LIVRE XXXIII
scélérats qui ont osûm'accusier, je me suis retranché dans la citadelle de la Raison, j'en sortirai avec le canon de la Vérité. 1)
Ea regagnant sa place, Danton est l'objet d'uoe véritable ovation de la part de ses collègues de la Montagne. Les applaudissements des tribunes se prolongent pendant quelques minutes.
Lorsque le câline est un peu rétabli, Fabred'Églantine vient démentir le fait que Biroteau lui a imputé, d'avoir demandé à mots couverts un roi ou un dictateur. Pour toute réponse les Girondins proposent un décret ainsi conçu : « La Conven/ÀM'^, considérant que le salut du peuple est la suprême loi, décrète que, sans avoir égard à l'inviolabilité d'un représentant de la nation française, elle décrétera d'accusation celui ou ceux de ses membres contre lesquels il y aura de fortes présomptions de complicitéavecles ennemis de la liberté, de l'égalité et du gouvernement républicain, résultant des dénonciations ou des preuves écrites déposées au Comité de défense générale, cbargé des rapports relatifs aux décrets d'accusation à lancer par la Convention. »
Cette mémorable séance du 1" avril marque bien la profondeur de l'abîme qui se creusaitchaque jour davantage entre la Gironde et la Montagne. La Gironde y donna l'exemple de toutes les impérities et de toutes les imprévoyances; elle attaqua Danton sans preuves suffisantes. Elle indiqua le sort qu'elle réservait à ses adversaires en prononçant pour la première fois le nom d'échafaud. Elle proposa et tît adopter un décret qui détruisait, sans application immédiate et spéciale, l'in-
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Tiolabilité des représentants du peuple, et donnait une libre carrière à toutes les haines et à toutes les vengeances.
Coïncidence digne de remarque, la Gironde et la Montagne se déclaraient une guerre à mort au moment même où, à soixante lieues de là, Duraouriez, arrêtant les commissaires de la Convention, levait l'étendard de la révolte et proclamait la déchéance de l'Assemblée.
La séance du 3 avril est marquée par un Doiivel incident. — la section du Mail vient dénoncer l'assemhlée illégaîe tenue à l'Évêché.
Sa dénonciation est aussi nette que catégorique; elle déclare qu'elle a été induite en erreur sur la portée des intentions de ceux qui ont provoqué celte réunion, qu'elle vient de révoquer les pouvoirs de ses commissaires, qu'elle entend ne se soumettre qu'aux autorités constituées et aux lois émanées de la Convention nationale. On apprend en même temps que six autres sections q\li avaient également envoyé des commissaires à la réunion, Beaurepaire, la Croix-Rouge, l'Arsenal, le Marais, les Gravilliers et les Arcis, ont pris des arrêtés dans le même sens, et que dès lors le comité central n'a plus l'adhésion de la majorilé des sections.
Barère connaissait dès le matin ce revirement d'opinion. Toujours prêt à faire parade de son courage et de sa fermeté stoïque lorsqu'il n'y a aucun danger à cou-
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