LIVRE XXXVr
adopte l'article présenté par le comité et passe à !a discussion de l'article 8. Il était ainsi conçu :
« Tout homme est libre dans l'exercice de son culte. B
Un membre demande la suppression de cet article. <i Le législateur, dit-il, n'a pas le droit d'influencer les rapports qui existent entre l'homme et la Divinité. Quelle est la puissance assez forte sur la terre pour empêcher l'âme de choisir, pour l'objet de son culte et de sa reconnaissance rehgieuse. l'arbre, le rocher, l'astre à qui il doit ou croit devoir son bonheur? Peut-^tre viendrat-il un temps oïi il n'y aura plus d'autre culte que celui de la liberté et de la morale publique. »
Barère défend l'article , mais Vergniaud l'attaque : fl On comprend, dit l'orateur girondin, que l'Assemblée constituante, en présence des préjugés de l'ancien régime, ait proclamé la tolérance. Mais aujourd'hui les esprits sont dégagés de leurs entraves : il n'est plus nécessaire d'introduire, dans une déclaration des droits, des principes absolument étrangers à l'ordre social. L'homme est libre dans sa pensée, libre dans son culte, libre de se tourner vers l'orient ou l' occident pour saluer la Divinité ; et cette liberté, vous ne pouvez la consacrer par «n article sans laisser soupçonner que, sans votre déclaration, cette liberté n'eût pas existé. »
Danton appuie Vergniaud et se félicite d'être d'accord sur le terrain des principes avec son adversaire habituel. « Oui, dit-il, l'orateur qui descend de cette tribune vous a dit de grandes, d'éternelles vérités. L'Assemblée constituante, embarrassée par un roi , par les préjugés qut
I*i HISTOIRE DE LA TERREUR.
eachalnaient encore la nation, par l'intolérance qui s'était établie, n'avait pas osé heurter de front les préjugés reçus et posés en principe; mais aujourd'hui le terrain de la liberté est déblayé. La liberté entière, absolue, est proclamée. Il ne peut s'agir que de lois réglementaires qui ne doivent pas trouver place ici; tout au plus peuvent-elles être insérées dans le chapitre destiné à poser les bases fondamentales de la liberté civile. »
On demande la clôture de la discussion. « Écoutons tout le monde, s'écrie Durand-Maillane. »
« Eussions-nous ici un cardinal, reprend Danton, je voudrais qu'il fût entendu. »
Plusieurs membres résument leur opinion en quelques mots.
GïTOMARD. — « La suppression de l'article nous m^e, par deux chemins, ou au théisme ou à l'athéisme.
Phélippeaux. — H le demande que la Convention s'interdise des discussions théologiques.
Feraud. — » Par respect pour la Divinité, ne continuons pas cette discussion.
GuYOMàBD. — « C'est parce que je crains les prêtres, le fanatisme et tous les maux qui nous ont déchirés, que je demande qu'on leur arrache la dernière arme qui leur reste et qu'on consacre par un article la liberté des cultes. »
La Convention, se rendant à l'avis de Vergniaud et de Danton, ferme le débat et ajourne l'article jusqu'au moment où, après avoir terminé'la déclaration des droits, elle discutera la Constitution elle-même.
Un grand nombre d'autres articles furent encore
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