‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 180 sur 205 · Bertrand. 31. Bergoing · texte numérisé non relu

Bertrand. 31. Bergoing

11 Les deux autres exceptés sont :

Fonfrède. Saint-Martin. »

Levasseur, de la Sarthe, demande que, par un article additionnel, il soit décrété « qu'Isnard et Fauchet qui, pour la paix et la tranquillité publique, ont coQsenti à leur suspension, ne seront pas mis en état d'arrestation, mais seulement ne pourront sortir de Paris. »

Cette proposition est adoptée. Un instant après, le président annonce qu'il vient de recevoir une lettre ainsi conçue :

< . Rabaud -Saint- Etienne était déjà nommé dans la première par de la liste; les rédacteurs du décret ne firent pas attention qu'ils

proscrivaient deux fois.

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B CitoyeQ Président ,

'I Le peuple entier du département de Paris nous députe vers vous pour vous déclarer que le décret que vous venez de rendre est le salut de la République. Nous venons offrir de nous constituer en otages en nombre égal à celui des députés mis en état d'arrestation, pour répondre à la France entière de leur sûreté '. »

Barbaroux répond qu'il n'a pas besoin d'otages pour garantir sa vie; que ses otages sont la pureté de sa conscience et la loyauté du peuple de Paris. Lanjuinais, au contraire, insiste pour que l'offre soit acceptée, parce que c'est le seul moyen d'empêcher la guerre civile et de maintenir l'unité de la République.

L'Assemblée n'ose se prononcer sur cette question des otages et se contente d'ordonner l'impression de la lettre; puis, pour montrer que, débarrassée de toute entrave et de toute discussion personnelle, elle se dispose à prendre un essor plus grand et plus rapide, elle décide que la semaine qui va suivre sera employée à délibérer sur les mesures 6nancières les plus urgentes, et qu'à partir du lundi 9 Juin, six heures, chaque jour, seront consacrées à discuter la Constitution jusqu'à son complet achèvement.

1. Noua avons relrouvé l'original même de cette leltre. Elle est signée par trois membres du Comité révolutionnaire : les sieurs Laugier, Loys et Ounouy. Voilà les trois individus sans nom, sans valeur, sans consistance, qui se donnaient pour les représentants du peuple de Paris, qui s'offraient en otages pour répondre de la vie des plus illustres membres de la Convention, des Vergniaud, des Gensonné, des Babaud-Saint-Étienne t

Le président Mallarmé, qui a repris le fauteuil, déclare la séance levée. Il esl près de onze heures du soir. Mais ce n'est pas tout que de lever la séance; il faut aussi lever les consignes. Les membres du côté droit trouvent fermées les portes par lesquelles ils sortent habituellement. On court avertir le président de c«t étrange incident. Mallarmé, sans oser regarder en face ses interlocuteurs, et feignant de chercher des papiers sur son bureau, répond qu'il n'a pas à se mêler de cela. Un huissier annonce naïvement qu'on a été chercher à la Commune l'ordre de lever la consigne. Quelques minutes après, l'ordre arrive. Les malheureux députés, retenus prisonniers depuis douze heures, peuvent eofin se retirer et aller rassurer leurs familles sur leur sort.

La nouvelle de l'adoption du décret de proscription est naturellement bien accueillie par le Conseil général de la Commune. Pour fêter dignement cette belle jour^ née, 00 décide que les sans-culotles qui sont sous les armes depuis trois jours seront payés sur-le-champ; que dans la semaine on mettra à exécution le décret qui fixe le maximum du prix des grains; qu'immédiatement l'armée révolutionnaire sera organisée et l'emprunt forcé levé sur les riches. Pour terri&er les quartiers aristocratiques qui seraient tentés de prolester contre les événements du jour, OD ordonne d'y activer le désarmement

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et l'arrestatioD des suspects. On envoie dans chaque seclion des comraissaii'es pour présenter la violation de la représentation nationale sous les couleurs les plus bucoliques. Ils ont mission d'annoncer que l'Assemblée a été constamment l'objet du respect de tous; que si elle s'est rendue en corps dans le jardin des Tuileries, ce n'a été que pour achever de prendre les mesures de salut public que lui a dictées son patriotisme; qu'enfin la plus entière liberté n'a cessé de présider à toutes ses délibérations*.

1. Quelques jours après le 3 juin, le Conseil général de la Commune et le Comité central révolutionnaire firent l'un el l'autre imprimer une apologie de cotte journée. Ces deux morceaux d'éloquence sont trop longs pour que nous puissions les donner tn extenso. Nous nous bornerons â détacher les passages suivants du factum de la Commune; au style ampoulé de cette pièce on reconnaît la plume du secrétaire-greffier-adjoint Dorat-Cubiéres, qui, dans ses élucubrations ultra-révolutionnaires, avait des réminiscences de son ancien métier de poëte de cour et de faiseur de bouquets â Chloris :

I Après une discussion orageuse et de vives inquiétudes exprimées par ceux qui criiignenl le peuple parce qu'ils sentent avoir mérité sa haine, la Convention se lève tout entière, sort de la salle, traverse. les bataillons qui remplissaient le jardin des Tuileries et harangue cette multitude imposante, qui lui répond par les cris de ; Vive la République! vive la Liberté! ju^itice des traîtres!

0 On ne sait si l'histoire offre quelque part un tableau plus grand ou plus majestueux. Le représentant et le représonié en présence, des milliers d'armes dans des mains intrépides et pas un trait lancél... Le crime a'entourant de la vertu pour braver l'indignation publique, et l'indignation publique contenue par l'idée de la représentation nationale. La force enchataée par l'opinion, déployant un appareil dont elle a juré de no pas faire usage; le peuple enfin, oui, le peuple, car, certes, tous les déparlements étaient représentés parmi les réclamants, et plus d'un peut-être ne l'était pas dans la réunion des

Toutes ces mesures prises, tous ces mensonges artistement arraugés, le Conseil général se sépare avec la conviction que désormais ses volontés, toutes les fois qu'elle les signifiera à la Convention, ne rencontreront plus de résistance sérieuse. Seul veillait encore le Comité de salut public. 11 avait joué un râle assez misérable

législateurs, le peuple éloquent dans son silence et fier dans son attitude, stipulant pour tous les Français : liberté, CoDStitution, égalité.

« La Convention rentra couverte d'applaudissements et convaincue par ses propres yeus que ce grand appareil n'est pas dirigé contre elle. De nombreux applaudissements précèdent, annoncent et suivent son retour...

H Tel est, frères et amis, le récit fidèle de cette troisième révolution, la plus calomniée peut-être et en même temps la plus belle de toutes, puisqu'elle n'a pas coûté une goutte de sang, pas une larme, Si elle en avait besoin, son apologie est dans la l^uile même des faits qui offrent aux hommes de bonne foi l'éloge le plus complet de la patience, de la générosité, des vertus enfin de cette masse de patriotes que des scélérats ne rougirent pas de vous représenter comme des brigands et des assassins...

« Ils nous connaissent bien peu, ils vous connaissent bien peu vous-mêmes ceui qui, comptant sur le fruit de leurs efforts sacrilèges auprès de vous, osent nous menacer de votre colère... Nous le ju- • rons par la patrie, par la liberté, par l'égalité, notre idole commune, le jour qui vous amènera dans nos murs sera pour nous un jour do fêle, il remplira un besoin que nos cœurs éprouvent depuis longtemps : celui d'une fédération républicaine où seroni resserrés les nœuds de celte sainte coalition, qui doit faire de tous les hommes libres, quelque terre qu'ils liabitont, une seule nation, une seule ville, une seule famille. Ce jour-là, des guirlandes de fleurs orneront le seuil de nos portes; ce jour-là, nous foulerons tous ensemble le gazon qui croit auprès du chêne que nous planlâmes ensemble; ce jour-là peut-être, le scélérat qui aura invoqué des vengeurs, frémira d'avoir appelé ,desjugesl i>

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