LIVRE XXXIIÏ
n'en a pas à Marseille. Qu'on l'y envoie, il sera bien gardé. »
L'Assemblée charge son Comité de satut public d'indiquer le lieu de détention des Bourbons qui ne sont pas actuellement détenus au Temple.
Le 7 au matin, le duc d'Orléans est arrêté; aussitôt il écrit à la Convention pour invoquer son inviolabilité : a Invinciblement' attaché à la République, sûr de mon innocence et désirant avec ardeur .le moment où ma conduite sera examinée, scrutée et rendue publique, je n'aurais pas un instant retardé l'exécution du décret, si je n'avais craint de laisser compromettre en moi ia dignité de représentant du peuple. »
Mais l'Assemblée passe dédaigneusement k l'ordre du jour, motivé « sur ce qu'elle a bien entendu comprendre Louis-Philippe-Joseph Égalité dans le décret qui ordonne l'arrestation des Bourbons. »
A l'énoncé de cette formule, le Girondin Pénières, lidèle à la haine implacable que son parti a voué au prince montagnard, lui décoche le dernier trait :
(( Qu'il reprenne son nom d'Orléans ou de Bourbon, il ne faut pas souffrir qu'il porte le nom d'Égalité plutôt qu'un autre citoyen. »
Le lendemain 8, Guyton-Morvaux propose au nom du Comité de salut public d'enfermer à Vincennes les membres de la famille de Bourbon dont l'arrestatioa a été ordonnée. Maïs de très-vives objections s'élèvent contre cette désignation <i qui laisse, dit-on, les prisonniers beaucoup trop près de Paris, où les malveillants pourraient exciter des troubles en leur faveur. « Il faut
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avouer, s'écrie Fonfrède, toujours le plus acharné dans la poursuite de ses rêves républicains, il faut avouer qu'une famille royale est quelque chose de bien embarrassant. II ne peut plus être question de savoir si les Bourbons resteront à Paris; vous avez décidé le contraire. Votre Comité de salut public, par un détour adroit, veut éluder votre décret. Eh quoi ! Marseille, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, n'auraient pas des droits à votre confiance ! Chacune de ces villes n'a-t-elle pas dix à douze mille hommes de garde nationale bien organisés, bons républicains, que ne pourrait corrompre tout l'or de l'étranger, et qui sauront bien empêcher les contre-révolutionnaires de replacer les tyrans sur le trône? Peu m'importe celle de ces villes auxquelles vous ferez ce funeste présent, mais qu'ils partent. »
La Réveillère-Lepaux fait observer que Marseille est trop près de l'armée des Alpes-Maritimes, que commande Biron.
u — Eh bien ! s'écrie Levasseur (de la Sarthe), si Biron est dangereux, qu'on le destitue 1
11 — Oui, qu'on le destitue! ajoute Maratj il a des intelligences avec Égalité fils. »
L'Assemblée semble partagée entre Bordeaux et Marseille; enfin, après trois épreuves douteuses, la préférence est accordée à Marseille.
Dans la nuit du 9 au 10 avril, le duc d'Orléans, le duc de Beaujolais, son troisième fils, âgé de treize ans, la duchesse de Bourbon, sœur de l'un et tante de l'autre, enfin le prince de Conti, partirent sous la garde d'une forte escorte pour le lieu désigné par la Conven-