LIVRE XXXV
MABAT DÉCRÉTÉ D'ACCUSATION.
Le réquisitoire lancé le 3 avril par Robespierre contre la Gironde' avait eu un immeDse retentissement aux. Jacobins et dans les sections qui suivaient aveuglémenl leur inspiration. On résolut de passer des paroles à l'action. Les sections de Mauconseil et de la Halle-au- Blé se mirent à la tête du mouvement. La première, qui, à cette occasion, prit le nom de Bonconseil, vint directement signifier son programme à la Convention; la seconde, au contraire, s'adressa aux quarante-sept autres sections, pour n'envoyer ses délégués à la barre qu'après avoir recueilli un grand nombre d'adhésions.
Dans la séance du 8 avril, l'orateur de Bonconseil s'exprime ainsi : a Nous demandons à poursuivre dans toutes ses ramifications le complot de l'infâme Duniouriez. Ce n'était pas seulement dans ses légions que le traître avait ses complices. Le peuple n'est-il pas fondé
i Voir plus haut, livre XXXIll, p. 29 et suivantes.
mzedBïGoOgle
à croire qu'il en avait jusque dans votre sein, ne peut-il pas accuser ceux qui voulurent sauver le tyran, ceux qui, parleurs calomnies contre la ville de Paris et les sociétés populaires, voulaient armer les déparlements contre cette ville? La voix publique vous indique les Brissot, les Gensonné... " A cette désignation nominative, la Montagne et les tribunes applaudissent, la droite s'indigne et demande à grands cris qu'on chasse de la barre les audacieux pétitioDnaires.
Le monlagnaitl Mallarmé, s'essayant au rôle qu'il doit jouer le 31 mai, s'élance à la tribune : <> Je rappelle, dit-il, l'Assemblée aux principes. Le droit de pétition est un droit sacré. Les pétitionnaires doivent être entendus. N'avez-vous pas d'ailleurs déclaré que les membres de cette Assemblée pourraient être décrétés et renvoyés devant un tribunal extraordinaire? Je crois les accusés innocents, mais lorsque des citoyens ont lé courage de vous dire la vérité, il faut les entendre, à condition qu'ils ne dénoncent pas impunément; c'est pourquoi je demande qu'après avoir été écoutés jusqu'au bout, ils signent individuellement leur dénonciation et que celleci soit renvoyée au Comité pour en faire demain son rapport. »
Subjuguée par un pareil raisonnement, la majorité oublie que le premier devoir d'une assemblée est de se faire respecter ; elle laisse l'orateur poursuivre sa harangue et dérouler la liste de proscription dressée par quelques centaines d'émeutters.
0 La voix publique vous désigne les Brissot, les Gensonné, les Guadet, les VergnJaud, les Barbaroux, les