LIVRE XXXIV. 6f
Peodant plus de cinq mois (du 3 avril au 19 août 1793) la Commune se trouva ainsi composée de trois éléments distincts dont aucun historien n'a encore signalé l'étrange juxtaposition. En effet, durant toute cette période, on vit siéger et voter pêle-mêle les débris de l'ancien Conseil antérieur au 10 août, les citoyçns élus en novembre, qu'ils eussent ou non été réélus ua mois après, enSn les nouveaux membres que le décret du 3 avril venait d'autoriser à prendre rang par anticipation à côté de ceux qu'ils étaient appelés à remplacer '.
Ce dernier élément devint bien vite prépondérant et inspira une audace nouvelle à la Commune. Nous la verrons chaque jour afficher plus résolument son antagonisme avec la représentation nationale, élever des prétentions de plus en plus exorbitantes sur la question des subsistances, réclamer du trésor public des subventions de plus en plus considérables et exercer avec une rigueur croissante les pouvoirs dictatoriaux que la Con-
1. On trouvera k la âa de ce volume une note relative à CGtta seconde période de l'histoire de la Commune de Paris qui commença le ! décembre 1791 et linit le 19 août f793, jour où la municipalité dite déHnitive Tut installée. A partir de cette époque, il n'y eut plus d'élections municipales à Paris. Le Comité de salut public, qui tenait dans sa main tous les pouvoirs, mSme ceux que la royauté n'avait jamais eus, s'arrogea le droit de révoquer qui bon lui semblait dans le Conseil de la Commune et de pourvoir, de sa propre autorité, aux vacances qui venaient à s'y produire par mort naturelle ou violente, par révocation ou démission. Avant le 9 thermidor, il avait fait guillotiner six membres du Conseil el en avait destitué une vingtaine. Après la délaite de Robespierre et la mise hors la loi de ses adhérents, quatre-vingt-seize membres de la Commune, c'est-à-dire plus des deux tiers, périrent sur l'échafaud.
6t HISTOIRE DE LA TERREUR.
vention avait eu l'imprudence de remettre entre ses mains. La surveillaoee des prisonniers du Temple devint plus sévère qu'elle ne l'avait été même sous les municipaux qui avaient présidé au supplice de Louis XVI *. La violation du domicile des citoyens devint un fait normal et quotidien; la délivrance arbitraire des passe-ports', des certificats de résidence, des cartes de sûreté, l'affichage des noms des locataires aux portes des maisons, rendirent de plus en plus irrésistible l'action de la police, sans cesse surexcitée par la dénonciation érigée en vertu civique.
1 . Noms donnons à la fin de ce volume une note relative aux dénonciations faites le 19 avril par Tison contre plusieurs membres de la municipalité parisienne qui, étantde garde au Temple, avaient témoigné quelque compassion pour les malheurs de la Tamille royale. H. de Beauchesne, dans les quatre volumos qu'il a consacrés à la mémoire de Louis XVII et de Madame Ëlisat>eth, a jet^ un jour nouveau sur cet épisode de l'tiistoire des prisonniers du Temple. Nous renvoyons nos lecteurs à ces récils si palpitants d'intérêt ; nous nous coutenlons de publier quelques détails inédits sur les municipaux dénoncés par Tison, et sur Tison lui-même.
a. On peut juger de la rigueur avec laquelle avait lieu la délivrance des passe-ports par l'arrêté suivant :
0 Séance du 4 avril 1793.
ï Le Conseil général arrête qu'il nesera point accordé de passe-porls aux ci-devant nobles ou prêtres, non plus qu'à des femmes'qui n'ont aucune nécessité de voyager, et qu'en général il n'en sera accordé qu'à des négociants, sauf cas urgents el imprévus dont il sera fait rapport au Conseil, »