‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 189 sur 205 · Votre âge · texte numérisé non relu

Votre âge

R. u Dix-huit ans moins deux mois.

D. « Où âtes-vous né, citoyen?

B. u A Paris, et y domicilié.

D. « Connaissez-vous le motif de votre arrestation?

R. « Non, citoyen.

D. « Quelles en ont été les circonstances?

B. u Je partis de ISice le 8 avril, d'après /ordre du Comité de surveillance que reçut te général Biron de me faire arrêter et conduire à la prison de l'Abbaye, à Paris. Je partis accompagné d'un officier de gendarmerie et d'un maréchal des It^s. J'arrivai le 10 à Aix, à une heure du matin. On nous arrêta, on nous conduisit à la municipalité. L'olfider de gendarmerie exhiba son ordre et, malgré cela, la municipalité jugea à propos de ne pas me laisser passer sans en avoir informé le district. Le district arrêta qu'il enverrait deux commissaires au département pour l'en instruire, et le département me fit venir à Marseille.

D. (i Vous reconnaissez cette boite et les sceaux?

R. u Oui, citoyen, je crois que c'est cela. »

(Le président a ordonné la lecture de plusieurs lettres et d'un passe-port à la date du 30 décembre 1792, signé Dumouriez, et d'un, signé BeumonvilJe, et de diverses gazettes et papiers publics, cités seulement par leurs titres.)

D. « Étiez-vous dans la carrière militaire avant la Révolution?

fi. 11 Je n'y suis entré que le 3 juillet 1791.

D. a Pourquoi avez-vous quitté l'armée du Nord pour passer dans celle du Midi?

R. 11 Parce que, mon frère commençant à avoir des principes différents des miens, j'ai préféré, n'étant pas d'accord, quitter l'armée où Jl était.

D. 11 N'était-ce pas combiné entre Dumouriez, votre frère et vousî

fi. u Ce n'était nullement combiné. Quand le général Biron passa à Paris pour se rendre it l'armée, je priai mon père de

mzedBïGoOgle

lui demander de me faire entrer au service avec lui; il le fit; la demande fut faite au ministère et accordée.

D. « Sans doute, avant de partir de l'armée du Nord, vous étiez instruit des projeta liberticides de Dumouriez?

R. ([ Nullement. Je n'en avais pas même le soup<;on.

D. « Lorsque vous étiez avec votre frère auprès de Dumouriez, vous entendiez parler des moyens de relever la monarchie.

R. « Je n'en ai pas entendu un mot.

D. Il Vous avez dit tout à l'heure que les principes.de votre frère n'étaient pas les vôtres, et que c'était cela qui vous avait décidé à quitter l'armée du Nord, et vous dites en ce moment que vous n'avez pas entendu un mot de contre-révolution.

R. « Je le dis ; je n'ai pas entendu un mot de contre-révolution. Seulement je voyais mon frère commencer à avoir des principes tout différents de ceux qu'il avait autrefois, c'est-àdire du côté gauche de l'Assemblée nationale ou des patriotes qui le composent.

D. « Votre père, dans sa correspondance, ne vous avait-il pas manifesté le projet de monter sur le trftne?

R. « Jamais.

D. u Lorsque vous étiez dans l'armée du Nord, n'aviez-vous aucune correspondance avec vos parents émigrés?

R. H Aucune; je ne puis même imaginer qu'on en ait le soup<;oD.

D. a Dumouriez, dans ses conversations, ne laissait-il pas apercevoir son dessein de trahir la République?

R. a Je ne lui ai entendu rien dire à ce sujet qui me l'ait fait croire, jusqu'au 22 décembre, que je suis parti de Liège.

D. « Ne promettait-il pas à votre frère la souveraineté du Brabant et de la Hollande?

R, H Jamais je n'ai reçu aucune connaissance de ce projet.

D. « Quelles étaient vos liaisons avec Blron? Mangiez-vous avec lui ?

R. (1 Très-souvent.

D. '( L'accompagniez-vous dans ses courses et travailliezvous dans l'état-major comme vous le deviez?

il. V Je l'accompagnais dans ses courses et je faisais ce qu'on m'ordonnait de faire.

D. « Avant que votre arrestation fût publiquement coniiue, n'avez-vous pas eu quelques conférences particulières avec Biron?

R, (I Aucune, et mon arrestation même m'a extrémemeat étonné, n'ayant rien à me reprocher.

D. '( Au moment où vous fûtes arrêté, fûtes-vous cooduil dans vos appartements?

B. Il, Oui, citoyen.

D. Il Par qui fut mis le scellé sur cette cassette? R. Il Par les officiers municipaux de Nice. D. u Au moment de votre arrestation, jusqu'à celui de votre transmarchement, n'avez-vous communiqué qu'avec ceux qai étaient chargés de vous conduire?

R. li Qu'avec eux; il y est resté un secrétaire nommé Mirys, qui demeurait dans le même appartement que moi, et cela n'a été que quelques heures.

D. (I D'où est-il, ce Mirys? mangeait-il chez Biron? fl. « Il était Polonais, depuis longtemps en France, et il mangeait aussi chez Biron.

D. a Lors de votre passage par Marseille, n'eûtes-vous pas une entrevue avec Biron et Kellermann?

R. « Kellermann n'y était pas, et je (Unaî avec Biron. D. « Cependant Kellermann et Biron ont eu une entrevue? R. «A Nice.

D. « Sans doute, c'était pour concerter les moyens de nous trahir au Midi pendant qu'on nous trahissait au Nord î

R. u le ne crois pas. Au reste je n'ai pas a.ssisté à cette entrevue.

D. u Pourquoi, étant bon patriote, lors de votre passage à Marseille, n'allâtes- vous pas visiter la Société républicaine?

R. H J'y suis resté trop peu de temps. Sans cela je m'en fusse fait un devoir.

D. 11 Depuis votre séjour dans l'armée du Midi, n'avez-vous pas reçu des lettres de votre frère?

R. a Une seule, où il m'apprenait les revers que l'armée de la Belgique essuyait près de Louvain.

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. D. « L'avez-vous conservée, cette lettre?

B. M Non, je ne l'ai pas conservée.

D. « 11 n'est pas possible qu'il ne vous parle pas du dessein de Dumouriez de livrer la Belgique à l'ennetni , et de son projet, à lui, d'émigrer avec Dumouriez?

R. i( ]e puis vous assurer que non, sa lettre était trèscourte, et il paraissait désespérer du salut de la République.

D. « Pourquoi, connaissant les principes changés de votre frère, ne l'avez-vous pas été dénoncer au Comité de salut public, vu le danger que devait courir l'armée?

B, « J'ai déjà dit que je n'avais aperçu en lui aucun principe contre-révdiutionnaire; je ne voyais que son patriotisme très-afFaibli, et n'avais aucun fait à citer contre lui.

D. K 11 me semble que vous n'auriez pas dû alors vous séparer de votre frère pour un affaiblissement de patriotisme.

il. u J'ai déjà dit qu'il pensait comme le côté droit de l'Assemblée, et que j'avais la même opinion que celle de mon père, qui siégeait dans le côté gauche.

D. a Pourquoi n'avez-vous rien fait pour disculper votre père des soupçons qu'on a sur lui de son désir de monter sur le trône?

R. Il Je n'avais rien à faire, la pureté de sa conduite parle d'elle-même.

D. M Votre popularité avec le soldat, quel but avait-elle?

fl. « Je ne sais ce que c'est que cette popularité : je n'en ai jamais affecté.

D. (i Pourquoi a-t-on trouvé chez vous si peu de correspond dance?

R. « J'ai déjà dit que je ne gardais pas mes lettres.

D. Il Quel est le nom du citoyen qui vous écrit de Nîmes?

R. « C'est Peyre, auteur de l'École des pires, et qui a été attaché à mon père comme son secrétaire. .

D. a Pourquoi correspondez-vous encore avec un homme qui emploie encore les noms et les titres abolis?

R. « C'est la première lettre que je recevais de lui, depuis quelque temps. Je ne les emploie point, quant à moi. Si j'avais pu le lui dire, je l'aurais fait.

D. a Pourquoi votre père, qui n'était pas connu pour faire

des aumônes abondantes avant la Révolution, en a-t-il (ail depuis la Révolution?

R, u Je n'ai aucune notion de ces aumônes dont on parle. «Plus n'a été interrogé.

«Lecture à lui faitedecesinterrogatset réponses, a déclaré la vérité, y persister, et a signé avec nous, et le tribunal a ordonné la remise de Ja boite et papiers au prisonnier, œ qui a été fait.

Il Antoine Égalité, — Maillet cadet, pfésident; — GiRAUD, accusateur public; — E. CDoupiif, grefiier du Tribunal côminel. »

CAPTIVITÉ DES BOUnBO>S A MARSEILLE ET à PARIS.

On pouvait croire que la captivité des membres de la famille des Bourbons ne serait pas de longue durée; en effet, .quatre . mois après le décret du 6 avril, qui avait ordonné leur arrestation, était intervenu le décret du 1" août 1793 qui ordonnait qu'ils seraient déportés hors du territoire de la République. Mais ce décret ne reçut aucune exécution. Loin de là, le duc d'Orléans élait arraché des bras de ses Tils à Marseille, cooduil h Parig, traduit devant le Tribunal révolutionnaire et exécuté le 6 novembre 1793. Le môme jour, un ordre du Comité de sûreté générale ordonnait la translation, dans les prisons de Paris, de la duchesse d'Orléans, restée jusqu'alors à Bizy-lès- Vernon, sous la garde de la municipalité. Cet ordre était ainsi conçu :

« Du 16* Jour du second mois de l'an il do la Bépubliqae.

Il Le Comité de sûreté générale arrête que la ci-devant duchesse d'Orléans, actuellement demeurant à Vernon, où elle est retirée, nonobstant le décret de la Convention qui ordonne que tous les individus de la famille des Bourbons soient conduits à Marseille, sera saisie par le porteur, qui

zedtivGoOgle

■ est chargé de requérir la force armée pour l'exécution du présent.

(( Vadier, Lavicomterie, Jagot, »An, Dubarhan, Lons (du Bas-Rhio), Voulland, Guffhoï, w

La duchesse d'Orléans était dans un état de santé tel que l'on fut obligé de mettre cinq jours pour faire le trajet de Vemon à Paris. Le 29 brumaire, elle fut écrouée à la prison du Luiemboui^.

Nous renvoyons aux mémoires si intéressants, que le duc de Montpensîer a laissés, pour tout ce qui concerne la captivité des prisonniers de Marseille, et à l'ouvrage inlitulé : Anne-Pauk-Dominiqite de NoaiUes, marquise de Monlagu , pour ce qui regarde la captivité de la duchesse d'Orléans; nous avons hâte d'arriver au 9 thermidor, pour avoir à raconter des faits moins tristes.

Aussitôt après la mort de Hobespierre, les prisons ne tardèrent pas à se vider. La duchesse d'Orléans, resiée presque seule dans la prison du Luxembourg, adressa la lettre suivante aux comités de gouvernement :

UBERTË, ËGAtlTË.

La cilùyenne Marie-Louise-Adélaïde Penlhièvre, aux Représenlanis du peuple français, composant les Comités de salutpublic et de sûreté générale réunis.

« Citoyens Beprésentants,

(1 Forte de ma conscience et d'une conduite en tous points irréprochable, je réclame avec confiance l'humanilé et la justice des Représentants du peuple français composant les Comités de salut public et de sûreté générale réunis, dans l'état affligeant où mes maux m'ont réduite.

« J'ai été mise en arrestation a Bizy-lès-Vernon au mois d'avril 1793; j'étais alors absente de Paris depuis deux ans, et je pleurais la perte récente et cruelle du meilleur des pères, auprès duquel j'avais vécu depuis cette époque.

mzedBïGoOgle

H Ce malheur ayant mis le comble à des chagrins d'autant plus cuisants qu'Us étaient occasionnés par les sentiments qui sont placés dans toute âme honnête, et qui devaierit naturellement faire mon bonheur, ma santé était tellement afi'ectée que, lors de mon départ de Bizy-lès-Vernon , distant de Paris de vingt lieues, au mots de brumaire, les commissaires qui m'y conduisirent dans la maison d'arrêt du Luxembourg jugèrent devoir employer cinq jours à ce voyage.

« Mes maux se sont aggravés depuis six mois que je suis retenue dans cette maison, et sont parvenus à un période trèsalarmant. Mon état est 'Constaté par le rapport des officiers de santé; ils estiment qu'il est on ne peut plus instant d'abandonner les remèdes palliatifs qu'ils ont seulement pu employer jusqu'à présent pour s'occuper du fond de ma santé; ce qui ne peut avoir lieu dans la maison d'arrêt du Luxembourg, où il n'y a aucune des commodités suffisantes, ni possibilité de respirer l'air.

H Dans cette position, je depiande qu'il me soit permis de me retirer dans une maison particulière où je puisse recevoir tous les secours nécessaires, sous telles conditions qu'il plaira de me prescrire.

u Obéissance absolue aux lois, respect aux autorités constituées, telle a toujours été et telle sera toujours la règle de ma conduite, et c'est dans ces sentiments que j'attendrai avec soumission la décision que les Représentants du peuple français, composant les Comités de salut public et de sûreté générale réunis, porteront sur ma demande. »

Il fut fait droit presque aussitôt à la pétition de la duchesse. Par ordre des Comités de gouvernement, les administrateurs de police prenaient un arrêté ainsi conçu :

Département de police. — Commune de Paris.

« Le concierge de la maison de santé de Belhomme, rue de Charonne, n" 70, recevra le prisonnier ci-après dénommé, savoir : M a rie-Louise -Adélaïde Penthièvre, qui ui est envoyée de la prison du Luxemboui^, et il la gardera usqu'à nouvel ordre. .

« Fait aa dëpartement de police, h6tel de la Mairie, le 26 fructidor an 11 de la République : Géhoue, Christophe. »

La captivité des prisoDniers du fort Saint-Jean s'adoucissait aussi. Nous en avons la preuve daos l'arrêté suivant, que nous avons retrouvé :

■ 30 nivôse an m de la République (10 Janvier 179S).

H Vu la demande faite par les enfants d'Orléans détenus au fort Saint-Jean de Marseille, par décret de la Convention, le Comité arrête qu'il leur sera permis de se promener dans le jardin et les cours, comme le citoyen Conli, et la citoyenne Bourbon, leur tante, attendu que le décret qui les concerne n'a mis aucune différence entre les enfants d'Orléans et leurs parents détenus dans le même fort.

fl Les Représentants du peuple composant le Comité de sûreté générale :

« Vahikib, Gabnier {de l'Aube), J.-S. Rovèbe, GuFFROï, Harman'd, BOUDl», Revebchon.

Les idées d'humanité et de justice reprenaient chaque jour plus d'empire ; des voix généreuses s'élevèrent pour demander que les membres de la famille de Bourbon fussent déportés hors du territoire de la République, en vertu du décret du i"aoilt 1793 qui, depuis dix-huit mois, était resté sans exécution.

Mais le 3 pluviôse an m, sur le rapport de Cambacérès, au nom des Comités de salut public, de sûreté générale et de législation, la Convention nationale passa à l'ordre du jour sur cette motion, et décida qu'il serait sursis, jusqu'à la paix, à l'exécution du décret du 1" août 1793.

Six mois plus tard, le 12 messidor an ui (30 juin 1795), la Convention adopta à l'unanimité la déclaration suivante :

Il Au même instant que les cinq représentants du peuple, le ministre, les ambassadeurs français et les personnes de, leur suite livrés à l'Autriche, ou arrêtés et détenus par ses ordres, seront rendus à la liberté, et, parvenus aux limites du territoire de la République, la fille du dernier roi des Français sera remise à la personne que le gouvernement autrichien désignera

458 HfSTOIRE DE LA TERREUR.

pour la recevoir, et les membres de la famille de Bourbon acluellemeot détenus en France pourront aussi sortir du territoire de la République', n

Avant même que la remise de la fille de Louis XVI aux mains des commissaires autrichiens fût effectuée {elle n'eut lieu que le 26 décembre 1795), le prince de Conti et la duchesse de Bourbon étaient mis en liberté, mais sous l'obligation de se relirer, le prince h Autun, la duchesse h Moulins, et d'y demeurer sous la surveillance des municipalités de ces communes (décret du 28 thermidor an IIl). Un mois après la duchesse d'Orléans obtenait l'autorisation de quitter la maison Belhomme.et recouvrait la pleine jouissance de ses droits civils en vertu d'un arrêté que nous nous empressons de donner, car il fait un étrange contraste avec les pièces de l'époque ultra-révolutionnaire que nous sommes si souvent obligés d'inscrire dans nos annales.

«'U fructidor an m (10 septembre 1795). »

« Les Comités de salut public et de sûreté générale réunis, sur le rapport fait, par un membre, de la situation de Louise- Marier Adélaïde Bourbon Penthièvre, veuve d'Orléans:

H Considérant que Louise-Marie-Adéla!de Bourbon Penthièvre n'a élé privée de la liberté et de la jouissance de ses biens que par simple mesure de sûreté générale et par l'effet, des circonstances révolutionnaires qui ont provoqué sa détention ;

(I Qu'il n'a jamais existé aucune accusation contre ses principes, ses sentiments et sa conduite, toujours conformes à ce qu'on devait attendre d'une Française soumise aux lois de son pays ;

Il Considérant que le terme où la Révolution est parvenue doit d'autant plus disposer le gouvernement à tous les actes de justice qui peuvent se concilier avec la sûreté, la tranquil-

1. Il est à remarquer que rinitiative de cette mesure réparatrice appartient i la Convention régénérée et non au Directoire, auquel il est d'habitude de l'atlriljuer. Celui-ci, dana cette circonstance, ne nt qu'eiéculer les promesses faites par l'assemllée souveraine à laquelle il avait succédé.

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lité publique et le mainliea des principes rëpublicaios, que déjà les Français qui se sont assemblés ont accepté avec enthousiasme la constitution destinée à faire leur bonheur ;

« Considérant que cette tranquillité, loin de pouvoir être allérée par la déclaration de pleine liberté d'une femme devenue encore plus intéressante par ses trop longues souffrances et par le délabrement de sa santé, serait consolidée, s'il en était besoin, par une telle application des principes;

« Considérant enfin que le décret du 12 messidor dernier a fait prévoir l'époque prochaine où les membres de la famille de Bourbon, restés en France exempts de tous reproches, jouiraient de tous les droits de citoyen et que le terme où est parvenue la négociation relative à l'échange de la fille du dernier roi des Français donne lieu de penser qu'aucune convenance politique ne saurait être blessée par les actes de juslice que la situation de Louise-Marie-Adélaide Penthièvre sollicite,

H Arrêtent quant à présent :

"Que Louise-Marie-Adélaïde Bourbon Penthièvre, veuve d'Orléans, jouira dès ce moment de sa pleine et entière liberté avec faculté de se retirer à sa maison d'Armainvillîers ou à telle autre qu'elle jugera convenable.

« Mabec, Doulcbt, Jean Debby, Boissy, Defermoh, Henri Lahivjèhe , Vebnieb, J.-B. Mariette, Mehlin (de Douai), Kervélegaw, Letoubneuh (de la Manche), Alex. YSABEAU, ].-Fr. Bovère, P. MautIn, Lomoht, Baiuï, Bailleul. »

Les deux jeunes princes étaient toujours prisonniers au fort Saint-Jean, et le décret du 12 messidor semblait devoir être pour eux considéré comme une lettre morte. Cependant leur mère faisait à Paris les démarches les plus actives pour obienir leur liberté. Mais te Directoire, qui avait succédé à la Convention, restait sourd à ses prières. Aux instances de la duchesse vinrent bientôt se joindre celles de ses fils. Voici la lettre qu'ils écrivirent à ceux qui avaient leur sort entre les

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Aux citoyens composant te Directoire exécutif.

D Au fort Jean , le 6 pluviOse »d iv de la République (2fljanTieri796).

« Citoyens,

n Les diverses réclamations qui vous ont été adressées par notre mère, au sujet de notre liberté, étant demeurées jusqu'à présent sans réponse, nous nous déterminons à y joindre les nôtres. Nous vous conjurons de prendre en quelque considération le sort de deux jeunes infortunés privés depuis près de trois ans du plus précieux de tous les biens, la liberté, et dont le seul crime ou plutôt le seul motif de détention n'a pu ètxe qu'une naissance qu'ils n'étaient assurément pas les maîtres de choisir. Nous pourrions, citoyens, ne fonder uniquement cette pétition que sur les principes de justice qui ne permettent pas de laisser des innocents gémir dans les fers dont la pureté de leur conduite aurait dû les garantir, mais nous nous bornons à vous demander la simple exécution d'un décret ou plutôt d'une déclaration. authentique rendue par la Convention nationale le 12 messidor de l'an 111, et qui porte qu'aussitôt après que l'échange de la fille du dernier roi des Français contre les cinq représentants du peuple, le ministre, les ambassadeurs français, sera consommé, les autres membres de ia famille Bourbon, actuellement détenus en France, pourront aussi sortir du territoire de la RépMique. Certes nous eussions préféré le séjour de notre patrie à tout autre; mais en songeant que non-seulement nous serions en butte à toutes sortes de calomnies, mais que notre présence pourrait mémo fournir auï malveillants des prétextes de susciter quelques troubles, nous ne désirons que d'aller jouir tranquillement de notre liberté dans un pays neutre ou allié de la République, jusqu'à ce que l'affermissement de la tranquillité et du bonheur de noire patrie nous permette d'y rentrer pour y mener une vie paisible et ignorée et rendre des soins à une tendre mère depuis si longtemps séparée de ses enfants.

Il Nous comptons trop, citoyens, sur votre justice et votre

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humanité poi^r ne pas espérer que vous voudrez bien faire droit à notre demande,

. Il A.-P. Orléans; L.-A. Oeilé*ks. »

On insinua enfin à la duchesse d'Orléans que les deux princes n'obtiendraient leur liberté que s'ils consentaient à s'expatrier aux États-Unis d'Amérique, et si leur frère atné, alors réfugié en Suisse ou en Allemagne, s'engageait ai aller au delà de l'Atlantique porter un nom et une renommée qui importunaient le gouvernement français. Son départ d'Europe était même la condition sine quâ non de la mise en liberté de ses frères. Aussitôt que la duchesse d'Orléans sut à quoi s'en tenir sur les intentions secrètes du Directoire, elle s'empressa d'écrire à son fils aîné pour les lui faire connaître.

« Paria , ce 8 pnucUl an iv (37 mai t796).

« Les événements qui se sont accumulés sur la tête de ta pauvre mère depuis l'instant où elle s'est vue privée de la consolation de communiquer avec toi, en achevant de ruiner sa -santé, l'ont rendue encore plus sensible à tout ce quia rapport aux objets de son affection.

« Son pays et ses enfants multipliant depuis longtemps ses sollicitudes, tu ne te borneras pas sans doute à les partager lorsque tu sauras que, même dans tes malheurs, tu peux encore les servir.

K L'intérêt de ta patrie, celui des tiens, te demandent le sacrifice de mettre entre nous ta barrière des mers ; je suis persuadée que tu n'hésiteras pas à leur donner ce témoignage d'attachement, surtout lorsque tu sauras que tes frères détenus à Marseille partent pour Philadelphie, où le gouvernement français leur fournira de quoi exister d'une manière convenable.

a Les revers ayant dû rendre encore plus précoce la maturité de mon fils , il ne refusera pas à sa bonne mère la consolation de le savoir auprès de ses frères.

H Si l'idée de notre séparation est déchirante pour mon cœur, celle de votre réunion en adoucira bien l'amertume.

H Que la perspective de soulager les maus de ta [tauvre

461 HISTOIRE DE LA TERREnEI.

mère, de rendre la situation des tiens moins pénible, de contribuer à assurer le calme h ton pays... que cette perspective exalte ta générosité, soutienne ta loyauté... tu n'a pas sans doute oublié, mon bien-aimé, que la tendresse de ta mère n'a pas besoin d'êlre excitée par de nouveaux actes de ta part propres à la justifier. Que j'apprenne bientôt que mon Leodgard et mon Antoine ont embrassé leur ami; que leur mère reçoit en eux les démonstrations et les preuves des sentiments de son fils... arrive à Philadelphie en même temps qu'eux... plus'tôt, si tu le peux... Le ministre de France à Hamboui^ facilitera ton passage... qu'il le connaisse du moins. ,

H Ah ! que ne puis-je aller moi-même presser contre le sein déchiré de cetie tendre mère celui qui ne lui refusera pas le soulagement qu'elle réclame !

« Si cette lettre parvient à mon bien-aimé, j'espère qu'il ne différera pas de répondre à sa si tendre mère et de lui procurer enfin la consolation de recevoir une fois de ses nouvelles, comme elle a, hélas! pour la première fois la satisfaction de lui en donner des siennes. Il voudra bien s'adresser sous le couvert du ministre de la police générale de la République à Paris.

n J'aime à croire que depuis environ trois mois, malgré l'impossibilité où j'ai toujours été de t'écrire, et quoique bien indirectement, tu auras connu l'extrême désir de ta mère de te savoir bien éloigné de tous les intrigants et de toutes les intrigues, qu'elle ne saurait assez te recommander de fuir.

<l L.-M.-A. PENTmÈVRE. H

La duchesse d'Orléans avait, avant de l'envoyer, soumis sa lettre au ministre de la police. Cochon de Lapparent; elle reçut quinze jours après l'autorisation de la faire partir. A la lettre du ministre elle répondit par la lettre suivante :

« Citoyen ministre, <i Dès l'instant où j'appris que vous étiez seul chargé de l'exécution de la détermination du Directoire exécutif, relative à mes enfants, votre réputation m'inspira la plus grande confiance pour le prompt accomplissement de mes vœux, ceux de voir ces infortunés enfants jouir de leur liberté hors de toute

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portée et des intrigants qui pourraient tenter de les séduire et de ceux qui, à leur insu, voudraient emprunler leur nom pour se livrer à de nouvelles manœuvres : par quelle falalité se faitil donc que, malgré les dispositions bien précises du décret du 12 messidor, mes pauvres enfants soient, tout à l'heure depuis un an, les seuls innocents, qui, même après que la puissance publique a si solennellement prononcé sur leur sort, gémissent encore dans les cachots?... Je ne parle pas de l'état de dénùment dans lequel on les laissait depuis environ deux mois... je suis bien persuadée que le gouvernement ne le connaissait pas... Mais, citoyen, vous êtes pf^re; vous connaissez le prix de la liberté, et si vous faites attention à tout ce qu'a souffert la malheureuse mère qui réclame pour ses enfants la justice qu'il semblait qu'on ne devait pas leur refuser, ah! sans doule qu'elle n'aurait plus besoin de vous en importuner.

H Le gouvernement m'a fait demander, autant qu'il serait en moi, de décider mon fils aîné à se rendre aussi en Amérique. Mon attachement bien connu pour mon pays, ma soumission à ses lois, m'auraient suffi pour aller même au-devant de ce vœu, si d'un autre cAté je n'étais pas bien convaincue que le seul parti que peuvent prendre mes enfants est de se tenir à mille lieues de tout ce qui pourrait les rapprocher de toute affaire publique, le n'ai donc pas hésité un seul instant à écrire la lettre que j'ai confiée à votre bienfaisant ancien collègue pour vous la remettre. Il me l'a rapportée pour que j'y mette une adresse. Cet obligeant citoyen et plusieurs autres se sont inutilement donné des soins pour savoir d'une manière précise, et le lieu de sa retraite, et le nom qu'il a pris dans ce moment. Vous ne devez pas être surpris de l'ioulilité de mes recherches, puisque, avec les moyens que vous avez, vous n'êtes pas mieux fixé. Je serais trop heureuse si je voyais mon pays tranquille, et bien plus encore si je pouvais y contribuer, disposée, comme je le suis, 'à faire tout ce qui sera en mon pouvoir pour cela. Comment donc me refuserait-on, ou refuseraiton à mes enfants la justice que personne ne réclame en vain? Vos principes me la garantissent; mais de plus longs délais seraient des dénis formels, et ce n'est pas le sort que vous voulez faire à la plus sensible et à la plus infortunée des mères.

mzedBïGoOgle

iU HISTOIRE DE LA TERREUR.

Ses enrants sèchent avec raison d'impatience,, ils se meurent, et quand ils n'auraient pas d'aussi sûrs garants de la légitimité de leurs demandes, la politique les éloignerait du foyer sulfureux dans lequel ils respirent un si mauvais air et qui menace à chaque instant de quelque explosion dont ils pourraient devenir si injustement les victimes.

« L.-M.-A. PENTmÈVRE.

Ce 29 pr^rial an iv (17 Juin 1106). »

Le ministre de la police, auquel la duchesse s'empressa de faire parvenir deux copies de sa lettre, les adressa, l'une directement en Suisse, et l'autre, par l'intermédiaire du ministre des relations extérieures, au ministre de la République près les villes hanséatiques.

Ces deux lettres d'envoi, quoique renfermant quelques détails identiques, nous paraissent devoir être insérées ici l'une et l'autre.

Au Ministre des relations extérieures.

<• 18 messidor an iv (6 Juillet I7B6.

« Vous connaissez, mon cher collègue, les intentions du Directoire exécutif relativement aux enfants du ci^devant duc d'Orléans, et l'intérêt qu'il attache à ce que l'alné passe les mers «t se retire en Amérique, Vous savez qu'il a été convenu que sa mère lui écrirait pour l'y déterminer. On vientde me faire passer plusieurs copies de la lettre qu'elle lui écrit. J'en adresse une au citoyen Bâcher, en Suisse, pour qu'il la fasse parvenir h sa destination, s'il peut découvrir la retraite du ci-devant duc de Chartres. Mais comme j'ai lieu de croire qu'il est plutôt dans les environs de Hambourg ou d' Alloua qu'en Suisse, je vous envoie deux copies de cettemémelettrepourque vous les adressiez aux envoyés de la République à Hambourg et à Altona, pour les faire parvenir au ci-devant duc de Chartres, s'ils peuvent savoir où il est. Je vous prie aussi de leur recommander, dans le cas où il se déterminerait à partir, de ne rien négliger pour s'assurer de son départ sur un vaisseau neutre ou allié.

mzedBïGoOgle

de sa destination pour l'Amérique, et de vous reodre un compte exact du résultat de leurs opérations à cet égard. Vous n'ignorez pas que les deux frères détenus à Marseille doivent aussi se rendre en Amérique, et qu'ils ne doivent partir qu'au moment où le Directoire recevra la nouvelle certaine du départ de l'alné. Je vous répète de vouloir bien me faire part de ce que vous aurez fait. »

Au citoyen Bâcher.

s 18 messidor an iv (6 juillet 1796).

H Je vous adresse, citoyen, une lettre écrite par la ci-devant duchesse d'Orléans au ci-devant duc de Chartres, son fils. Le Directoire exécutif attache beaucoup d'intérêt à ce que lui demande sa mère, et qu'il. passe promptement en Amérique, il espère que son éloigoement contribuerait à assurer le rétablissement de la tranquillité dans l'intérieur de la République, en dunl un prétexte, et sinon un chef, du moins le nom d'un chef aux excitateurs. C'est peut-être d'ailleurs un moyen de sonder le terrain et de s'assurer s'il existe un parti assez fort pour lui donner quelques espérances, ou si on se sert seulement de son nom sans sa participation. La ci-devant duchesse d'Orléans ayant demandé la faculté de faire sortir de France ses deux enfants déteous au fort de Marseille, le Directoire a cru ne devoir y consentir, en exécution de la loi du 12 messidor, qu'à la condition qu'ils iront en Amérique, que leur aîné s'y rendra aussi. Les deux cadets ne sortiront môme de Marseille que lorsqu'on aura la certitude, par quelque envoyé de la Képuhlique, que l'alné est parti pour l'Amérique sur un vaisseau neutre, et avec les précautions prises, de concert avec notre envoyé, dans le port dont il partira, pour assurer son départ et sa destination. Vous voudrez bien, en conséquence, ne rien négliger pour découvrir la retraite dudit duc de Chartres, et lui faire parvenir la lettre ci-incluse et assurer le succès des vues du Directoire. Vous aurez soin de me faire connaître le résultat de toutes vos démarches à ce sujet. »

Les conjectures du ministre étaient exactes; c'était dans les environs de Hambourg que celui qui avait le droit de

prendre la titre de duc d'Orléans, depuis l'erpiation du 6 novembre 17ft3, avait fixé sa demeure.

Le ministre des relations extérieures en avertit sur-le-champ son collègue.

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, FBITERNITÉ.

Le mûiistre des relations exlérieures au ministre de la

police générale.

(i Le citoyen Reinhard m'informe à l'instant, citoyen collègue, qu'aussitôt la réception de ma lettre du 18 messidor dernier, il a pris des renseignements sur le séjour actuel du fils du ci-devant duc d'Oriéans ': il est acluetiement à Vandbeck, bourg danois à deux lieues de Hambourg. Il lui a fait passer la lettre de sa mère par une personne sûre et impartiale qui la lui remettra en mains propres. Le citoyen Reinhard me rendra compte de ce qui arrivera à la suite de celte démarche, et je mettrai le même empressement à vous en instruite. »

K Salut et fraternité,

« Ch. Delacroix, u ■ Paris, le s thermidor de l'sD i? de It R^ablique (20 juillet 1706).

Aussitôt la réception de la lettre de sa mère, le duc d'Orléans s'empressa de lui répondre :

a le re<^is avec joie et attendrissement, ma chère maman, la lettre que vous m'avez écrite de Paris le 8 prairial, et que le ministre de la République près les villes hanséatiques m'a fait passer par ordre du Directoire exécutif.

H Conformément à ce que vous m'ordonnez, j'adresse cette réponse sous le couvert du ministre de la police générale.

Il Quand ma tendre mère recevra cette lettre, ses ordres seront exécutés et je serai parti pour l'Amérique. En accusant au ministre de France à firemen la réception de votre lettre et de celle qu'il m'a écrite en me l'envoyant, j'ai cru pouvoir lui demander, d'après ce que vous m'avez mandé, et qu'il m'a

mzedBïGoOgle

confirmé, les passe-poris nécessaires à la sûreté de ma route, et dès que je les aurai reçus, je m'embarquerai sur le premier bâtiment qui fera voile pour les États-Unis. - (1 Assurément, quand j'aurais de ta répugnance pour le voyage que vous me demandez d'entreprendre, je n'en mettrais pas moins d'empressement à partir. Mais c'était toujours celui que je désirais le plus de pouvoir faire, et je ne fais à présent qu'accélérer l'exécution d'un projet qui était déjà défi oitivement arrêté, 11 y a même longtemps que je serais déjà parti, si je n'en eusse été constamment relenu par une suite de circonstances également bizarres et malheureuses. Je n'entreprendrai pas de vous en faire le triste et inutile détail. J'espérais que, dans peu, tous les obstacles qui m'arrêteraient seraient aplanis. Mais il n'en est point que votre lettre- ne détruise et je vais partir sans différer davantage. Et que ne ferais-je pas après la lettre que je viens de recevoir! je ne crois plus que le bonheur soit perdu pour moi sans ressource, puisque j'ai encore un moyen d'adoucir les maux d'une mère si chérie, dont la position et les souffrances m'ont déchiré le cœur depuis si longtemps. Je n'ose examiner si je puis conserver l'espérance de la revoir jamais; mais serai-je donc toujours privé de la consolation de votr de temps en temps quelques lignes de son écriture et de savoir au moins comment elle se trouve?

H Je crois rêver quand je pense que, dans peu, j'embrasserai mes frères et que je serai réuni à eux, car j'étais réduit à pouvoir à peine croire ce dont le contraire m'eût jadis paru impossible. Ce n'est pas cependant que je cherche à me plaindre de ma destinée, et je n'ai que trop senti combien elle pouvait être plus affreuse. Et même à présent je ne la croirai plus malheureuse si, après avoir retrouvé mes frères, j'apprends que notre mère chérie est aussi bien qu'elle puisse l'être et si j'ai pu encore une fois servir ma patrie en contribuant à sa tranquillité et par conséquent à son bonheur. Il n'est point de -sacriCces qui m'aient coûté pour elle, et, tant que je vivrai, il n'y en a point que je ne sois prêt à lui faire.

u II m'est impossible, puisque j'écris à ma chère maman, de ne pas saisir cette occasion de lui dire que depuis longtemps je n'ai plus de relations avec M" de Genlis ; elle vient

même de faire imprimer à Hambourg une lettre qui m'est adressée, accompagnée d'un précis (très-ÎDexact) de sa conduite pendant la Révotution et dans lequel elle ne respecte pas même la mémoire de mon malheureux père, le ne compte certaine' ment pas répondre à la lettre qu'elle m'écrit ; mais je crois de mon devoir de rétablir dans leur intégrité une partie des faits qu'elle a tronqués. Je ferai imprimer à Hambourg le petit écrit, et j'aurai soin qu'il en soit adressé un exemplaire au ministre de la police générale, espérant qu'il voudra bien vous le faire remettre.

<i Adieu, ma chère maman; rien n'égale la joie que j'ai ressentie en revoyant de votre écriture dont j'étais privé depuis si longtemps. Puissé-je apprendre bientôt que votre santé s'améliore et le savoir de vous-même. Soignez bien cette santé qui nous est si précieuse, et, si ce n'est pas pour vous, au moins que ce soit pour vos enfants. Adieu, votre ûls vous embrasse de toute sou àme, et croyez qu'il est bien heureux de pouvoir encore vous obéir.

M L.-P. d'Orléans. »

Un mois après, le duc d'Orléans annonçait à sa mère sod prochain départ pour les États-Unis. Sa leÂre, pour plus de sûreté, ne fut transmise en France que lorsque le vaisseau cinglait à toutes voiles vers l'Amérique.

« A. bord du vaiiseau Anurica, daai le port de Htmbourg, le 15 septembre 1706 (28 fructidor ao iv).

n II y a déjà longtemps, ma chère maman, que vos ordres seraient exécutés et que je serais parti pour Philadelphie, si un vent d'ouest permanent ne nous empêchait pas de sortir de l'Elbe. Comme il me sera impossible d'écrire au moment où nous mettrons à la voile, je laisserai cette lettre à un négociant de Hambourg (M. J.-Er.-F. Westphalen, dont je ne peux assez vous vanter l'extrême obligeance à mon égard) , et il voudra bien se chai^r d'y ajouter l'époque du départ d'-lmerica. Je suis sur un très-bon vaisseau américain doublé en cuivre et fort bien arrangé intérieurement. Le capitaine est un fort bon homme et nous sommes bien nourris ; soyez sans aucune inquiétude pour

mzedBïGoOgle

ma route, ma chère maman. Le ministre de France m'a délivré le passe- port que j'avais demandé pour moi ; il a eu même l'attention d'y joindre une lettre pour le ministre de la République près les États-Unis; ainsi vous pouvez être parfaitement tranquille sous tous les rapports. Il me tarde beaucoup d'avoir des nouvelles de mes frères, dont je suis privé depuis si longlemps. Les gazettes ne nous ayant pas annoncé leur départ, je crains qu'il ne soit pas encore effectué. J'en attends la nouvelle avec une impatience bien vive.

u J'ai aussi pdé M. Westphalen de joindre à cette lettre un exemplaire du petit écrit dont je vous ai parlé.

« Adieu, ma chère maman, votre fils vous chérit et vous embrasse de toute son àme. C'est aussi de toute son âme qu'il souhaite que le voyage qu'il entreprend puisse avoir l'effet que vous en attendez et améliorer enfin la cruelle position des siens qui pèse sur son cœur depuis ai longtemps.

u L.-P. D'ÛRliANS.

•t Le vaisseau America a mis en mer le 2h septembre, avec le vent le plus favorable, qui continue encore.

« Citoyen ministre,

« Le citoyen L.-P. d'Orléans m'a chaîné à son départ de vous remettre une lettre et une petite brochure et d'y joindre la prière de vouloir bien avoir la complaisance de faire parve- , nir l'un et l'autre à la citoyenne sa mère.

a le m'acquitte de cette commission avec d'autant plus de plaisir que, tout en obligeant ce jeune homme si aimable et si intéressant, je me vois à même, citoyen ministre, de pouvoir vous prier d'agréer les assurances d'estime et de considération parfaites qui vous sont dues, et d'oser manifester le désir que j'ai de me trouver dans le cas de pouvoir servir en quelque manière un républicain que j'honore.

(1 C'est avec ces sentiments, citoyen ministre, que j'ai l'honneur de vous saluer respectueusement,

« J.-E.-F. Wëstfhalen, associé de M. Buckeb-Wesipualen. 0 Hambourg, le 12S septembre 1790. «

Fidèle à ses promesses, le Directoire prit, aussiiât la réception de celte lettre, les mesures les plus promptes pour assurer le départ des jeunes prisonniers du fort Saint-Jean, Nous en trouvons la preuve dans les trois pièces dont la teneur suit :

i( Sur la demande d'Antoine-Philippe et d'Alphonse-Léodgard d'Orléans, tendant à ce que, pour éviter tout soupçon de connivence avec les agitateurs qui voudraient emprunter leur nom, et conformément aux dispositions du décret du 12 messidor an m, ils puissent se rendre à Philadelphie ou dans tel autre lieu que le gouvernement voudra tetir indiquer;

i( Le Directoire exécutif charge les ministres de la police générale el de la marine de faire, chacun pour ce qui les concerne, les dispositions, de donner les ordres et fournir les moyens pour que lesdits Antoine-Philippe el Alphonse- Léodgard d'Orléans se rendent convenablement et sûrement à Philadelphie, où ils s'adresseront au ministre chargé des affaires de ta République, qui leur fera compter annuellement la somme de jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. »

Au Commissaire du Directoire exécutif.

Il Les jeunes gens d'Orléans détenus au fort Jean de voire arrondissement ayant réclamé, pour ce qui les concerne, l'exécution du décret du 12 messidor an m, le Directoire exécutif a arrêté qu'il leur serait fourni de quoi se rendre convenablement, commodément et sûrement, à Philadelphie, et m'a chaîné de donner des ordres pour l'exécution de son arrêté. En conséquence, le ministre de la marine dirigeant la partie relative à l'embarquement, vous vous concerterez avec le commissaire principal de résidence à Marseille pour que le passage de ces deux détenus en Amérique s'opère suivant les vues du gouvernement, en leur laissant les facilités de convenance pour leurs préparatifs. Vous fournirez au commandant du fort Jean, à qui j'écris par le même courrier, la décharge de la garde qui lui est confiée.

« Vous m'instruirez des dispositions que vous aurez faîtes pour cet objet ainsi que de leurs résultats. Écrit à la suite :

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u Au commandant du fort Jean, à Marseille.

u Les jeunes d'Orléans déienus dans le fort, dont le commandement vous est confié, ayant invoqué, pour ce qui les concerne, le décret du 12 messidor an ni, et le Directoire exécutif m'ayant chargé de l'exécution de son arrêté à ce sujet, j'écris par le même courrier au commissaire auprès de l'administration municipale de Marseille, pour qu'il se concerte avec le commissaire principal de la marine qui disposera leur embarquement, et pour que les déclarations qu'il vous fera. à l'égard de ces détenus vous servent de décharge, n

Les deux jeunes princes s'embarquèrent le 5 novembre 1796 et eurent le bonheur de retrouver leur frère aîné, arrivé avant eux en Amérique ; ils ne devaient plus le quitter. Mais leurs jours étaient comptés: une maladie de poitrine, née probablement dans les cachots du fort Saint-Jean, les enleva à quelques années de distance. Le duc de Montpensier mourut en Angleterre le 18 mai 1807. Le duc de Beaujolais le 30 mai 1808 à Malte, où son frère atné l'avait amené pour rétablir sa santé.

Pour terminer ce qui concerne les personnages dont il est question dans cette note, nous ajouterons que la duchesse d'Orléans, la duchesse de Bourbon et le prince de Conti subirent le conlre-coup du 18 fructidor. Le Directoire, qui avait repris les traditions jacobines, les fit déporter en Espagne.

Le prince de Conti mourut à Barcelone le 10 mars 181îi, âgé de quatre-vingts ans,

La duchesse de Bourbon vit sa postérité s'éteindre dans les fossés de Vincennes. Elle rentra en France en ISli et n'en sortit plus. Retirée dans le couvent des Filles-du-Temple qu'elle avait fondé, elle mourut à Paris le 10 janvier 1821. Elle avait été frappée d'apoplexie dans l'église de Sainte-Geneviève.

La duchesse d'Orléans eut le bonheur d'assister au mariage de son fils avec la princesse sicilienne qui devait être un jour la reine Marie-Amélie, de revoir sa patrie et de jouir quelques années encore du bonheur de ses enfants. La digne fille du duc de Penthièvre mourut à Paris le 22 juin 1821.

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