‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 173 sur 205 · LIVRE XL · texte numérisé non relu

LIVRE XL

sommation sous forme d'une seconde adresse. Elle a hâte de se séparer avant l'arrivée de la députalion qu'elle n'ose renvoyer et qu'elle craint d'entendre. Après une deuxième lecture, elle approuve sans ehaogement nî modification l'adresse présentée par Rarère. La séance est levée à six heures du soir ^

La Commune avait siégé en permanence depuis le matin. Elle savait heure par heure, par ses commissaires , ce qui se passait à la Convention et s'occupait des moyens d'amener sa rivale à subir ses dernières volontés.

Une nouvelle adresse est élaborée; le Conseil général décide qu'elle sera portée à l'Assemblée par douze commissaires choisis, six parmi les membres de la municipalité, six parmi ceux du Comité révolutionnaire; mais, au moment même où ils vont quitter l'Hôte) de "Ville, on apprend que la Convention a levé la séance,

1. Taule la fin de la séance du 1"" juin au matin est tronquée dans le Moniteur. Aussi l'auteur des Mémoires sponriphes de Levasseur (de la Sarlbe), et M. Louis Blanc, qui suit les errements de ce singulier guide, prétendent-ils que les'GIrondinsn'ont fait aucune opposition b l'adresse de Barère et l'ont subie, sinon acceptée. On peut voir ce qu'il en est, d'après les discours de Lasource et de Vergniaud. M. Louis Blanc eo serait épargné une erreur capitale dans le récit d'un épisode si important, s'il avait consulté le Journal des Débals et Décrets, n° 238, et le procès-verbal de la Convention, doux documents imprimés el à la disposition de lous-

force est donc de surseoir à la présaolation de l'adresse et d'attendre le retour de Pache, qui a été appelé par le Comité de salut public.

Pendant ce temps , le tocsin sonnait de nouveau, la générale rappelait les citoyens à leur section. Les ateliers avaient été ouverts toute la journée; raais le 1" juin étant un samedi , jour de paye, on se hâtait de laisser l'ouvrage pour s'enquérir de ce qui se passait. Des raijsemblements nombreux se formaient au coin des rues et sur les places. On y répandait les bruits les plus alarmants. Quant aux volontaires payés à quarante sols par jour, ils étaient déjà eDrégimeiités,car on n'exigeait ni armes ni uniforme. On les avait presque exclusivement recrutés parmi ces individus qui pullulent dans les grandes villes et y vivent au jour le jour, en quête d'agitation et de désordre.

Pache s'était rendu au Comité de salut public. Il était accompagné du président, du procureur généralsyndic et de plusieurs autres membres du département. Il y trouve Marat qui était venu gourmander l'inertie de ses collègues et leur arracher une convocation de l'Assemblée qui permît aux démagogues d'en finir le soir même.

Le maire de Paris expose a que toutes les sections sont réunies, que les citoyens sont fatigués des calomnies d'une faction puissante et demandent unanimement justice de ses manœuvres, qui ont pour but de provoquer l'hostilité des départements contre Paris , de diviser la République et d'établir le fédéralisme. »

Sur l'interpellation qui lui est adressée, Pache re-

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connaît que depuis deux jours il existe a l'Hôtel de Ville un Comité révolutionnaire. « Ce Comité, ajoute-t-il , a été élu par le peuple du département de Paris. Il se composait primitivement de dix membres nommés par les commissaires réunis à l'Évêché. Depuis, on leur a adjoint quinze autres membres nommés par les délégués des autorités constituées' du département, rassemblés dans la salle des Jacobins; en tout vingt-cinq membres. Ils sont, du reste, autorisés à prendre toutes les mesures de sûreté qu'ils croiront convenables '. » Jamais encore on n'avait avoué officiellement, d'une manière aussi explicite, l'existence de ce nouveau pouvoir révolutionnaire et les attributions exorbilanles qui lui avaient été confiées. Cependant le Comité de salut public s'abstient de protester contre celte création illégale; il voudrait louvoyer entre tous les partis et surtout ne pas augmenter l'influence déjà trop grande des meneurs de la Commune.

Sur l'insistance de Pache et de Marat, il leur promet de convoquer l'Assemblée pour le soir même; mais il se garde bien d'accomplir sa promesse, et laisse aller au hasard les événements que son devoir était de diriger.

En sortant du Comité, le maire de Paris et l'Ami du

Peuple se rendent de compagnie à l'Hôlel de Ville.

Pache annonce au Conseil générai que, grâce à son

intervention, la Convention va être convoquée pour le

■ -soir même, et que l'adresse préparée le matin pourra

1. Nous copions ici presque mot à mol le procès- vertu] de la séance du Comité de salut public, que nous avons eu le bonheur do retrouver.

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lui être présentée dans cette séance extraordinaire. Puis il cède modestement la parole à Marat, en le remerciant de vouloir bien honorer la GoitHnune de sa présence et de ses conseils. VAmi du Peuple fait la théorie de l'insurrection et invite ses auditeurs à la mettre tout de suite en pratique.

Il Lorsqu'un peuple, et un peuple libre, dit-il, a confié son bonheur et ses intérêts à une autorité constituée par lui, ce peuple doit sans contredit s'en rapporter k ses mandataires, respecter leurs décrets, ne point les troubler dans leurs déUbèrations, et les tenir pour inviolables dans l'exercice de leurs fonctions. Mais si ces représentants du peuple trahissent sa confiance, si le peuple, trouvant sans cesse à se plaindre, s'aperçoit qu'il s'est trompé dans, son choix, ou que ceux qu'il a choisis ont été corrompus; si, en un mot, ta représenlaiion nationale met la chose publique en danger au lieu de la sauver, alors, citoyens, le peuple doit se sauver lui-même; il n'a plus de ressources que dans sa propre énergie.

« Levez-vous donc, peuple souverain; présentezvous à la Convention, lisez votre adresse, et ne désemparez pas de la barre que vous n'ayez une réponse définitive, d'après laquelle vous agirez d'une manière ■conformé au maintien de vos lois et à la défense de vos intérêts. Voilà le conseil que j'avais à vous don- .ner. »

Ce discours est couvert d'applaudissements. Marat se Tetire au milieu des marques du plus vif enthousiasme. A sa suite, la députation précédemment nommée quitte

l'Hôtel de Ville pour aller ÎDtimer à la GoDTention les volontés du peuple souverain.

L'attitude prise par la Plaiue dans la séance du 1"juin, l'adoption de l'adresse présentée par le Comité de salut public, pouvaient Taire présager aux Girondins de quelles déraillances ils allaient être les témoins et les victimes. Ils n'avaient pas l'espérance d'obtenir de l'Assemblée celle force et cette continuilé de volonté qui seules l'auraient arrachée aux étreintes de son audacieuse rivale. Il fallait donc prendre un parti définitif : ou attendre et subir, quel qu'il fût, le sort que les souverains de l'Hôtel de Ville leur réservaient, ou quitter Paris et aller demander aux déparlements la réalisation de ta promesse si souvent répétée de se lever en masse pour assurer l'indépendance et l'intégrité de la représentation nationale.

Pendant que Marat et Pache donnaient de nouveau à l'Hôtel de Ville le signal de l^insurrection , que le tocsin et ta générale faisaient entendre leur son lugubre, la plus grande partie des députés inscrits sur tes tables de proscription étaient réunis chez Meillan.-rue des fifoulins, à quelques pas des Tuileries, et délibéraient sur ce que leur dictait non leur propre intérêt, mais celui de la patrie.

Louvet entame le premier la discussion.

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« Désormais, dit-il, nous ne pouvons plus rien. La Monlâgne et les tribunes ne nous permettront plus de dire un mot. Noire présence ne servira plus qu'à augmenter l'audace de nos ennemis; car ils seront sûrs de pouvoir saisir leur proie d'un seul coup. Il n'^ a plus rien à faire dans Paris, dominé paria terreur qu'inspirent les conjurés maîtres de la force armée et des autorités constituées. L'insurrection départementale peut seule sauver la France. Cherchons individuellement quelque asile pour cette soirée et quelques jours encore; donnons-nous rendez-vous soit à Bordeaux, soit dans le Calvados, mais surtout évitons de demeurer en otag^ entre les mains de la Montagne, et pour cela ne retournons pas à l'Assemblée. »

Fuir! ne serait-ce pas faire l'aveu implicite de leurs prétendus crimes? attiser la guerre civile dans les déparlements? ne serait-ce pas porter une atteinte mortelle à la République? Ceux qui se vantaient de l'avoir fondée devaient-ils lui porter les premiers coups? Seraient-ils maîtres du mouvement qu'ils allaient soulever? Ne verraient-ils pas se ranger derrière eux les débris des anciens partis qu'ils avaient si fort contribué à abattre? La campagne que l'on commencerait au nom des principes républicains ne pourrait-elle pas aboutir au rétablissement de la royauté? Telles étaient les objections que plusieurs des amis de Louvet lui opposèrent. La discussion se prolongea longtemps, et, comme cela n'arrivait que trop souvent, elle n'aboutit pas. Il fut convenu qu'on ne prendrait pas encore ce soir-là de parti défmitir, qu'on laisserait passer cette nuit et la

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