LIVRE XXXV. tn
Le Président. — « Marat, vous o'avez pas la parole.
Marat. — « Je vous la réclame.
Le Président. — « Je ne veux pas vous l'accorder.
Marat. — « Vous me la donnerez; je la prendrai.
Le Président. — « Marat, je vous rappelle à l'ordre pour la vingtième fois. »
VAmi du peuple se décide enfin à céder la tribune à Duperret, qui demande à eiipliquer sa conduite. Ce député était un cultivateur des environs d'Âpt; nature rude et franche, courage indomptable, dévouement absolu à ses amis, haine implacable aux démagogues : tels étaient les traits distinctifs de cette physionomie, qui reparaîtra plusieurs fois dans le cours de cette histoire.
fi — Je' demande, dit-il, à la Convention et aux tribunes... 11
« — Vousavilissez la représentation nationale ! » lui crie-t-on à droite.
« — Oui, je demande aux tribpnes la grâce de m'entendre, parce que depuis longtemps un membre ne peut parler ici s'il n'en a obtenu la permission des tribunes. Citoyens, il y a dix-neuf mois que'', dans l'Assemblée législative, je commençai à lutter contre la cour et les Feuillants; depuis l'ouverture delà Convention, je lutte contre uue horde de scélérats qui travaillent à perdre la chose publique. Voilà deux heures qu'un membre qui n'avait pas la parole occupe la tribune ; voilà deux heures que ce côté (et il désigne du doigt la gauche) adresse
au président les plus violentes interpellations; je me suis élancé, avec quelques amis, pour prêter main-forle à la loi; je me suis vu en face d'un membre qui avait un pistolet à la main ; je me suis vu menacé, et, dans un moment de délire, j'ai tiré l'épée. Mais si j'avais été assez malheureux pour porter les mains sur un représentant du peuple, il me restait une arme, je me serais brûlé la cervelle. Voilà ce que j'avais à vous dire. »
On propose l'ordre du jour sur l'incident; malgré les vociférations des tribunes, il est adopté.
« — C'est un déni de justice ! s'écrie la Montagne, Duperret est un assassin et un calomniateur^ »
Robert, Fabre d'Églanline, Robespierre jeune, somment Duperret de nommer le membre qui l'a menacé d'un pistolet. Le tumulte recommence dans la salle et dans les tribunes. Thuriot, à bout de forces, s'écrie : a Je déclare que je ne puis tenir contre une telle tyrannie! » Et il quitte le fauteuil.
Delmas,- président en titre, le remplace et met de nouveau aux voix l'ordre du jour. Il est adopté une seconde fois; la séance est levée à minuit.
Quels débats et quelles scènes! La Ccmvention est bien cette arène de gladiateurs dont parlait Danton; à chaque mouvement qui agite l'Assemblée, on sent toutes les poitrines battre de haine et de colère; on devine, sous les habits, l'arme dont chacun est porteur et qu'il peut, dans un moment donné, tourner contre ses adversaires ou contre lui-même.
C'était une lutte à mort qui ne pouvait longtemps se probnger. Tout le monde le sentait. Quels seraient
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