‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 58 sur 205 · LIVRE XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXV

plots. Il platt à tous les aristocrates bourgeois qui ont horreur de l'égalité et qui ont peur pour leurs propriétés ; il plaît même aux nobles, trop heureux de retrouver dans la représentation aristocratique et dans la cour d'un nouveau roi les distinctions orgueilleuses qui leur échappaient. La République ne convient qu'au peuple, aux hommes de toutes conditions qui ont une âme pure et élevée, aux philosophes amis de l'humanité, aux sans-culottes qui se sont, en France, parés avec fierté de ce titre dont Lafayette et l'ancienne cour voulaient les flétrir, comme les républicains sublimes de Hollande s'emparèrent de celui de gueux que le duc d'Albe leur avait donné.

II Le système aristocratique dont je parle était celui de Lafayette, des Feuillants, des modérés; il a été continué par ceux qui leur ont succédé. Quelques personnages ont changé, mais le but est resté semblable; les moyens sont les mêmes, avec cette différence que les continuateurs ont augmenté leurs ressources et accru le nombre de leurs partisans. Tous les ambitieux qui ont paru jusqu'ici sur le théâtre de la Révolution ont eu cela de commun, qu'ils ont défendu les droits du peuple, qu'ils l'ont flatté tant qu'ils ont cru eu avoir besoin. Tous l'ont regardé comme un stupîde troupeau, destiné à être conduit par le plus habile ou le plus fort. Tous ont regardé les assemblées législatives comme des corps composés d'hommes cupides ou crédules qu'il fallait corrompre ou tromper pour les faire servir à leurs projets criminels.

<i A l'exemple de leurs devanciers, ils se sont servis des sociétés populaires contre la cour ; mais, dès le mo-

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ment où ils eurent fait leur pacte avec elle ou qu'ils l'eurent remplacée, ils ont travaillé à détruire ces sociétés; ils ODt appelé les amis de la patrie des agitateurs, des anarchistes. Comme leurs devanciers, ils ont de bonne heure épouvanté les citoyens du fantôme de la .loi agraire ; ils ont séparé les intérêts des riches de ceux des pauvres; ils se sont présentés aux premiers comme leurs protecteurs contre les sans-culottes. Ennemis de l'égalité, maîtres du gouvernement et de toutes les places, dominant dans les tribunaux, et dans les corps administratifs, disposant du trésor de l'État, ils ont employé toute leur puissance à arrêter les progrès de l'esprit public, à réveiller le royalisme, à ressusciter l'aristocratie. Ils ont opprimé les patriotes éaergiques, protégé les modérés hypocrites; ils ont corrompu successivement les défenseurs du peuple et persécuté ceux qu'ils n'ont pu séduire. Gomment la République pouvait-elle qialtre quand toute la puissance publique s'épuisait pour perdre la vertu, pour récompenser l'incivisme et la perfidie ?

« Ils se sont attribué tout l'honneur de la révolution du 10 août, ils en ont recueilli tous les fruits. Leur premier soin a été de rappeler au ministère leurs créatures : Servan, Ciavière, Roland. Ils ont eu soin de faire remettre entre les mains de ces ministres des sommes énormes pour façonner à leur gré l'opinion publique. Ils n'ont cessé de tromper la France et l'Europe sur la révolution qui enfanta la République; ils ont dénoncé chaque jour le peuple de Paris et tous les citoyens énergiques qu' y avaient le plus puissamment .concouru. Il

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