LIVRE XLVl
La députatioD de Nantes se présenta, le 3 août, ayant à sa léte Baco, maire de la ville. Ce dernier ai>- DODce que la constitution montagnarde a reoconlré l'adhésion unanime du peuple nantais. C'était un désaveu implicite de la délibération incriminée ; mais Baco ajoule qu'il est nécessaire de renfermer dans des limites plus étroites l'autorité des comités et des commissaires, et qu'il est à désirer que l'Assemblée, ayant terminé sa tâche, remette les rênes du gouvernement dans des mains plus heureuses.
La Montagne s'indigne de ce fier langage. Thuriot et Chabot s'écrient qu'il Taut chasser les péiitionnaires de la barre : Dartigoyte ajoute qu'il faut mettre le maire en arrestation.
Baco demande à se défendre.
— « Il est douloureux, dit-il, quand on peut montrer tes cicatrices des blessures reçues en combattant Ifâ insurges de la Vendée, d'avoir à se justifier du crime de rébellion. Pourquoi parle-l-on de m' emprisonner, moi qui ai refusé de signer l'arrêté du 5 juillet; moi qui ai blâmé Beysser de l'avoir fait ; moi qui viens vous offrir le baiser fraternel? »
— « Un baiser fraternel ne se donne pas en injuriant », réplique Collot d'IIerbois.
— « Baco, répond Fayau, est lechef descontre-ré-
adminietrolaurii du département de la Loire-Inrérîeure qui oal sigrë l'arrUé déDoncé par les représenlanU du peuple Cafaignac, Merlin et Gillel, en date du i ds c« mois, el Coustard, député, qui a refusé de se rendre à la ConvenUon sont mis hors la loi, el qu'il est enjoint fe tous g^iéraui, officie» et soldats de la République et ù tous lea bons citoyens de leur courir sus. >
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TolutioQDaires naotaïs. Oui, cootioue-t-il eo interpellaDt directement le maire, ta savais que, dans une maison dont les Fenêtres n'oot pas été ouvertes pendant le siège, il y avait douze ceats couverts préparés pour les rebelles. »
— « Tu en as menti », s'écrie Baco, incapabiede se contenir à cette indigne calomnie.
Danton, du haut du fauteuil de la présidence, rappelle à l'ordre l'audacieux qui se permet de répondre à un membre de la Convention ; maïs Legendre trouve qu'il faut un châliment plus sévère et demande le renvoi des pétitionnaires au Comité de sûreté générale et l'arrestatioa de leur interprète. L'Assemblée approuve et Baco, convaincu d'outrage envers la représentation nationale, est envoyé à l'Abbaye^.
Beysser avait eu l'habileté de ne pas accompagner la députation chargée de demander sa réintégration. Il la suivit de près et, le 7 août, il adressait au président de la Convention une lettre, dont le ton d'humilité contraste singulièrement avec la mâle énergie de ses défenseurs.
« Citoyen président.
En exécution du, décret de la Convention qui me mande à la barre, j'arrive à Paris. Je suis prêt k paraître
t. Nous avons retrouvé la minute du décret rendu le t soill contre Baco; il est ainsi conçu :
I La Convention nationale décrète que le citoyen Baco, maire de Nantes, qui, étant à la barre, a outragé tu représentation natioule, dans la personne d'un de ses membres, en Ini disant (u en a» i>teiili, sera sur-le-cliamp mis en état d'arrestation à l'Abbaye, d
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devant la GoDveniioo. Je compte trop sur sa justice pour n'être pas sûr que, dès qu'elle' m'aura eotendu, toutes les préveDlioDs qui auraient pu s'élever sur mon compte seront dissipées.
u Je suis, avec respect, le citoyen
« J.-M. Bbtssbr m.
Cette lettre fut renvoyée au Comitedesalutpublic, qui accepta les explications de Beysser et lui rendit même toute sa confiance. Au prix de quelles promesses le général était-il rentré en grâce ? C'est ce que l'arrêlé suivant va nous apprendre.
« Sur l'avis donné au Comité de salut public de laretraite des ci-devant députés mis hors la loi dans les départements de la ci-devant Bretagne et de l'effet dangereux que produit leur présence dans ces pays;
II Vu la nécessité de dissiper le noyau de la force armée des rebelles qui subsiste encore dans ces départements ;
a Attendu l'inexécution constante des décrets de la Convention de la part des autorités constituées, surtout des administrateurs de ces départements;
« Le Comité a chargé le général de brigade Beysser de surveiller l'exécution des décrets rendus contre les ct-devant députés mis hors la loi et les administrateurs mis en état d'arrestation et décrétés d'accusation. II est autorisé également à dissiper le reste de la force armée des rebelles à la loi, à en arrêter les chefs et à prendre tous les moyens qui seront en son pouvoir, pour faire traduire à Paris les conspirateurs qui se sont refusés
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308 HISTOlllE DE LA TERREUR.
h l'exécution de la loi dans la ville de Rennes'. > Comme on le Toit, il s'agissait bien moins d'une expédition militaire que d'une mission politique, et ce soldat brillant, que sa belle figure, sa grande taille et son courage au feu avaient jusqu'alors entouré d'une auréole martiale, acceptait de rendre des services qu'on n'obtient jamais d'un général.
S'il pouvait rester quelques doutes à cet égard, ils seraient levés par le second arrêté qui, à huit jours d'intervalle, suivit celui qu e nous venon s de rapporter'. Le Comité de salut public approuvait cette fois < le parti pris par le miuistre de la justice d'employer, sur * les fonds à sa disposition, une somme de cent mille
1 . Cet arrêté avait él^ pris dans la séance du SO aoUl 1793 où eiégealeot Barère, Coutbon, Hârault, Priear, Robespierra et ThurioL