^tes de Brest- Il consistait à combiner, entre les deux divisions de Mayence et de Nantes et les troupes de Rossignol, un mouvement demicirculaire et convergent, destiné à refouler les rebelles jus(|u'au cœur du pays insurgé et k les écraser sous l'effort des deux armées réunies. Le second, beaucoup plus simple, se bornait à concentrer toutes les forces républicaines à Saumur, et à organiser une battue en ligne, de l'est à l'ouest, afin d'acculer les Vendéens entre la Loire et la mer.

Le Comité de salut public avait déjà donné son appi'Obatton au premi^ plan, dans la crainte de jeter la Vendée dans les bras de la Bretagne et de l'Angleterre. Ce fut également l'avis du conseil de guerre tenu à Saumur, le 2 septembre, où assistaient onze représentants et autant de généraux. L'armée de Mayence resta donc sous le commandement de Canclaux, pendant que Rossignol Ëiisait sonner le tocsin et procéder 'a

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la levée ea niasse dans les départements limitrophes. La campagne s'ouvrit par un revers. Le général Lecomte. qui remplaçait TuDcq malade, se laissa surprendre, le 5 septembre, à Chantonnay. Cet échec, qui n'avait rieo d'irréparable, compromit tout le reste des opérations.

D'après le plan arrêté à Saumur, l'armée des côtes de Brest et celle des côtes de la Rochelle devaient se trouver réunies le 16 septembre devant Mortagne. Les troupes de Canclaux se mirent donc en marche dès te 9; mais Rossignol, soit crainte, soit dépit, n'apporta pas la même rapidité dans l'exécution du mouvement convenu. Le 17, la division de Saumur n'était encore qu'à Vihiers, pendant que Canclaux, obligé d'attendre, s'arrêtait à Clisson et apprenait que des ordres contradictoires avaient imposé aux divisions de Niort et des Sables des marches et des contre-marches inutiles. Au milieu de ces hésitations, les Vendéens attaquent, les unes après tes autres, ces troupes abandonnées è elles-mêmes sans cohésion et sans tien. Le 18 septembre, Sanferre avec la division de Saumur est battu à Coron. Le 19, le chevalier Duhoux met en déroute, à Beaulieu, la division d'Angers commandée par son oncle, — r les jeux de la fortune et de la guerre ! — Le même jour, l'avant-garde de l'armée de Mayence, malgré les eiïorts de Kléber, est écrasée à Torfou par tes forces réunies de Bouchamp, d'Ëlbée, Charette et Lescure; le 21, ces deux derniers surprennent, à Montaigu, Beysser et la garnison de Nantes, et couronnent ieur succès, le 23, en refoulant à Saint-Fulgent la di-

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