LIVRE XXXV. m
plus vils des hommes et que vous serez les esclaves du premier brigand qui voudra vous enchaîner. »
Vergniaud descend de la tribune au milieu des applaudissements de la majorité. Guadet veut répondre k son tour aux iaculpations de Robespierre, mais il est huit heures du soir, et la séance dure depuis dix heures du matio. L'Assemblée ajourne au lendemain la suite de ia discussion.
Le lendemain, jeudi 11 avril, rexpéditioo des affaires courantes, la lecture des dépêches des mioistres, des généraux et des représentants en mission, absorbent la journée entière; il faut remettre au soir la délibération sur les propositions contradictoires de Pétion et de Ro" beSfHerre. Dans ces séances du soir les députés arrivaient animés par les discussions du matin, fatigués par les travaux de la journée, échauffés par le repas dont ils sortaient à peine. Grâce à la demi-obscurité qui régnait dans la salle, la police des tribunes était beaucoup plus difficile. Les hommes avinés qui les encombraient se mêlaient plus librement à la discussion et insultaient les représentants avec plus d'impunité que d'ordinaire.. Aussi ces séances étaient-elles toujours très-tumultueuses, mais jamais le désordre ne fut poussé si loin que dans cette occasion.
A la reprise de la séance, la droite réclame pour Guadet la parole qui lui a été promise la veille; mais
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déjà Marat s'est emparé de la tribune, et, sans tenir compte des injonctions du président Thuriot, il se livre à ses divagations habituelles. La droite fait d'abord preuve de patience, mais bientôt elle s'émeut et lance les apostrophes les plus véhémentes à la Montagne. Celle-ci répond avec sa violence accoutumée. Jusqu'où vont les menaces de part et d'autre? nui ne peut le dire. Tout à coup plusieurs membres du côté droit s'élancent vers les bancs opposés ; à leur tête est Duperret, brandissant une canne à stylet.
— 0 On tire l'épée contre nous, s'écrient les amis de Marat; président, envoyez l'assassin à l'Abbaye. »
Mais Thuriot cherche avant tout à calmer le tumulte, sans avoir l'air de faire attention à l'acte de violence qu'on lui dénonce; les Montagnards, furieux de voir un des leurs montrer tant d'indifférence au moment où te droit et la raison sont pour eux, dirigent contre lui un torrent d'invectives :
AuDOum. — " Président, faites voire devoir; rappelez à l'ordre l'assassin.
Panis. — <i Président, c'est vous qu'avant tout on doit rappeler à l'ordre.
David. — « Président, envoyez donc à l'Abbaye le scélérat qui a tiré son épée.
Marat. — « Président, je demande la parole contre vous. Je fais une motion d'ordre.
Fébaud. — « Et moi, j'en fais une aussi ; c'est qu'il n'y ait plus de séance du soir.
Marat. — « Je demande vengeance ! je demande justice.