LIVRE XXXVIH
mes se réunissaient daas un certain lieu où ils discutaient sur les meilleurs moyens d'enlever à la Conveotioû vingt-deux têtes. Quoique très-invraisemblables, ces faits doivent fixer votre attention, surtout au moment où les représentants du peuple souverain n'ont pas assez de force pour faire respecter une consigne dans l'intérieur même du lieu de leurs séances.
«Je passe maintenant aux diverses mesures proposées par Guadet, et, sans inculper ses intentions, je les combats. La première : casser les autorités con.stituées de Paris; si je voulais l'anarchie, j'appuierais cette proposition. Vous m'avez mis à même de voir comment agissaient ces autorités. J'ai vu un département faible et pusillanime; j'ai vu des sections se régissant comme de petites municipalités; j'ai vu à la tête de la Commune un homme nommé Chaumette dont je ne connais pas le civisme, mais qui autrefois était moine. Pour moi, je l'avoue, je n'aime pas à voir à la tête des administrations des ci-devant moines, des ci-devant nobles. J'ai vu une Commune exagérant ou modifiant les lois à sa fantaisie. Je l'ai vue organisant une armée révolutionnaire; je crois que sur cet objet vous devez charger votre .Comité de salut public de vous faire un rapport
<i Ne cassez pas les autorités parisiennes, ainsi que vous le propose le préopinant. Ce sei'aït l'interrègne des lois; mais créez une commission de douze membres dans laquelle les ministres et le Comité de sûreté générale seront entendus et qui sera chargée de prendre les mesures nécessaires pour la tranquillité publique et d'exa-
miner les arrêtés pris par la Commune depuis un mois..
« Quant à la mesure proposée par Guadet, de convoquer à Bourges l'assemblée des suppléants, cette mesure est mauvaise; c'est par votre courage, c'est par votre fermeté, que vous braverez les orages qui se forment contre vous. D'ailleurs, croyez-vous que si des scélérats parvenaient à dissoudre la Convention, le même couîT/quila frapperait ne se ferait pas sentir à vos suppléants ? » ,
Barère avait raison dans la dernière partie de son argumentation. C'était à Paris qu'il fallait combattre, vaincre ou périr. Mais, pour que cette lutte suprême présentât des chances favorables à la Convention, il fallait qu'elle enlevât à sa rivale la direction de la force armée et de la police, ces deux leviers des sociétés modernes. Guadet et ses amis eurent tort de ne pas insister davantage sur la cassation immédiate des autorités parisiennes. Surprises par ce coup d'autorité, elles n'eussent pu opposer à la Convention qu'une résistance impuissante. C'était la seule mesure elHcace à tenter: Au lieu de cela, le décret que Barère fit adopter était une véritable menace, mais n'avait pas de sanction véritable; il semblait créer une puissance formidable, mais ne lui donnait aucun moyen de se faire obéir. Ce décret ainsi conçu :
« La Convention nationale décrète qu'il sera formé « dans son sein une commission extraordinaire.
[i Celle commission sera composée de douze mema bres; elle sera chargée d'examiner tous les arrêtés « pris depuis un mois par le Conseil général de la
LIVKE XXXVIII. ïiî
1 cominuûe el les sections de Paris, de prendre coni naissance de tous les complots tramés contre la liberté [ dans l'intérieur de la République. Elle entendra les [ miaistres de l'intérieur et des alTaîres étrangères, les ' comités de sûreté générale et de salut public, sur les [ faits venus à leur connaissance, relatifs aux conspi- [ rations qui ont menacé la représentation nationale, et 1 prendra toutes les mesures nécessaires pour se procu- I rer les preuves de ces conspirations et s'assurer des 1 personnes des prévenus.
■1 Les membres nommés a cette commission seront 1 tenus d'opter dans vingt-quatre heures, s'ils sont ( membres d'un autre comité, et seront remplacés par I leurs suppléants dans le cas où ils n'accepteraient ( pas '. )>
La séance du dimanche 19 mai se passa -sans incident remarquable; il n'en fut pas de même de celle du lundi 20.
Ramel Nogarel, au nom du Comité des ûnances-,
1. Il est à remarquer que d'ordinaire les décrets qui ordonn^tenl la création de commissions nouvelles ne contenaient pas de dispositions semblables h celles de ce dernier paragraphe. Cette innovation est une preuve de l'importance que l'Assemblée attachait à la création de la commission des Douze, puisqu'elle voulait que les membres qui en feraient partie abandonnassent toute autre mission pour consacrer leur temps £i l'oeuvre de sûreté publique qui allait être entreprise, bélasî trop tardivement.
mzedBïGoOgle
avait présenté le projet d'un impôt progressif sur tous les citoyens ayant plus de 600 livres de rente. Cambon proposait d'y substituer un emprunt forcé d'un milliard à prélever sur les riches. Au moment où Barbaroux monte à la tribune pour combattre la motion du financier de la Montagne, des cris : « A bas ! à bas ! » partent des galeries, et recommencent toutes les fois que le député marseillais essaye de se faire entendre. Force lui est donc de renoncer à la parole et de retourner à sa place. Une vive indignation se manifeste dans une grande partie de l'Assemblée.
Mais Marat ne voit dans ces désordres incessantsqu'un sujet de plaisanterie. « Que signifie, dit-il , cette terreur panique à l'aspect de quelques mouvements d'improbalion excités par des femmes? L'expérience aurait dû en guérir la Convention. Depuis deux ans, on entend vos lamentations, et vous n'avez pas une égratignure à montrer à vos commettants. »
" — Sommes-nous libres, oui ou non? s'écrie un .membre de la droite. Quant à moi, je déclare que, depuis trois mois, je ne le suis pas. Comment pourrait-on se croire libre en entendant chaque jour les vociférations, les cris, les insultes, les menaces des tribunes? »
« — L'homme courageux est toujours libre, ajoute Boissy-d'Anglas ; mais le salut public est attaché au respect pour la Convention nationale. Le moyen le plus sûr de la faire respecter est «de poser une loi sévère. Je demande qu'au premier murmure des citoyens d'une tribune, elle soit évacuée à l'instant. Je demande que le maire et le commandant général soient mandés pour