LIVRE XXXtX. 3M
Les préparatirs de l'iasurrectioQ prirent toute la journée du 39 et presque toute celle du 30. Comme la veille des plus violents orages, tout respirait une trompeuse sérénité; Paris était tranquille; le calme régnait dans les rues, A la Convention, pas le moindre scandale. C'est seulement le 30 au soir que l'Assemblée commence à ressentir les premiers contre-coups des mesures prises depuis ces deux jours par les diverses autorités légales ou illégales qui se disputent la conduite du mouvement.
Les démagogues parisiens avaient eu une bonne fortune. Pendant qu'ils cherchaient des griefs contre la commission des Douze, la municipalité de Blois adressait à celle de Paris deux, lettres de Gardien, l'un des membres de cette commission. Ces lettres, déjà trèsauciennes (1790) , n'annonçaient pas un très-chaud partisan de la Révolution. Aussitôt le Conseil général de la Commune envoie ces deux lettres au président de ia Convention. I.es Montagnards saisissent avec einpressement l'occasion de frapper de suspicion un de leurs adversaires. Ils font décider que Gardien sera mis en arrestation provisoire et que les scellés seront apposis sur ses papiers'. Mais cette petite vengeance exercée sur un des Douze ne pouvait satisfaire la haine des ennemis de la commission extraordinaire. Un instant après, Bourdon de l'Oise vient la dénoncer parce qu'elle a osé prendre l'arrêté suivant :
« La commission des Douze invile le commandant
t. Le lendemain 31 mai, Basire vint lui-même annoncer, au nom du Comité de sûreté générale, qu'examen fait des papiers de Gardien, on n'f.avait trouvé que des preuves éclatanles de son civisme.
du poste de la GoDvention à investir l'hôtel Breteuil' d'une force suffisante pour mainteoir la sûreté de ses papiers.
« MouEVAUT, président; SiiNT-MARim, secrétaire. »
Laajuinais prend la défense de la commission : 1 — Le complot que je vous signale depuis quelques jours, dit-il, est sur le point d'éclater. Je connais les repaires dans lesquels il a été ourdi. Le chef- lieu de la conspiration est l'évêché. C'est là que sa réunissent les plus audacieux meneurs des Jacobins. Cette assemblée a formé un comité d'exécution revêtu de pouvoirs dictatoriaux. Je demande que la commission des Douze soit mandée, aSn qu'elle nous rende compte des renseignements qu'elle a reçus aujourd'hui sur la conspiration qui nous entoure. »
Mais le courageux Breton prêche dans le désert. Aucun de ses amis ne lui vient en aide. L'Assemblée est très-peu nombreuse. Les quinze Jours de la présidence d'Isnard sont expirés et l'on procède au scrutin pour le choix de son successeur. Trois Girondins, Lasource, Fonfrède, Isnard, avaient été successivement appelés au fauteuil depuis six semaines. La majorité veut faire acte d'impartialité et porîe ses suffrages sur un Montagnard. Mallarmé est élu président par 189 voix. Cette élection donne tout espoir aux démagogues. A peine le résultat en est-il proclamé, qu'une députalionde la majorité des sections parisiennes (27 sur kS) se présente à la barre;
1 . L'hôtel de Breteuil était situé au fond ije la place du Carrousel, $ur l'emplacement où ont été construites les écuries du palais.