LIVRE XXXVIM. SS
ainsi que le demande la droite? La Convention est en proie à un désordre indescriptible. Chacun des deux partis veut faire poser la question telle qu'il l'entend. Le Président est obligé de se couvrir. Au moment où le calme commence à se rétablir. Danton , debout sur son banc, donne le signal d'un nouveau tumulte.
« Je vous le déclare, dit-il, en montrant le poingà la droite, tant d'impudence commence à. nous peser; nous vous résisterons. »
On demande à droite que la déclaration de Danton soit consignée au procès-verbal.
H Je Ije demande moi-même, dit Danton toujours debout, mais je réclame la parole.
« — Non) pas de privilège, s'écrie-t-on à droite. Danton ne peut étreentendu dans ce moment.
Le président, h — Danton a fait une déclaration; comme elle doitêtre insérée au procès-verbal, il demande à la répéter.
Danton. « — Je déclare a la Convention et à tout le peuple français que, si Ton per^iiste ît retenir dans les fers des citoyens dont tout le crime est un excès de patriotisme; si l'on refuse constamment la parole à ceux qui veulent les défendre, je déclare, dis-je, que s'il y a ici cent bons citoyens, nous vous résisterons, La commission des Douze détient à l'Abbaye des magistrats du peuple sans vouloir faire faire aucun rapport. »
Plusieurs membres de la droite : « C'est faux! Le rapporteur de la commission des Douze a demandé la parole. »
Danton, ûdèle à la tactique adoptée par son parti
el qui consiste à empêcher les organes de la CommissiOD extraordinaire d'approcher d^ la tribune , continae longtemps encore, aux apptaudissemenlsdes tribunes, à s'élever contre la tyrannie des Douze.
 Danton succède Thuriot :
u Citoyens, dit-il, je demande la parole contre le Président. C'est lui qui cherche,. par ses réponses incendiaires, à allumer le feu de la guerre civile; c'est lui qui, pour soulever les habitants de Paris, les ahirmer sur leurs propriétés, les armer les uns contre les autres, répondait à des pétitionnaires que l'on chercherait la place où cette cité célèbre a existé; c'est lui qui favorise les aristocrates et refuse la parole aux patriotes ; el dans quel moment Isnard se conduit-il ainsi? c'est lorsque l'on craint une explosion sur les frontières, que la guerre de la Vendée s'étend de tous les côtés. Je fais la motion que le Président quitte le fauteuil. »
Isnard, attaqué si personnellement, veut aller à la tribune pour se défendre; ses artiis s'y opposent.
« Président, s'écrie Lanjuinais, ne vous abaissez pas à répondre; laissez parler Guadet, qui a demandé la parole. »
I^ gauche, dont les orateurs ont été entendus, réclame à grands cris la clôture de la discussion.
Basire se précipite au bureau du Président et tente de lui arracher un papier que celui-ci tient à la main; mais plusieurs membres de la droite l'empêchent d'accomplir ce dessein. Cette scène porte naturellement le désordre à son comble. Isnard est pour la seconde fois obligé de se couvrir.
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Ausàtôt qu'il est po^ible de se faire entendre, deux montagnards Tiennent insolemment faire les déclarations suivantes :
Bazire. Il — Je voulais arracher au Président le signal de la guerre civile écrit de sa main.
BouBDON DB l'Oise, u — Si le Président est assez audacieux pour proclamer la guerre civile , je l'assassine. »
Cependant l'appel nominal commence, mais il est bientôt interrompu par les réclamations de divers députés. « Les consignes, disent-ils, sont violées. Un grand nombre de citoyens stationnent dans les couloirs et obstruent les avenues de la salle. » D'un autre côté, Marat annonce que plusieurs compagnies de la section de la Butle des Moulins sont rangées en bataille devant le palais, sans qu'elles puissent exciper d'aucun ordre émanant des autorités constituées.
On mandeàla barre le commandantde ce bataillon; il produit l'ordre qu'il a reçu de son chef hiérarchique , et qui lui prescrit d'envoyer aux Tuileries un fort détachement. « Cet ordre , ajoute-t-il , a été donné sur la réquisition de la commission des Douze, et conformé^ ment à une lettre du maire; mais je dois à l'Assemblée le récit d'un épisode qui vient de se passer.
« Aussitôt que je suis arrivé aux Tuileries, le chef de poste m'a demandé des hommes pour faire évacuer
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J9î HISTOIRE DE LA TERREUR.
les couloirs. J'exéculais cet ordre. Marat, que je ne connaissais pas, s'est présenté à moi avec un ordre bien supérieur, avec, un pistolet; il m'a demandé mes instructions. Je lui ai dit que je ne les montrerais qu'au Président. »
Le commandant (il se nommait Raiïet) est admis aux honneurs de la séance, et l'incident n'a pas d'autres suites. I^Iais i\ était dit que tous les actes du programme arrêté par les démagogues s'exécuteraient de point en point. Après les violents viennent les endormeurs; ce sont toujours les mêmes, Barère et Garât. Barère, dans de longues phrases sonores, rappelle l'altitude pleine de dignité que, dans des circonstances analogues, a tenue l'Assemhlée constiluanle. Puis, après avoir tonné contre les démagogues, il conclut à ce que les bataillons nouvellement appelés par les Douze soient renvoyés dans leurs sections respectives.
Garât fait un long rapport plein de contradictions dans lequel il excuse tout, il justirie tout.
H J'ai, dit-il, instruit le Comité de salut public et la Commission extraordinaire de ce qui est parvenu à ma connaissance. Aujourd'hui, à six heures, on est venu m'averlir qu'il y avait un grand rassemblement autour de la Convention. J'ai voulu voir les choses de mes propres yeux. La force armée était plus considérable que l'attroupement. Je n'ai pas pu, il est vrai, entrera l'Assemblée par la porte à laquelle je me suis d'abord présenté, et la force armée a été impuissante à m'ouvrir un passage. Mais dans tout cela il n'y a rien de grave; la Convention n'a rien à craindre... »
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