‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 2)Chapitre 8 sur 165 · LIVRE XLI. n · texte numérisé non relu

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taires. Il réclamait alors, etnousréclamons aujourd'hui pour lui, la liberté individuelle, la liberté de la presse, l'inviolabilité et la libre circulation des lettres. »

La gauche, qui s'inquiète très-peu de toutes ces libertés depuis qu'elle s'est emparée violemment du pouvoir, insiste avec énergie pour l'ajoumemeot du projet ; la majorité, enhardie par le courageux langage de Douloet, décide que la discussion continuera. Les démagogues, pour arriver à leurs 6ds, usent alors d'une tactique qui leur a déjà réussi plus d'une fois; ils envoient à la tribune un de leurs plus obscurs adidés, le montagnard LejeuQe. II est cinq heures de l'après-midi ; l'assemblée siège depuis le matin. La gauche espère, cette rois encore, avoir raison de ses adversaires par la lassitude, et ajourner ainsi de fait, sinon de droit, la discussion.

Lejeune remplit parfaitement son rôle. Il entame un interminable discours où reviennent tous les lieuxcommuns ressassés depuis deux mois dans les clubs et les sociétés soi-disant populaires. Il glorifie l'insurrection du 2 juin el proclame que » tous les moyens sont bons pour un peuple, quand il s'agit de conquérir et de conserver la Uberté. » H s'élève contre l'article qui donne à la Convention le droit exclusif de requérir la force armée. « On vous a, dit-il, présenté cette mesure comme le seul moyen de protéger votre existence politique. A mes jeux, ce serait le comble de la tyrannie que de réunir dans les mêmes mains le pouvoir de faire les lois et la direction delà force publique. Vous n'avez qu'une grande mesure à prendre : frapper le mal dans sa racine, cas-

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ser les administrations criminelles qui paraissent vouloir se liguer, déclarer conspirateurs et traîtres à la patrie les administrateurs qui oseraient se lever contre la représentation nationale, les mettre hors la loi,lesliTrersous vingt-quatre heures entre les mains de l'exécuteur des hautes œuvres, remplacer provisoirement les administrateurs de département par ceux de district, et augmenter le traitement de ces derniers, d

Lejeune n'était pas un orateur éloquent, mais il devait être un philosophe versé dans la connaissance du cœur humain. En promettant une augmentation de traitement aux administrateurs de district pour qu'ils prissent la place de leurs supérieurs hiérarchiques, il savait toucher à propos la corde sensible. De tous temps la méthode a été la même, et de tous temps elle a réussi. On fait briller de l'argent ou des grades aux yeux de ceux que l'on veut convertir, et sans plus d'efforts, on obtient des adhésions intéressées, des enthousiasmes soldés, qu'il est facile ensuite de transformer en manifestations spontanées de l'opinion publique.

Quand Lejeune descend de la tribune, la gauche réclame de nouveau à grands cris la levée de la séance.

« Non ! non ! répond la droite, le décret sans désemparer. »

Danton voit que la victoire de la Montagne est douteuse, et n'hésite pas à jeter dans ta balance le poids de son éloquence de tribun. Il répudie les propositions qu'en sa qualité de membre du Comité de salut public il a contribué à élaborer ; il demande le renvoi au Comité pour qu'un nouveau rapport soit rédigé dans les vingt-

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quatre heures, k L'article sur les ébungers, dit-il, ne contient qu'un principe; il convient de le développer. Quant à la mesure improprement dite des otages, elle ne paraît pas urgente; beaucoup même la Jugent inutile. Les autres articles méritent une discussion solennelle : chacun dira son opinion sur ce qu'il faut faire en vue du salut public; mais, croyez-le, le peuple ne s'ébranlera pas pour réclamer par la violence quelques députés que vous avez cru devoir poursuivre devant la nation, et qui ne doivent attendre leur liberté que d'un arrêt légalement prononcé par un jury national que vous organiserez à cet elîet. »

Le courageux Doulcet répond :

« Que l'on ajourne, si l'on veut, la loi sur les étrangers, mais qu'on n'ajouroe pas les mesures qui doivent rétablir la liberté de la presse et l'inviolabilité du secret des lettres; qu'on n'ajourne pas la destruction des autorités monstrueuses qui se sont élevées à Paris et ailleurs. A cet égard, la conviction de tous les membres de l'Asseiublée doit être faite. Que la Convention prononce.

— On a demandé, ajoute ironiquement Fonfrède, que le secret des lettres ne pût être violé. Si vous n'adoptez pas cette mesure, comme Paris ne doit pas être seul en tiers dans la correspondance de toute la République, vous autoriserez sans doute, par un décret, toutes les administrations départementales à user de représailles. J'en fais formellement la proposition. »

L'énei^ique obstination de Doulcet, les sarcasmes de Fonfrède ne font que rendre plus violentes les vocifé-

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rations de la Montagne et des tribunes. Bazire, Levasseur, Bentabole, Jean Bon Saint-André insistent pour le renvoi au Comité. Enfin Barère annonce qu'il retire ie projet et qu'il en présentera un nouveau le lendemain, en tenant compte des observations qui ont été faites. Le piège était grossier, mais de nature à calmer les scrupules des esprits timides, toujours si nombreux dans les grandes assemblées. La majorité, d'ailleurs, était déjà fatiguée de ses velléités d'énergie, et, sous l'empire de ces sentiments divers, l'ajournement au lendemain est décidé. En fait il devait être indéfini.

Ni le lendemain, ni les jours suivants, il ne fut plus question des articles renvoyés à l'examen du Comité de salut public. Les événements marchèrent; les comités révolutionnaires, que Barère lui-même avait signalés comme des repaires de bandits et de voleurs, continuèrent à fonctionner comme par le passé ; on ne parla plus de restreindre les pouvoirs illimités dont eux-mêmes s'étaient revêtus, et quand plus tard le Comité de salut public reviendra entretenir l'Assemblée du sort des proscrits, les mesures qu'il réclamera ne ressembleront en rien à celles qu'il avait d'abord proposées.

Pendant que la Convention donnait ces preuves réitérées de défaillance, le Conseil général de la Commune et ses dignes acolytes, les membres du Comité révolutionnaire, redoublaient d'audace et d'insolence. Ils faisaient

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