LIVRE XXXIV
Peu de jours après avoir écrit cette lettre, Custine partait pour se rendre à son nouveau poste, et laissait à Bouchard la tâche diffîcile de sauver Mayence et de re- ■ prendre l'offensive.
sagement présumer que les Français ne pourront point, dans cette campagne, agir avec cette vigueur qui serait nécessaire pour résister au progrès des armées unies. Que reste-t-ii dès lurs ù faire aux généraux français, si ce n'est de nous tromper par des négociations simulées et nous arracher, par des ajournements, les avantages que nous offre leur faiblesse actuelle, pour attendre les renforts qu'on devra leur envoyer finalement? Il faut donc bien plutôt s'appliquer a attaquer les troupes ennemies, le plus souvent possible, et les déloger, au lieu de se laisser tromper par d'inutiles négociations et de se laisser nourrir de vaines espérances. Tant que les armées françaises seront encore en état de tenir la campagne et n'auront pas éte complètement dispersées par les nôtres , toutes négociations entamées pour amener la reddition amiable de leurs forteresses ne seront point couronnées d'un résultat favorable. Mais si on effectue la dispersion des armées ennemies, si on prend les mesures nécessaires, et si on dispose des moyens voulus pour pouvoir s'approcher des forteresses ennemies, alors il pourra être possible d'y trouver une résislance faible, et, conséquemment, on pourra s'emparer d'elles fiicilement. Comme j'ai vu par un rapport du prince de Reuss, du 10 de ce moiSy que, pour appuyer vos opérations, vous avez besoin de renforts, j'ai immédiatement transmis au Conseil aulique supérienr de la guerre l'ordre do vous envoyer les troupes qui étaient destinées à former dans le Tyrol une réserve pour l'Italie, et de vous en aviser pour que vous puissiez prendre les dispositions voulues pour leur emploi.
«Vienne, le 18avriH793,
1 François. •
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L'armée des Alpes était sous le commandement de Kellermann, dont le quartier général était à Chambéry. Celle des Alpes maritimes avait à sa tête Biron, qui résidait à Nice. Tous deux, surtout le second, étaient soupçonnés d'être partisans de Philippe Egalité; aussi étaient-ils surveillés de piès par les commissaires de la Convention, Grégoire et Jagot, à Nice; Héraut-Séchelles et Simond, à Chambéry.
Lorsque la nouvelle de la trahison de Dumouriez parvint dans la capitale de la Savoie, ces deux derniers délégués réunirent les troupes; puis, dans une vive allocutioD où ils dénonçaient la conduite inrâme du général en cher de l'armée du Nord, ils les invitèrent à renouveler leur serment à la République. L'armée montra beaucoup d'enthousiasme; seul, le général en chef garda une attitude expectante et d'assez mauvais augure. Les représentants du peuple craignirent, dans le premier moment, de faire contre Kellermann, fort aimé de ses troupes, une démonstration intempestive, et ne l'obligèrent pas à s'expliquer d'une manière catégorique. Il fallait surprendre la pensée intinse du général, et voici la ruse assez peu noble dont on s'avisa. Trois autres commissaires de la Convention, I^gendre, Rovère et Basire, se trouvaient à Lyon : Héraut-Séchelles leur écrivit conSdentiellement qu'ils eussent à se saisir d'un courrier expédié h Paris par Kellermann, à prendre
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