LIVRE XXXVIll
déclarer s'ils ont les moyens de taire exécuter ce décret; s'ils répondent négativement, la Convention, dans sa sagesse, verra quelle décision elle doit prendre. »
« — Oui, dit Buzot, il faut bien établir que les tribunes de la Convention appartiennent à tous les citoyens et non à quelques femmes forcenées, avides de meurtre et de sang, qui vont puiser les principes les plus féroces dans des sociétés dépravées. »
H — Comment, reprend Vergniaud, peut-on espérer sauver la République, si on ne parvient à faire cesser ces troubles scandaleux qui arrêtent la mai-che de vos délibérations, ces ardentes clameurs, ces buées avilissantes qui viennent apporter le désordre au sein de la Convention? Ils sont les ennemis de la liberté, tes protecteurs de l'anarchie, tes assassins des braves volontaires qui versent leur sang pour la défense de la patrie, puisqu'ils rendent leur dévouement inutile, ceux qui nous empêchent de travailler à la Constitution. » Ici Vergniaud est violemment interrompu par les murmures de la Montagne.
(, — C'est toi, monstre, qui es un assassin, lui crie te peintre David, au paroxysme de la fureur. »
Le député de la Gironde dédaigne les invectives de ce maniaque et continue en ces termes : " Citoyens, des imposteurs vous ont souvent accusés de calomnier Paris. Eh bien ! je vais vous faire une proposition qui prouvera combien est grande votre confiance dans le peuple de Paris, et avec quel soin vous le distinguez des scélérats qui s'agitent dans son sein, se nourrissent de son sang et de sa substance. Faites une proclamation
OÙ VOUS rendrez compte des projets perfides qui se trament contre la liberté; envoyez cette proclamatioa aux quarante-huit sectioQS de Paris avec le procès-verbal de la séance d'aujourd'hui; demandez-leur une. garde imposante pour maintenir la police dans toutes les parties de l'enceinte du temple de la liberté, y faire exécuter vos décrets et assurer l'indépendance de vos délibérations. »
Robespierre jeune assume sur lui la tâche de répondre au grand orateur girondin. Il déclare qu'il se sent libre, qu'il ne comprend pas ceux qui prétendent qu'ils ne le sont pas. « Quelle liberté leur faut-il donc? ajoute-t-il. Us n'ont élé que trop libres pour faire le mal. Guadet n'a-t^il pas craint, hier encore, de dire que les Jacobins, cette société fameuse par les héros de la liberté qu'elle compte dans son sein, n'était composée que de contre-révolutionnaires? N'est-ce pas le langage de Pitt, de Gobourg, de Dumouriez et des brigands de la Vendée? »
■ L'Assemblée finit par renvoyer au comité de législation toutes les propositions relatives à la police des tribunes; puis, aj'ant repris la délibération sur les mesures financières, elle accepte le principe de l'emprunt forcé sur les riches proposé parCambon.
La création de la commission des Douze avait élé votée en principe le 18. La Convention s'était réservé