LIVRE XL
Aussitôt après la levée de la séance de la ConveDtioD, les Tuileries et leurs abords étaient dereous déserts; l'agitation s'était reportée au Palais-Royal et, de là, dans les faubourgs. Lorsque, vers onze heures du soir, M™ Roland, qui venait dénoncer à l'Assemblée le mandat d'arrêt lancé contre son mari, se présenta sur la place, du Carrousel, elle trouva les portes du palais fermées; quelques canoaniere veillaient autour de leurs pièces et devisaient des événements de la jouraée.
Quel revirement des esprits avait amené ce calme après.une journée si tumultueuse?
: M™ Roland s'approche du groupe des canonniers, affectant, comme elle le dit elle-même, le loa des dévotes de Robespierre :
« Eh bien, citoyens, cela s'est-il bien passé?
« —• A merveille! ils se sont embrassés et l'on a
356 HISTOIRE DE LA TERnKUR.
chante Thymne des Marseillais, là, devant l'autel de la liberté.
n — Est-ce que le côté droit s'est apaisé?
« — Parbleu! il fallait bien qu'il se rendît à la raison!
[i — Et la commission des Douze?
« — Elle est f..... dans le fossé.
(c — Et les Vingt-Deux ?
« — Ah ! la municipalité les fera arrêter.
« — Bon! est-ce qu'elle le peut?
« — Jarnigué! est-ce qu'elle n'est pas souveraine?
« — Mais les départements seront-ils bien aises de voir leurs représentants...
« — Les Parisiens ne font rien que d'accord avec les départements; ils l'ont dit à la r/)nvention...
« — Cela n'est pas trop sûr, car, pour connaître leurs vœux, il eût fallu les assemblées primaires.
« — Est-ce qu'il en a fallu le 10 août? Et les départements n'ont-ils pas approuvé Paris? Ils feront de même cette fois. C'est Paris qui les sauve.
« — Ce pourrait bien être Paris qui les perd'. »
Voyant qu'elle n'avait plus de secours à attendre d'une assemblée qui ne savait pas même se protéger elle-même, M°' Roland regagne son domicile. Elle y est arrêtée quelques heures après. A défaut du mai*i, qui s'était retiré en lieu sûr, les meneurs de l'Hôtel de Ville se saisissent de la femme et la jettent dans les prisons de l'Abbaye*.