‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 12 sur 205 · LIVRE XXXIir · texte numérisé non relu

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rir, il adresse à la députalion du Mail les plus emphatiques félicitations ; puis il ajoute :

Il II faut déchirer d'une main ferme et vigoureuse le voile qui couvre le précipice où l'on veut faire tomber la République. Une nouvelle tyrannie tend à s'élever, c'est celie d'un comité central, appelé de salut public, qui correspond avec les déparlements et qui, s'établissant à côté de la Conveotion nationale, seul centre de la République, semble vouloir lutter contre elle. Je ne blâmerai jamais les inquiétudes des bons citoyens dans les moments où la patrie est en danger, mais je blâmerai toujours ceux qui profitent de ce danger pour usurper la souveraineté nationale. Les sections de Paris n'ont pas le droit d'usurper cette souveraineté. Les sections de Paris n'ont pas le droit de former ce comité. Tous ces projets enfantés par de petites ambitions ne peuvent que dégrader ou avilir la représentation nationale; je proposerais un décret d'accusation contre ces prétendus commissaires si je ne les croyais plus égarés que coupables.» Mais Barère n'était pas seulement monté à la tribune pour défendre la souveraineté nationale; il avait surtout à cœur de se disculper des accusations de Marat, qui avait mêlé son nom à celui des adulateurs de Dumouriez. Sans transition aucune : « Je liens à la main, dit-il, un écrit intitulé : le PubUciste, par Marat, député à la Convention. Je n'examinerai pas si un représentant du peuple peut donner ainsi l'exemple de la désobéissance aux lois en violant lui-même un de vos décrets '.

1, Voir l, VI, p. 197, le décret, en date du 9 mars, qui, sur

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Quant à moi je blâme ce décret, et si j'eusse été présent au moment de son adoption, je m'y serais opposé de toutes mes forces. Mais je trouve dans ce journal une calomnie à mon adresse. Jusqu'à présent la plume de Marat m'avait épargné. Aujourd'hui il m'accuse d'être le complice du plan de contre-révolution conçu par Dumouriez. Ma conduite répond à tout. Lorsqu'il s'est agi de la mort du tyran, je crois avoir voté avec assez de fermeté. Je me suis opposé à tous les projets entachés de fédéralisme. Quand on a lu au Comité la lettre de Dumouriez, datée du J2 mars, j'ai proposé contre le général le décret d'accusation; Danton seul s'y est opposé. »

Marat répond en se posant comme l'arbitre des réputations et le juge de ses collègues : « Si Barère m'avait adressé sa réclamation, j'y aurais fait droit. Il sait que jamais je n'ai refusé de rendre à chacun la justice qui lui appartient; mais ce que je ne puis admettre, c'est que vous vouliez m'ôler ma plume : c'est l'arme avec laquelle je combats pour la patrie. Vous ne . pouvez défendre à l'écrivain patriote de publier ses idées. On ne peut me faire un crime de mettre mon nom à mes écrits. C'est le cachet de l'homme d'honneur, qui veut répondre de ce qu'il publie. — Eh bien, s'écrie Fonfrède, je demande formellement que vous reveniez sur ce décret. Vous ne pouvez arracher la plume des mains de Condorcel lorsque Marat conserve la sienne! »

la proposition de Lacroix, avait ordonné aux députés d'opter entre leurs fonctions de représentants du peuple et leur profession de journalistes.

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Le rapport du décret du 9 mars est volé à l'unanimité; puis, sur la proposition de Barère, la Convention déclare : « 1" que la section du Mail a bien mérité de la patrie; 2° que le maire de Paris sera mandé à la barre pour rendre compte de ce qu'il sait relativement au rassemblement des commissaires de sections à l'Évêché; 3" que la même fermeté qu'elle a déployée dans le jugement du tyran dirigera ses délibérations dans les mesures qu'elle prendra pour abattre la nouvelle tyrannie qui s'élève et qui menace d'usurper ou d'anéantir la représentation nationale. »

A. la réception de ce décret, Chaumette accourt à l'Assemblée pour y protester de la soumission de la Commune. Il annonce que la municipalité désavoue les commissaires de l'Évêché et a déjà cassé leurs arrêtés. Devant une réprobation aussi générale, force fut aux agitateurs des sections d'ajourner leurs conciliabules; mais ils se donnèrent rendez-vous pour une prochaine occasion.

A peine la séance du 3 avril est-elle ouverte, que les commissaires de la Convention, qui' viennent d'arriver de Ulle, paraissent à la tribune. Lacroix annonce l'arrestation de Camus et de ses trois collègues; il lit la proclamation que Dumouriez a adressée aux administrateurs du Nord pour leur annoncer qu'il marche sur

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Paris '. L'émotion que cette nouvelle jette dans T Assemblée est encore augmentée pai" la lecture d'ime lettre de Custine, en date du 30 mars, qui annonce que son avant-garde vient de subir un grave échec près de Bïngen, et qu'il est obligé de se replier sur Mayence. Plusieurs députés réclament la parole. Lacroix fait observer qu'il ne faut pas discuter, mais agir; il demande que le Comité de défense générale se rassemble sur-le-champ et vienne ensuite soumettre à la Convention les mesures de salut public qu'exigent les circonstances. Thuriot pro^ pose d'appeler k la barre le Conseil exécutif, le Conseil de département, le Conseil général de la Commune, le commandant de la garde nationale, et de déclarer l'Assemblée en permanence.

Ces motions sont immédiatement adoptées. Marat parait à la tribune. L'Assemblée semble fort peu disposée, dans des circonstances aussi graves, à écouter les billevesées de l'Ami du peuple. Mais Marat insiste : « Je prends acte, s'écrie-t-i!, contre la Convention des efforts que l'on fait pour étouffer ma voix. » — « Écoutons-le, dit Genissieux. S'il arrivait un malheur, Marat dirait que c'est parce qu'on n'a pas voulu l'entendre. " L'Assemblée se résout à subir la harangue de l'ignoble tribun. Celui-ci en témoigne sa reconnaissance par cet exorde : *i II n'y a que des traîtres qui puissent étouffer ma voix, je vous rappelle au silence et a vos devoirs; s'il est un homme qui ait des droits pour être entendu, c'est moi qui, depuis huit

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