‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 3)Chapitre 87 sur 205 · LIVRE XSXVI. 16S · texte numérisé non relu

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plicatioD insensée des assignats, sera tout entière à votre charge, parce que les habiles se déferont à temps de ces chiffons de pajrier que votre prudence imprévoyante aura conservés dans l'espérance chimérique de les voir reprendre un jour quelque valeur.

Le cortège arrive enfin aux portes de la Convention. Sur tous les bancs se répand la nouvelle de la visite qui menace l'Assemblée. Beaucoup de députés sortent pour ne pas être témoins du scandaleux triomphe. D'autres demandent qu'on lève la séance. Mais déjà la barre est envahie par les soi-disant pétitionnaires. Rocher, le sapeur, est à leur tête, et porte la parole en leur nom. « Nous vous ramenons, dit-il, le brave Marat. Marat a toujours été l'ami du peuple, le peuple sera toujours pour Marat; nous demandons l'autorisation de défiler devant l'Assemblée. »

Le président Lasource répond : « Citoyens, vous voas réjouissez de ce que la loi n'a pas trouvé de coupable. Tout bon citoyen doit s'en réjouir ; car les bons citoyens n'en cherchent jamais et s'affligent d'en trouver. La Convention va examiner votre demande. » Roux (de la Marne) insiste pour qu'elle soit immédiatement adoptée : « Le Tribunal, dit-il,a déclaré Marat innocent; le peuple vous l'amène, la Convention doit se faire honneur d'applaudir au zèle des citoyens qui donnent cette marque de confiance à un représentant du peuple. Il est bon d'ailleurs que les départements aient cette preuve du respect des Parisiens pour la Convention nationale. 0

Dans ce moment même, la tourbe qui précède le

triomphateur se précipite dans la salle, axm cris loille fois répétés de : Tive Marat! vive la République ! vive la Montagne ! VAmi du peuple paratt, le front ceint des couronnes civiques qui lui ont été offertes. Il est porté, dans les bras de ses séides, jusqu'à la crête de la Montagne. Arrivé à sa place habituelle, il reste debout, et promène un regard orgueilleux sur ses amis et ses en- Demis. L'avorton veut jouer le rôle de Jupiter Tonnant. Après avoir savouré à longs traits l'ambroisie du triomphe, il dépose modestement entre les mains de ses voisins les couronnes dont il est surchargé et se dirige vers la tribune. Une triple salve d'applaudissements l'y accueille ; il est obligé d'attendre que l'enthousiasme de ses admirateurs soit quelque peu apaisé.

u Législateurs, dit-il, les témoignages de civisme et de joie qui éclatent dans cette enceinte sont un hommage rendu à la représentation nationale, à l'un de vos collègues dont les droits sacrés avaient été violés. J'ai été perfidement inculpé; un jugement solennel a fait triompher mon innocence. Je vous rapporte un cœur pur, et je continuerai de défendre les droits de l'homme, du citoyen et du peuple avec toute l'énergie que le ciel m'a donnée. »

A peine Marat est-il descendu de la tribune, que ses amis le forcent d'y remonter pour écouter la réponse du président. Ils veulent faire constater une fois de plus leur triomphe par un de leurs plus violents adversaires, par Lasource lui-même. Mais celui-ci se tire adroitement de cette position embarrassante.

« L'usagé, dit-il, est de ne répondre qu'aux citoyens

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qui présentent des pétitions. Or Marat n'est point ici comme pétitionnaire, mais comme, représentant du peuple. »

Les Montagnards sont obligés de se conteater de cette r^onse évasive. Mais Danton tient à Taire boire à ses adversaires le calice jusqu'à la lie. Il réclame pour les braves citoyens qui ont ramené Marat l'honneur de défiler devant l'Assemblée; puis, ce délilé accordé et opéré, il demande que lecture soit faite du jugement qui acquitte VAmi du peuple, que le Jugement soit inséré au procès- verbal, ainsi qu'au bulletin envoyé aux. départements et aux armées.

La démagogie, comme tous les cultes nouveaux, avait résolu de détrôner tout ce qui, avant elle, était en possession de la vénération publique; elle n'aspirait à rien moins qu'à remplacer les saints du calendrier catholique par des saints d'une nouvelle espèce. N'ayant pu réussir à en trouver un nombre suffisant, elle se rabattit plus tard sur les plantes, les légumes et les instruments aratoires. Mais, à ce moment, elle était dans toute la ferveur du premier zèle, et, ayant fait de Marat presque un Dieu, elle résolut de canoniser le héros du faubourg Saint-MarceaUj Lazouski, qu'une maladie aiguë venait d'enlever en quelques jours.

Le 28 avril, la section du Finistère apporte en grande pompe à l'Hôtel de Ville le corps du capitaine de ses canonniers. Pache, à la léte d'une députation du Conseil général, reçoit, au bas du perron, avec de grandes démonstrations de respect, ces restes précieux. On les porte à bras jusque dans la salle du Conseil ; là

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168 HISTOIRE DE LA TERREUIt.

on entend successivement deux ou trois discours plus emphatiques tes uns que les autres, ou sont célébrées les vertus du défunt. Sa fille est présentée aux représentants de la Commune, qui déclarent l'adopter; Chaumetle l'embrasse et pose sur sa tête une branche de la couronne dont les canonnière du Finistère ont orné le front de leur ancien commandant. ..

Le cortège se remet en marche et va ensevelir le prétendu héros du 10 août sur le théâtre même de ses exploits, sur la place du Carrousel*.

t. LapoasessioQ du cœur du nouveau sainl fut disputée entre la Commune, le club des Jacobins et la section du Finistère; celle-ci finit par l'emporter et le déposa pieusement dans le lieu desesséaaces. Nous ignorons ce qu'il est devenu.

A propos de ce héros de la démagogie parisienne, nous devons rectîBer une erreur, dans laquelle nous sommes tombé et où étaient tombés avant nous la plupart des historiens de la Révolution. Surla fui deM°" Roland, qui a consacré un chapitre tout entier de ses Mémoirei au portrait de Lazouski, tous ceux qui ont eu S s'occuper du héros crapuleux du faubourg Saint-Marceau l'ont représenté comme ayant été, sous l'ancien régime, un élégant courtisan, un collègue de Roland dans l'inspection des manufactures, un commensal de l'hôtel du duc de la Hochefoucauld-Ltancourt. H'"° Roland, qui avait eu, avant 1789, des relations suivies avec le collègue de son mari, mais n'avait probablement jamais vu l'homme des massacres de seplembre, a réuni sur une seule tète ce qui concernait deux frères, l'un resté Sdèle aux devoirs do la reconnaissance, et qui montra même, après le 10 août, un dévouement sans bornes au duc de la Rochefoucauld -L ia ncourt ; l'autre qui, après une jeunesse fort orageuse, se jeta dès le commencement de la Révolution dans tous les excès, dans toutes les débauches, et fut à sa mort l'objet des regrets de Robespierre et de ses amis.

Ce sont les Hémoires de Lacretelle jeune [ Dix Années d'ëprewiex pendant la Révolution, p. 67 et 110 de l'édition de 1821}, qui nous ont fait reconnaître cette erreur. Personne mieux que cet écrivain

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