LIVRE XXXIX
Le Conseil géDéral accueille avec des transports de joie la Douyelle de la cassation des Douze et de l'élargissemenl d'Hébert. Bientôt celui-ci parait dans la grande salle de l'Hôtel de Ville. Il est salué par des applaudissements frénétiques. Od se précipite vers lui, on l'embrasse, on le porte de bras en bras jusqu'à sa place. Chaumette lui offre une couronne ; mais Hébert la dépose modestement sur le buste de Rousseau, en disant que « ce n'est qu'après leur mort que l'on peut juger les hommes '. »
1 . Hébert profita de son triomphe pour mettre à contribution son ami Boucbottfl. li se St délivrer par le ministre de la guerre, sur les fonds de la trésorerie, 435,000 livres pour prix de numéros du Père Duchêne, destinés, disait-on, à être distribués dans les armées, afin d'y raviver l'esprit public. Hébert ne gagnait sur celle fourniture que 75 pour 400. Camille Desmoulins, dans son Vieux Cordelier, signala au public, quelques mois après, ce beau coup de filet (page 99 du 5* numéro]. « Le 3 juin, s'écriait le spiriluej ami de Danton , le S juin, tandis que tout Paris avait la main â l'épée pour défendre la Convention', Hébert va mettre la main dans le sac. u
Six mois durant, Hébert avait criblé d'attaques violentes et de
Les sections OÙ domine l'esprit uUra-révoIutionnaire célèbrent leur triomphe à l'envi les unes des autres; elles s'envolent des messages, des félicilations, des encouragements pour mieux braver la Convention. Elles prolongent leur séance jusqu'au milieu de la nuit, malgré les termes formels du décret du 2â mai.
La Gironde ne pouvait accepter si facilement sa défaite. Aussi, dès l'ouverture de la séance du 2S, au moment même où un des secrétaires, Osselin, lit la rédaction des décrets rendus la veille, à la fin de la soirée, rinlrépide Lanjuinais réclame la parole.
f. Citoyens, dit~il, il n'y a pas eu de délibération, il n'y a pas eu de décret rendu, et, s'il y en a un, j'en de- ' mande le rapport. Eh quoi! vos commissaires dans les départements ont commis en deux mois plus d'actes arbitraires, ont ordonné plus d'arrestations illégales que le despotisme en trente ans. Des bommes prêchent ouvertement l'anarchie; ils manifestent l'intention de renouveler les scènes de septembre. Une commission investie de vos pouvoirs les fait arrêter, et un décret ordonnerait
sarcasmes acrimonieui le ministre Roland, qu'il accusait d'avoir consacré des sommes considérables à soudoyer des journaux réactionnaires, à « graisser 11, suivant ses propres expressions, stapatlea ces vils fabricants et Fripiers de journaut. remplis de mensonges, de calomnies, d'atrocités contre les meilleurs patriotes, s Cette vertueuse indignation était, on le voit, toute de circonstance; Hébert ne dédaignait pas, lui aussi, de recueillir la manne que semaient les mains ministérielles. Il fallait bien, comme il le disait, «mettre de la braise dans les fourneaux du Père Duckéne.» Allusion â la gravure qui était en tële de chaque numéro de cet ignoble journal, et qui représentait l'auteur au milieu de ses fourneaux, une pipe à le*bouche et le sabre à la main.