LIVRE XXXVI
Tribunal et les jurés reçoivent Marat avec de singulières marques de déférence. C'est lui qui préside, c'est lui qui dirige les débats, c'est lui qui triomphe. Les juges et l'accusateur public ne sont, dans cette ignoble comédie, que des comparses qui donnent la réplique à l'accusé. Celui-ci, après avoir répondu aux questions d'usage, ajoute avec sa modestie ordinaire : « Citoyens, ce n'est pas un coupable qui parait devant vous ; c'est l'apôtre et le martyr de la liberté. Ce n'est qu'un groupe de factieux et d'ialrigants qui a porté un décret d'accusation contre moi. »
Le débat se perd comme à dessein dans des incidents puérils, qui n'ont aucun trait au fond du procès. Les témoins que Fouquier-Tinville a fait assigner ne viennent pas déposer contre l'accusé, mais bien contre les rédacteurs du Patriote français qui ont insinué qu'un jeune Anglais s'était suicidé après la lecture d'un numéro du journal de Marat. Que faisait ce suicide, vrai ou prétendu, aux accusations formulées par la Convention contre l'Ami du peuple ?
On se sert de ce prétexte pour mander à la barre du tribunal Girey-Dupré, rédacteur en chef du Patriote, et Thomas Payne, dans la maison duquel demeurait le jeune Anglais. Marat veut qu'on fasse comparaître Brissot, qui a, selon lui, rédigé cette note, sur laquelle juges et accusé ont eu l'adresse de faire porter le débat.
Naturellement, cette demande est accueillie par le
blicisle fronçai», où il raconte fort peu modes tement son procès et èoa triomphe.
f«S HISTOIRE DE LA TERREUR.
Tribaoal et transmise par les soins du président à la Convention '. L'audience continue néanmoins et le président Montané laisse la discussion s'égarer sar les questions les plus oiseuses et les plus étrangères an procès. L'accusateur public n'adresse aucune interpellation au prévenu; il ne le presse sur aucun point. Le président ayant demandé à Marat s'il a quelque chose à ajouter pour sa défense, celui-ci lit un long discours où il signale h. la vindicte publique l'ignorance crasse, l'absurdité, l'iniquité, la perfidie, l'acharnement de ses vils détracteurs. « Le décret de la Convention, dit-il, a été rendu par 210 membres de la faction des hommes d'État contre les réclamations de 93 membres de la Montagne, c'est-à-dire par 310 ennemis de la patrie
4. La Convention passa i l'ordre du jour nir celte demande et Brissot ne vint pas, comme Harat l'espérait, honorer de sa présence le triomphe de son adversaire.
Nous avons retrouvé la lettre que le président du Tribunal révolutionnaire écrivait su président de la Convention; elle est ainsi conçue:
■ Citoyen président,
• La cause de Harat est maintenant soumise anx jurés-du Tribunal révolutionnaire. La déposition d'un témoin indique le citoyen Brissot, l'un des membres de la Convention, comme l'autenr d'une note insérée dans le Patriote français. Le Tribunal a arrêté, sur les réquisitions de l'accusateur public, que le ci loyen Brissot serait invité de se rendre sur-lo-champ à l'audience par votre organe. J'ai l'honneur de voua adresser mon vœu et celui du Tribunal,.
■ Salut et fraternité.
■ Le président du Tribunal révolutionnaire,
(t J.-B.-M. MONTANB.
■ A midi moins un quart, ce 94 avril 1793 an II*, dans le Palais de justice et à l'audience. •
mzedBïGoOgle