LIVRE XXXV. <3I
prend qu'il l'a touché ea pleine poitrine ; il se retourne alors contre son autre adversaire, Marat ; après avoir abattu le lion, il veut écraser le reptile. Pour lui porter UD dernier coup et faire partager à l'Assemblée l'horreur que lui inspire le venimeux folliculaire, il lit une adresse émanée du club des Jacobins, signée de VAmi du peuple et qui commence ainsi :
tt Amis, nous sommes trahis ; aux armes, aux armes! Voici Dumouriez qui marche sur Paris pour donner la main à la criminelle faction qui déifiait cet infâme! Mais ce n'est pas le plus grand des dangers. La contrerévolution est dans le gouvernement, dans la Convention nationale. C'est là que de criminels délégués tiennent les fils de la trame ourdie avec la horde des despotes. Allons, républicains, armons-nous!... »
L'immense majorité de l'Assemblée n'en veut pas entendre davantage et se lève indignée; la Montagne reste immobile; Marat seul est debout; il promène sur toutes les parties de la salle son regard effronté^ se croise les bras, et dit : a C'est vrai. »
En entendant le monstre avouer et confirmer cet appel à la révolte, tous ceux qui, dans la'Convention, ne sont pas enrôlés sous les drapeaux de la plus violente démagogie, répondent par des cris de fureur : « Marat à l'Abbaye ! — Le décret d'accusation contre Marat! »
Mais celui-ci s'élance à la tribune ; son apparition est saluée par les applaudissements frénétiques des
« — C'est parce que j'ai dénoncé une conspiration réelle que l'on vient m'accuser d'être à la tête d'une
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conspiration chimérique ; c'est parce que j'ai demandé la tête d'Égalité Qls, la tête du prétendd régent, celles de tous les Capets rebelles, quel'on veut me sacrifier. li est temps que les conspirateurs soient démasqués et qu'ils expirent sous le glaive de la loi. Quant à l'écrit qui vous a été dénoncé, je reconnais qu'il est signé par moi. J'ai été pendant sept à huit minutes président de la société des Jacobins. On m'a présenté un écrit que je n'ai point lu; il portait la signature des secrétaires, et, sans savoir ce qu'il contenait, j'y ai apposé ma signature pour attester qu'il émanait de la société. »
Un immense éclat de rire accueille cette étnmge justification.
— fi Du reste, poursuit Marat, les principes que contient cet écrit, je les avoue. »
On demande de nouveau, et avec plus de force, le décret d'accusation. Danton et Thuriot réclament, au contraire, le renvoi au Comité de législation, qui examinera les faits, et pourra, dans les vingt-quatre heures, rédiger un rapport.
Lacroix, tout en appuyant cette motion, opine pour que Marat sôit mis sur-le-champ en état d'arrestatioQ et envoyé à l'Abbaye. C'est à ce parti que s'arrête l'Assemblée. Mais le débat concernant Poultier, puis Marat, avait pris la journée entière. Il était plus de neuf heures du soir lorsque la Convention put lever la
Aussitôt un groupe de Montagnards entoure VAmi du peuple; ils sont bientôt rejoints par un certain nombre d'habitués des tribunes qui, glissant le long des
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