‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 174 sur 205 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

matinée du lendeniaÏD saos paraître a r^Xssemblëe, que les membres, dont les noms n'étaient pas inscrits sur les listes fatales, iraient recueillir les nouvelles et les rapporteraient aux proscrits, qui resteraient en permanence dans l'asile que leur avait offert Meillan.

Quoique le Comité de salut public n'ait pas accompli la promesse qu'il a faite à Pache et à Marat, il se trouve vers neuf heures du soir une centaine de députés dans la salle des Tuileries. On est loin d'être en nombre pour délibérer; néanmoins, on installe au fauteuil l'exprésident Grégoire. On demande que le Comité de salut public vienne donner des explications; on veut savoir pourquoi le tocsin sonne de nouveau. Cambon se présente au nom du Comité; il annonce que te maire et les autorités constituées du département sont venus réclamer la convocation immédiate de la Convention, à l'effet de recevoir la nouvelle pétition de la Commune; mais qu'on n'a pas cru devoir obtempérer à cette demande, « le Comité, dit Cambon, n'ayant pas voulu paraître favoriser tel ou tel parti qui se serait rendu plus tôt k son poste. »

Cambon avait à peine donné ces explications assez étranges, que la députation municipale se présente pour être admise à la barre. Plusieurs membres font observer que l'on n'est pas en nombre et qu'on ne peut ouvrir une délibération régulière. Legendre leur répond :

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« Quand uo vaisseau est en rade et que le venl est bon, le matelot n'hésite pas à partir. Ainsi, lorsque la générale bat, tout fonctionnaire public, tout législateur, tout soldat doit être à son poste. Vous y êtes, vous avez bien mérité de la patrie et de la liberté; Qu'inoporie que d'autres individus n'y soient pas, les patriotes y sont; nous y resterons et nous délibérerons. »

L'Assemblée, séduite par la poétique métapbore de i'ex-boucher, ordonne que la dépulalion de la Commune soit introduite sur-ie-champ.

11 Représentants du peuple, dit l'orateur, les quarante-huit section de Paris, les corps constitués du déparlement sont venus vous demander le décret d'accusation contre la commission des Douze, contre les correspondants de Dumouriez, contre ces hommes qui provoquent la haine entre les habitants des départements et les habitants de Paris, contre ces hommes qui veulent établir un système fédératif quand le peuple veut une République une et indivisible. Le peuple est levé, il est debout; il nous envoie auprès, de vous comme il nous a envoyés auprès de l'Assemblée législative pour demander la suspension du tyran. Nous demandons le décret d'accusation contre les députés ciaprès nommés (ils étaient au nombre de vingt-sept). Législateurs, il faut en hnir; il faut que tous les conspirateurs tombent sous te glaive de la loi sans aucune considération; il laut que tous ces traîtres mordent la poussière. »

Les pétitionnaires sont, comme d'habitude, invités aux honneurs de la séance.

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Les bancs de la droite élaient presque entièrement dégarnis. En l'absence de ses amis, le vieux Dussaulx se fait l'organe de leurs pensées et prononce ces belles paroles :

<i Je m'estime heureux d'être associé aux députés qui vous ont été dénoncés par les quarante-huit sections de Paris. Cet honneur ajoutera, je l'espère, un nouvel éclat à la gloire que j'ai acquise en écrivant pour la liberté depuis trente ans. »

Mais cette courageuse déclaration touche peu Legendre, qui trouve que la table de proscription n'est pas assez étendue.

(< Citoyens, dit-il, tant que des conspirateurs siégeront dans la Convention , jamais nous n'aurons une Constitution libre et républicaine. Or, ici, quels sont ces conspirateurs, si ce ne sont ceux qui ont voté l'appel au peuple? Il faut que la Convention prenne un parti digne d'elle; il faut que tous ceux qui ont voté cet appel soient mis en état d'arrestation jusqu'à ce que leurs suppléants soient arrivés. ÂIcm^ on prendra les mesures qui conviendront, ii

Cambon reconnaH qu'aux vingt-sept membres àé~ nonces on pourrait en adjoindre quelques autres, mais qu'il faut aussi savoir respecter la liberté des votes et des consciences. « Où en serions-nous, s'écrie-t-il , si, pour une opinion erronée, on faisait tomber la tête à un député? Nous n'oserions plus parler. Comme, du reste, l'objet discuté est de la dernière importance, j'en demande l'ajournement.

o — Si les appelants étaient mus par l'amour de la

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patrie, ajoute Laignelot, ils ne devraient pas balancer à donner leur démission. De toutes paris nous arrivent des nouvelles désastreuses de la frontière du nord aussi bien que de la Lozère, Le temps presse. Je demande que, sous trois jours, le Comité de salut public soit tenu de faire un rapport sur les moyens qu'il crgit propres à sauver la France de ses ennemis intérieurs et extérieurs. »

Marat, qui venait de provoquer à l'Hôtel de Ville la reprise de l'agitation, semble d'abord vouloir s'effacer modestement, k Ayant été, dit-il, le premier poursuivi par la faction dénoncée, mon intention était de m'abstenir de prendre la parole, car je ne voudrais pas que l'on pût m'accuser d'avoir dirigé ce mouvement; mais la liste contient plusieurs noms qu'il ne parait pas nécessaire d'y placer. Cette erreur redressée, il faut poursuivre sans relâche les chefs qui qnt voué à l'exécration publique la députation de Paris et la Commune. Ces hommes qui voulaient écraser la Montagne, ce boulevard de la Liberté, il faut les poursuivre pour leurs longues machinations et leur système de calomnie; il faut que demain nous nous occupions de purger la Convention et que le peuple ne quitte les armes qu'après l'acte épuratoire. »

Barère succède à Marat; évitant de se compromettre, il affecte l'ira partial i lé et débile une série d'axiomes généraux, tels que ceux-ci : « La liberté des opinions doit être sacrée; le salut du peuple est la suprême loi-, un législateur ne doit pas toujours obiempéreraux mouvements populaires; dans les grandes

révolutions, il n'y a d'iaviolable que la nation. » Puis, venant aux circonstances actuelles, il reconnatt que le peuple de Paris a bien fait de s'insurger parce qu'on avait attenté à la liberté d'un de ses magistrats. « Le Comité de saluf public, dit-il, est prêt à recevoir les dénonciations, mais ii ne pourra faire de rapports que si on lui fournit la, preuve des faits qu'on allègue contre les membres inculpés. »

Le Comité de salut public devenait ainsi l'arbitre suprême entre les partis qui divisaient la Convention; il pouvait espérer tes annuler l'un par l'autre. Le décret proposé par Barère et adopté par l'Assemblée était ainsi conçu :

« La Convention nationale décrète que le Comité « de salut public présentera dans trois jours les moyens a qu'il croit propres à défendre la République de ses « ennemis intérieurs et extérieurs ;

B Qu'il sera fait dans le même délai un rapport sur Il les membres de la Convention dénoncés par les auto- <i rites constituées de Paris; que la commune de Paris *t et le département seront tenus de déposer au Comité « de salut public les actes et pièces qui peuvent appuyer '<i leur dénonciation. »

La séance est levée à minuit et demi.

Que. venait-on parler à la Commune de délais à 'subir, de preuves à présenter? Depuis qu'elle avait vu

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378 HISTOIRE DE LA TERBEUEt.

sa pétition déclarée calomDieuse par un décret solenoel, elle était à la recherche de faits propres à étayer ses accusations; depuis six semaines, elle n'avait pu rien articuler de pertinent; daos ses sommations successives, elle restait toujours dans le vague et semblait croire que des déclamations ampoulées devaient, dans un procès politique, remplacer les preuves que tout juge exige pour la constatation du moindre délit.

Aussitôt qu'elle apprend la décision dilatoire de la Convention , elle redouble d'ardeur et d'activité, elle se déclare en permanence , ordonne aux quarante-huit sections de dresser la liste des sans-culottes de leurs arrondissements respectifs et de l'envoyer dans les vingt-quatre heures à l'Hôtel de Ville. A chacun de ceux qui seraient inscrits sur cette liste, on devait compter un écu de six livres. ■

C'était, sous l'apparence d'un rappel de solde, une prime allouée par la Commune à quiconque s'enrôlerait sous ses drapeaux le malin même du 2 juin. Ces ouvriers de la dernière heure devaient, comme daas l'Évangile, être récompensés à l'égal de ceux qui avaieut déjà paru dans les deux journées précédentes. Puissant appât pour ceux que l'on allait enrégimenter, puissant levier pour remuer les masses! En vue de compléter ses largesses, la Commune décide que les sections feront marcher à la suite de leurs bataillons des voitures chargées de vivres, afin, dit l'arrêté, de nourrir ceux de nos frères qui pourraient en avoir besoin. Quant aux fonds qui serviraient à solder les- six livres par tête et la nourriture de celte armée improvisée, on devait

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les demander à l'Assemblée. Ne s'agissait-il pas d'une dépense d'intérêt général? N'était -il pas de bonne guerre de faire voter par la représentation nationale l'argent destiné h compiéler son oppression et à consacrer son ignoœiaie?

On envoie des commissaires à toutes les sections pour réchauffer leur zèle et leur donner ce mot d'ordre : 41 II faut en finir! i> On mande Henriot pour savoir si toutes ses dispositions sont prises. « Le peuple, répond le commandant de la fopce armée, le peuple est lové, ii ne se rassoira que quand les traîtres seront mis en état d'arrestation. »

L'agitation s'était entretenue tant bien que mal toute la nuit. Si on n'avait pu retenir dans les rangs les citoyens ayant un domicile et une famille, on avait facilement conservé les sans-culottes soldés auxquels, jusqu'au Jour, on avait servi vins et victuailles, et qui,' dès le matin, se trouvaient fort échauffés. On les installe aux abords du palais des Tuileries, on les entasse sur la place du Carrousel; on leur donne les postes principaux. Ne doivent-ils pas avoir le principal rôle dans le dernier acte de la comédie qui va se jouer? Ne sont-ils pas chargés d'y représenter le peuple souverain? On leur adjoint les soldats allemands de la légion de Bosenthal, que l'on a fait venir de Courbevoie, où ils sont casernes en attendant leur départ pour la Vendée. Ces soldats ne comprennent pas un mot de français; ils n'en sont que mieux disposés à exécuter tous les ordresde !eui*s chefs. Ceux-ci sont à la dévotion de la Commune, qui, à prix d'or, s'est assuré leur concours.

Quant aux sections armées, dans les rangs desquels pourraient se glisser des individus suspects de modérantisme, il est convenu qu'on les tiendra à distance ; elles ne seront là que pour faire nombre.

Le 2 juin était un dimanche, et, le décadi n'ayant pas encore été inventé, les ouvriers, les uns par habitude, les autres par conviction, observaient le repos de ce jour. Les ateliers ne s' ouvrant pas , les boutiques étant fermées , la population se dirige naturellemeut vers les Tuileries pour savoir qui l'emportera définitivement, de ]a Convention ou de la Commune; mais il n'y a aucune animation, aucune colère dans la foule; on va assister à un spectacle, et on y apporte l'indifférence d'un public déjà blasé.

A l'Hôtel de Ville, le Conseil général révolutionnaire ouvre sa séance à neuf heures ' et entend le

1. On trouve au Moniteur du 6 juin, n° )57, un article que les Mstoriens jusqu'ici n'ont pas relevé, à notre connaissance du moins, et qui cependant méritait de fiser leur attention, puisqu'il renferme en peu de mois toute la théorie de l' insurrection. Cet article est ainsi conçu ;

0 Commune de Paris. — Note du rédacteur des articles Corn-

« Depuis le 31 mai, nous commettons une erreur dans le cours du récit des opérations du Conseil général de la communei c'est i tort que nous disons Conseil général de la commune, puisqu'il a élé cassé par le peuple. L'assemblée qui siège à la maison commune de Paris n'y est pas établie en vertu d'une loi ordinaire, en vertu du code municipal, mais bien en vertu d'une loi qui a toujours eiisté, qui existera toujours et qui n'a pas besoin pour eiister d'Ëtie p'<^clamée par des législateurs ; l'insurrection du peuple, le salul de la pairie.

« Les arrêtés qu'ila fait publier portent le titre de Conseil général

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