‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 197 sur 205 · PROTESTATIONS COLLECTIVES · texte numérisé non relu

PROTESTATIONS COLLECTIVES

Nous connaissons quatre protestations collectives : Celles 1' dite des soixante-quatorze ;

2" des députés de la Somme; 3' des députés de l'Aisne; k" des députés de la Haute-Vienne.

La pétition des soixante-quatorze était ainsi conçue :

i( Les représentants du peuple soussignés',

fi Considérant qu'au miiieu des événements qui provoquent l'indignation de la République entière, ils ne peuvent garder le silence sur les attentats commis envers la représentation nationale sans s'accuser eux-mêmes de la plus honteuse faiblesse ou d'une complicité encore plus criminelle;

1, i Les trente-deai proscrits mis en arresUtion partagent sans doute iM mêmes seDUments, mais aocuo d'eux n'a souscrit A la préseatis décla-

54a HISTOIRE DE LA TERREUR.

H Considérant que les mêmes conspirateurs, qui, depuis l'époque où la République 3 été proclamée, n'ont cessé d'attaquer la représentation nationale, viennent enûn de consommer leurs forfaits en violant la majesté du peuple dans la personne de ses représentants, en dispersant ou enchaînant quelques-uns d'entre eux et en courbant les autres sous le joug de la plus audacieuse tyrannie;

(I Considérant que les chefs de cette faction, enhardis par une longue impunité, forts de leur audace et du nombre de leurs complices, se sont emparés de toutes les branches de la puissance executive, des trésors; des moyens de défense et des ressources de la nation dont ils disposent à leur gré et qu'ils tournent contre elle;

Il Qu'ils ont à leurs ordres les chefs de la force armée et les autorités constituées de Paris, que la majorité des habitants de celte ville, intimidée par les excès d'une faction que la loi ne peut atteindre, effrayée par les proscriptions dont elle est menacée sans cesse, non-seulement ne peut pas réprimer les manœuvres des conspirateurs, mais que souvent même, par respect pour la loi qui commande l'obéissance aux autorités constituées, elle se voit forcée de concourir en quelque sorte à l'exécution de leurs complots;

u Considérant que telle est l'expression sous laquelle gémit la Convention nationale, qu'aucun de ses décrets ne peut être exécuté s'il n'est approuvé ou dicté par les chefs de cette faction; que les conspirateurs se sont constitués par le fait les seuls organes de la volonté générale et qu'ils ont rendu les restes de la représentation nationale l'instrument passif de leur volonté;

H Considérant que la Convention nationale, après avoir été forcée d'investir d'une autorité illimitée les commissaires qu'elle a envoyés dans les départements et aux armées et que cette faction a exclusivement désignés, n'a pu réprimer les actes arbitraires qu'ils se sont permis, ni même formellement improuver les maximes incendiaires et désorganîsatrîces que la plupart d'entre eux ont propagées;

« Considérant que non-seulement la Convention n'a pu faire poursuivre ni les dilapidations de la fortune publique, ni les

mzedBïGoOgle

scélérats qui ont commandé des assassinats et des pillages, mais encore que les conspirateurs, après avoir vu leurs projets échouer dans la nuit du 10 au 11 mars, en ont repris l'exécution avec plus de succès à l'époque des 20, 21, 27 et 31 mai et 2 juin dernier ;

« Qu'à cette dernière époque, on a fait battre la générale, sonner le tocsin et tirer le canon d'alarme ; que lés barrières de la ville ont été fermées, toutes les communications interceptées, le secret des lettres violé, la salle de la Convention bloquée par une force armée de plus de soixante mille hommes; qu'une artillerie formidable a été placée à toutes les avenues du Palais national, qu'on y a établi des grils pour ie service des canons, chauffer des boulets et former tous les préparatifs d'un assaut;

(c Que les bataillons destinés pour la Vendée, et retenus à dessein dans les environs de Paris, se trouvèrent au nombre des assiégeants; que des satellites dévoués aux conjurés, et préparés à l'exécution de leurs sanguinaires complots, occupèrent les postes les plus importants et les issues de la salle; qu'ils furent ouvertement récompensés de leur zèle par des distributions de vivres et d'argent;

<i Qu'au moment où la Convention nationale se présenta en corps aux avenues du palais pour enjoindre à la force armée de se retirer, le commandant, investi par les conjurés de la plus insolente dictature, osa demander que les députés proscrits fussent livrés à la vengeance du peuple, et que, sur le refus de la Convention, il eut l'atroce impudence de crier aux armes et de faire mettre en péril la vie des représentants du peuple français ;

« Considérant enfin que c'est par des manœuvres de toute nature qu'on est parvenu à arracher à la Convention , ou plutôt à la sixième partie des membres qui la composent, un décret qui prononce l'arrestation arbitraire qui enlève à leurs fonctions, sans accusation, sans preuve, sans discussion, au mépris de toutes les formes et par la violation la plus criminelle du droit des gens et de la souveraineté nationale, trente-deux représentants désignés et proscrits par les conspirateurs eux-mêmes,

a Déclarent à leurs commettants, aux citoyens de tous les

départements, an peuple français, dont les droits et la souveraineté ont aussi été audacieusement violés, que depuis l'instant

où l'intégrité de la représentation nationale a été rompue par un acte de violence dont l'histoire des nations n'avait pas encore offert d'exemple, ils n'ont pu ni dû prendre part aux délibérations de l'Assemblée; que, rédoits, par les circonstances malheureuses qui les entourent, à l'impossibilité d'opposer par leurs eff'orts individuels le moindre obstacle aux succès des conspirateurs, ils ne peuvent que dénoncer à la République entière les scènes odieuses dont ils ont été les témoins et les victimes.

II A Paris, le 6 juin, l'an II de la République française. »

Voici les noms des signataires par ordre alphabétique de départements :

Ain. — Royer.

Alpes (Basses-). — Maysse, Peyre.

Alpes (Hautes-). — G. C. Gaseneuve, Serre.

Alpes-Maiutimes. — Blanqui, Dabray, Massa.

ÀBDÈCHe. — Gamon, Ganilhe, Saint-Prix.

Aude. — Periés, Tournier.

BoucBES-DU-RiiÔNE. — Lauze-Duperret, Duprat.

Calvados. — Ph, Delleville.

Charente, — Ribereau.

GÔTES-Du-NoHD. — Couppé, H. Fleufy, Girault.

Dbôue. — Fayolle, Marboz, Olivier Cérente.

Eure. — Dubusc, Savary, Vallée.

FiHisiiRE. — G.-A.-A. Blad, Bohan,- Quennel.

Gard. — F. Aubry, Rabaud-Pommier.

Gabosne (Hautes-). — Estadens, Rouzet.

Gers. — Descamps, Lapiaigne, Moysset.

Gironde. — Lacaze fils aîné.

Ille-et-vilaime. — Defermon, Lebreton, Obelin.

Indbe, — Derazey.

Jura. — Amyon, Barbey, Ferroux, Grenot, Laurenceot, Vemier.

Landes. — Saurine,

Loirb-Infébibube. — Jary, Lefebvre Julien.

mzedBïGoOgle

NOTES. : -7i3

Lot. — Blaviel.

Manche. — Laurence.

MoHBiRiH. — V. Corbel, Ronault.

Moselle. — Blaux.

Oise. — Delamaire.

Orne. — Dugué-Dassé.

Parb. — Dussaiilx. PAS-DE-CiLiis. — Daunçu, Varlet.

PïRÉNÉES-0 MENTALES. — Guiter.

Rh6ke-et-Loihb. — Cbasset.

Saônb-et-Loibb. — Masuyer.

Sahthe. — Salmon.

Sbike-et-Oise. — Mercier.

Seine-1nf£hieuhe. — Bailleu), Doublet, Hecquet, Faure, Lefebvre, Buault, ViDcent.

Somme. — Saladio.

Yonne. — Chastelaîn.

Cette liste contient soixante-quinze noms et l'original est bien revêtu desoixante^juinze signatures. Mais dans les copies officielles qui en ont été faites et qui ont servi de base aux décrets qui furent rendus pour proscrire et ensuite réhabiliter les signataires, on a accolé deux de ces noms et on en a fait un seul : ce sont ceux de Dabray, député des Alpes-Maritimes, et de Doublet, de la Seine-Inférieure.

Sur ces soixante-quinze représentants, six firent précéder leur signature de ces mots : a Ayant déjà protesté dans lasalle même des séances, le 2 juin. »

Celaient :

Ferreux, du Jura. Tournier, de l'Aude.

Amyon, du Jura. Fériés, de l'Aude.

Blaviel, du Lot. Rouzet, de la Haute-Garonne.

Cette protestation fut tenue secrète; mais, lors de la perquisition faite, après le meurtre de Marat, dans les papiers de Lauze-Duperret qui en était dépositaire, elle fut saisie et envoyée au Comité de sûreté générale.

mzedBïGoOgle

54l> HISTOIRE DE LA TBltREUlt.

Dans ce momeat-là les démagc^es usaieat eDcore de méuagemeots vis-à-vis des vaincus du 2 jaic. Ils gardèrent cette pièce pour s'en servir en temps et lieu. Dans la séance du 21 août, Amar y lit allusion, mais sans s'appesantir sur son importance. Mais lorsque la révolte des départements fut à peu près comprimée, le même Âmar vint proposer à la Convention de faire mettre tous les signataires de la protestation des soixante-quinze en état d'arrestatiqp, s'ils n'étaient déjà renvoyés pour autre cause devant te Tribunal révolutionnaire.

Sur ces soixante-quinze signataires quatre périrent sur l'échafaud ; ce furent :

Duperret, des Bouches-du-Rhône; Duprat. id.

Lacaze, fils aîné, de la Gironde-, Masuyer, de Sa6ne-et-Loire,

Les autres, après avoir subi une détention de plus de quinze mois, furent réintégrés dans leurs fonctions, par décret du 13 frimaire an m. A l'occasion du décret du 3 octobre, nous raconterons avec plus de détait tes épisodes de la détention des signataires de la protestation du 6 juin.

Dèdaralion des dépittés de la Somme à leurs commettants sur la journée du S juin tl93.

a Les députés du département de la Somme à la Convention nationale, soussignés, ont cru devoir exprimer à leurs commettants, dans une déclaration simple, leurs sentiments sur les circonstances actuelles.

a Les événements du 31 mai sont connus; ceux du lendemain, quoique moins importants, le sont aussi. La liberté de la représentation nationale, violée dans ces deux jours, non par les citoyens, ni par les sections armées, mais par quelques hommes, ou violemment égarés ou vendus au parti de l'étranger, était réservée à une épreuve plus affligeante encore.

« Le 2 juin doit élre regardé comme un jour de deuil pour tous les amis de la liberté et de la Képublique. En ce jour, et ici nous avons pour garants les réclamations vigoureuses des

notes: 647

membres mâmes de la GoDveution les mcuns suspects à cet égard; en ce joar, il n'y eut véritablement pas de représentatioD nationale : cernée de tous côtés par une force armée immense, elle fut sous la domination des factieux gui dirigeaient cette force armée, dans laquelle on a pu remarquer qu'il n'y avait de coupables que les chefs auxquels elle obéissait sans savoir quels étaient leurs desseins. Aucun membre de la Convention ne put sortir de l'enceinte; il n'était permis, chose bien humiliante, de satisfaire aux besoins de la nature qu'en présence des satellites des factieux. C'était même un crime pour ses membres, de quelque côté de la salle qu'ils vinssent, de jeter la vue sur les lieux oîi cette force armée s'était développée. Plusieurs s'en sont plaints amèrement. Cet attentat à la souveraineté du peuple s'est prcdongé pendant sept heures ; il durait encore une demi-heure après la ^ance, car il fallut attendre, même quand les factieux n'avaient plus rien à désirer, il fallut attendre, pour sortir, que le soi-disant commandant ou le prétendu Comité révolutionnaire voulussent lever la consigne criminelle qui avait tenu si longtemps dans l'esclavage et l'opprobre les représentants du peuple, c'est-à-dire le peuple lui-même. C'est dans cet état, c'est en présence des baïonnettes et des canons qu'a été rendu notamment le décret qui met en arrestation : 1° vingt et quelques membres précédemment dénoncés par une pétition déclarée calomnieuse et contre lesquels, depuis, on n'a articulé aucuns faits nouveaux ; 2" dix membres d'une commission qui n'a pas même pu être entendue pour se justifier. Voilà comment, tandis qu'on venait de donner la liberté àquatre individus soutenus par la municipalité de Paris, sans vouloir, par un rapport préalable, s'assurer de leur innocence, cette même liberté fut néanmoins ravie à plus de trente membres de la Convention déjà précédemment déclarés innocents et contre lesquels aucune charge nouvelle n'était survenue. Voilà comment dans ce jour de deuil l'unité de la représentation nationale , cet unique palladium de l'unité et de l'indivisibilité de la République, fut anéantie. Les députés, soussignés, doivent à eux-mêmes, ils doivent à leurs commettants de déclarer que, parmi eux, les uns n'ont pas cru devoir prendre part aux délibérations dans un jour où

548 HISTOlItE DE LA: TERREUR.

il n'y avait pas de liberté ; que les autres n'y ont pris part que pour s'opposer h un décret sollicité par là faction de l'étranger ou de l'anarchie ; ils doivent à l'honneur dés principes, violés dans cette journée, à l'honneur mSme de tous les membres de la Convention, de déclarer que te décret, que le Comité de salut public lui-même n'avait pas Cru pouvoir proposer, ne peut être regardé que comme l'ouvrage de l'oppression dans laquelle la Convention nationale a gémi. Ils déclarent de plus que s'ils continuent à rester à leur poste, c'est uniquement par la considération des dangers qui menacent la liberté et la République, qu'on attaque de toutes parts et qu'ils ont juré de défendre.

Il Fait à Paris, le 5 juin 1793, an II de la République française.

Piehhe-Flohent Louvbt, Gantois, Dupestel, Asseltn, Devebité, Deleglot, L. RivEBY, François Mabtin '.

Cette protestation fut apportée à Amiens par l'un des signataires, Deleclot, qui vint faire un voyage de deux jours dans cette ville. Elle fut imprimée par ordre du conseil général du département.

Peu de jours après, Jean-Bon-Saint-André, au nom du Comité de salut public, la dénonçait à la Convention et faisait traduire à la barre tes administrateurs du département qui lui avaient donné de la publicité. L'article 5 du décret qui fut rendu sur sa proposition était ainsi conçu :

(( I^ Convention ajourne à statuer sur les mesures à prendra relativement aux députés signataires de la déclaration après le rapport du Comité de salut public. »

Les administrateurs traduits à la barre se disculpèrent

I. La dépulatiou de la Samme se compoujt de treize membres. Les quatre représentants dont le nom ne se trouve pas au bas de la protestation sont :

1° Sillery, qui était en état d'arrestation depuis le S aVrll comme bupoct de complicité avec Dumouriez; 2° Saladin, qui fit imprimer une protestation particulière et qui signa du reste la proteatation des soixantequinze; 3° André Dumont; 4° Hourrier-Ëloi : <xa deux derniers étaient des Montagnards.

,i„.dB,GoogIe

comme ils! purent, en prétendant qu'ils avaient été trompés par des récits mensongers; ils furent renvoyés a leurs fonctions.

Quant au rapport relatif aux députés signataires de la déclaration, il ne fut jamais fait : les signataires ne furent pas ;inqùiétés et continuèrent de si^r à la Convention.

Protestation des députés de l'Aisne.

« Les députés, soussignés, de l'Aisne aux citoyens du département :

« Nous vous devons une exposition simple, exacte, entière, des événements qui. menaçant la République de séparations funestes, exige que vous déployiez, pour la sauver, tout votre patriotisme, toutes vos lumières et tout votre courage.

Il On avait dénoncé à la Convention un complot.formé pour Ja dissoudre ; les partisans secrets de l'aristocratie , les royalistes déguisés en patriotes, les émissaires des puissances étrangères, quelques hommes qui ont besoin de nouveaux crimes pour s'assurer l'impunité, conduisaient cette trame et avaient soin de cacher aux citoyens égarés par eux la nature et l'étendue de leurs projets.

« La Convention chargea une commission de vérifier les faits, et cette commission fit arrêter quelques hommes chers à une portion du peuple. Si ces arrestations n'étaient pas fondées sur des motifs assez graves, sur des preuves assez fortes, on pouvait s'en rapporter à la justice de la Convention. La lecture de ses débats, la liste de ceux qui ont voté dans l'appel nominal pour ou contre la conservation de la commission, sufiisent pour montrer que l'Assemblée méritait cette confiance.

Il Jusqu'au vendredi 31 mai, on n'avait pu observer que des mouvements tumultueux et partiels; mais, dans la nuit, des commissaires des sections cassèrent la municipalilé et le Conseil généra! de la Commune pour les rétablir sous le nom de Conseil révolutionnaire, et les membres de ces deux corps abdiquèrent l'autorité, qu'ils tenaient de la loi et du vœu immédiat et libre de leurs concitoyens, pour recevoir de quelques individus une autorité contraire à la loi. Un commandant général de la garde nationale a été nommé ; et, dans la matinée

de ce même jour, le conseil du département de Paris a convoqué des commissaires des sections, des députés des communes du département. Là, un comité de onze membres a été créé, revêtu de pouvoirs illimités et du nom de Comité révolutionnaire. Cependant le tocsin sonnait; le canon d'alarme avait été tiré; toutes les sections étaient années; une députation de cette assemblée qu'aucune loi n'autorisait vint à la barre demander la cassation de la commission rétablie par la Convention et le décret d'accusation contre les membres de la commission et contre plusieurs autres députés dénoncés dans une pétition que la Convention avait déclarée calomnieuse le 22 avril.

« Les citoyens avaient juré, ea prenant les armes, de maintenir la sûreté des personnes et des propriétés. L'ordre régnait partout. Des efforts perfides pour exciter la guerre entre ditîérentes sections avaient été repoussés; ta Convention était entourée d'armes; mais ses issues étaient libres, ses membres avaient été respectés et elle décréta que les sections avaient bien mérité de la patrie.

Il La commission était tout à la fois la cause principale des mouvements oîi se portaient les citoyens égarés, et le prétexte dont les ennemis de la liberté se servaient avec le plus d'avantage : elle fut cassée.

« Dans la séance du lendemain, la Convention s'était occupée de rendre compte à la République entière des événements du 31 mai ; et l'espoir du retour aux principes l'avait portée à se dissimuler à elle-même plusieurs circonstances de la journée du vendredi ; vers cinq heures, elle leva sa séance. Peu de moments après, le tocsin se fit entendre; le rappel fut battu dans plusieurs sections. Des hommes armés se portèrent en grand nombre dans les environs de la salle de la Convention. La perspective de quelques dangers réunit un assez grand nombre de députés. La délibération se fixa sur les causes des mouvements qui se manifestaient. A peine était-elle commencée, que des députés du conseil général révolutionnaire vinrent présenter une nouvelle pétition pour obtenir le décret d'accusation contre plusieurs membres déjà dénoncés, contre ceux formant la commission des Douze et même contre quelques

mzedBïGoOgle

autres individus dont jusqu'alors il s'avait été question àans aucune des pétitioos dénonciatrices. La ConventioQ renvoya cette pétition au Comité de salut public pour en rendre compte dans trois jours.

Il Le dimanche, la demande d'arrestation des membres désignés par le Comité révolutionnaire fut renouvelée avec plus d'audace, et, vers quatre heures, la Convention apprit qu'elle était entourée de citoyens armés, à qui une consigne tyrannique prescrivait de ne laisser aucun député sortir de l'enceinte de l'Assemblée. La Convention en corps , précédée de ses huissiers, le président à leur tête et couvert, les députés découverts et par conséquent dans cet appareil qui annonce les dangers de la patrie, la Convention se présente au commandant de la tFQupe placée devant l^s cours du palais national et en reçoit pour réponse qu'elle ne sortira pas avant que le décret exigé d'elle n'ait été prononcé.

u Elle parcourt les rangs des citoyens armés qui occupaient le jardin et les cours; partout elle recueille sur son passage des vœux pour une constitution républicaine, pour l'égalité, l'union entre citoyens, entre|Paris et les'départements, entre ses propres membres. A peine quelques vœux formés par l'esprit de parti se font-ils entendre. Mais le président trouve à toutes les issues la consigne, qui viole la liberté des représentants du peuple, audacicusement maintenue, et la Convention, toujours prisonnière, rentre dans le lieu de ses séances.

« C'est alors que le décret est rendu, sans doute pour éviter de plus grands crimes ; et quelque temps après la consigne est levée en spécifiant la porte par où il est permis aux députés de sortir.

u La suppression arbitraire des journaux, des violences exercées chez les imprimeurs, ont ajouté la violation du droit sacré de la liberté de la presse à celle de la liberté de la représentation nationale.

« Les lettres ont été arrêtées à leur arrivée et à leur départ; le secret en a été ouvertement violé , et les auteurs de cet attentat contre la foi publique n'ont pas craint de sceller d'un cachet portant Révolution du 3i mai les lettres qu'ils jugèrent à propos de rendre.

« lusqu'id, non-seulement ces excès restent impunis, mais, malgré quelques changements dans les noms, les hommes qui les ont commis, en vertu d'une autorité usurpée contre le vœu de la loi, exercent encore cette autorité.

« Une partie des membres compris dans le décret porté pendant la durée de la consigne s'y est volontairement soumise. Quelques autres ont cru devoir s'y soustraire.

(1 Tel est, citoyens, le tableau fidèle de ces événements, qui, par l'effet nécessaire d'une interruption dans les communications aussi imprudente que coupable, ne vous sont parvenus peut-être jusqu'ici qu'exagérés et défigurés. Vos lumières et votre patriotisme vous suggéreront les mesures sages, mais fermes, mais efficaces, que vous devez prendre pour assurer l'entière liberté de la représentation nationale, réparer l'outrage fait à la majesté du peuple français, rétablir la liberté de la presse et l'inviolabilité de la foi publique, etc.

(( Comme nous ignorons le moment où la liberté des communications sera rétablie, nous croyons devoir vous proposer d'assurer la vôtre avec nous au moyen d'un courrier extraordinaire mis spécialement sous votre sauv^arde.

« Petit, Fiquet, Belin, Condorcet, Boucbereau, Lecarlier, P. Loysel. »

(I Incommodé douloureusement depuis deux mois, je n'ai pu être témoin des faits ci-dessus énoncés, mais la connaissance qui m'en a été donnée et la confiance que j'ai en mes collègues, qui ont vu, me font adhérer pleinement aux réflexions et aux mesures que ces faits leur ont suggérées.

<i Jean Debrt.

« Quinette est prisonnier à Maestricht.

« BelTroy est en ce moment représentant du peuple près de l'armée du Nord et nous connaissons assez ses sentiments pour être persuadés qu'il partagerait les nôtres s'il était ici '- »

1. Les deux membres de la dépatatioa de l'Aisne qui ne sont pas lueDtionnés dans cette pièce sont Saint-Just et Dupio Jeune. On comprend fodlement que Siint-Juat, l'un doa conspiratears de la journée du 3 juin, n'ait pas signé cette proteBt&iioD. Quant à Dupin jeune, il y avait d'abord apposé sa signature; maU il la retira quelques Jours'Bprës.

mzedBïGoOgle

La protestation des députés de l'Aisne fut . dénoncée à la Conventiôu dans la séance du 30 juin par André Dumon, qui, au nom du Comité de sûreté générale, proposa de décréter d'accusation les signataires de la lettre.' Sur )a proposition de Léonard Bourdon et de Legendre, cette protestation fut envoyée au Comité de salut public, chargé dé faire un rapport général; mais ni le rapport de Saint-Just ni, plus tard, le rapport d'Amar ne firent mention de la protestation des députés de l'Aisne. Ils ne furent point inquiétés et continuèrent à siéger à la Convention, à l'exception toutefois de Condorcet, qui fut frappé, le 8 juillet, d'un décret d'arrestation pour avoir osé publier une brochure contre la constitution mqntagnarde que les vainqueurs de cette journée s'étaient hâtés de fabriquer, sauf à ne jamais la mettre à exécution.

On sait que cet illustre membre de l'Académie des sciencescrut devoir se soustraire à la vengeance de ses ennemis en s'empoisonnant dans la prison de Bourg-Égalité, autrerois Bourç-Ia-Reine, quelques heures après son arrestation.

Protestation de la députalton de la Baule-Yienne.

Tous nos efforts pour retrouver le texte de cette protestation ont été infructueux. Elle fut dénoncée à la Convention beaucoup plus tard que les autres, le 21 août, à l'occasion de l'accusation de connivence d'un des signataires, Lesterp- Beauvais, avec les insurgés de Lyon. L'évêque de Limoges, Gay-Vemon, vint lire à la tribune cette pièce, qui, outre la signature de Lesterp-Beauvais, était revêtue de celle de quatre autres députés de la Haute-Vienne, Faye, Rivaud, Soulignac et Lacroix.

Le seul passage de cette protestation que le Journal des Débals et Décrets nous ait conservé était ainsi conçu : « Nous ignorons si les événements du 31 mai et du 2 juin seront le terme des insultes faites à la Convention ; ce que nous savons, c'est qu'aux yeux des vrais républicains ils doivent être le terme de la confiance que l'on avait en elle, n

La Convention se montra beaucoup plussévère pour les cinq députés de la Haute-Vienne que pour ceux de la Somme et de

mzedBïGoOgle

l'Aisne. Par décret rendu le même jour, sur la proposition de l'évëque constitutionnel Gay-Vernon qui ne rougit pas de se faire, dans cette circonstance, l'accusateur de ses collègues de clépuiatioQ, tes cinq signataires furent décrétés d'arrestation. Sur ces cinq, Lesterp-Beauvais fut compris dans l'acte d'accusation dressé la 3 octobre par Amar, et envoyé au Tribunal révolutionnaire; il périt dans le sanglant holocauste du 31 du même mois. Les quatre autres députés de la Haute-Vienne partagèrent le sort des signataires de la protestation des soixante-quinze, tfest-à-dire leur captivité pendant quinze mois et ensuite leur réintégration dans le sein de la Convention nationale '.

Page 1