LIVRE XXX
(le faire bonne et solide paix avec vous, si vous voulez nous accorder seulement quelques conditions qui nous paraissent on ne peut plus justes et intéressantes. Nous (lemundons :
« 1° I.a continuation de la religion catholique, apostolique et romaine et des prêtres conformistes ;
« 2* Qu'il ne soit point procédé au lirement ;
<■. 3° La suppression de toute patente;
« 4.° La suppression de l'arrêté du département qui ordonne aux pères des enfants émigrés et à leurs parents suspects de se rendre au chef-lieu. »
Les habitants des campagnes des environs de la Roche-Bernard parlent ainsi :
" 1° Écartez de nous le fléau de la milice, et laissez aux campagnes des bras qui leur sont nécessaires;...
« 2° Rendez à dos vœux les plus ardents nos anciens pasteurs, ceux qui furent, dans tous les temps, nos bienfaiteurs et nos. amis... ; rendez-nous, avec eux, le libre exercice d'une religion qui fut celle de nos pères et pour le maintien de laquelle nous saurons verser jusqu'à la dernière goutte de notre sang... »
Vingt et une paroisses des environs de Saint-Eliennc de MoDtluc avaient pris pour conciliateur, auprès des autorités de la Loire-Inférieure, un ancien lieutenantcolonel du régiment de Royal-Auvergne, Gaudin-Bérillais. Voici en quels termes celui-ci traduit leurs griefs ' et leurs demandes :
« l" La pleine et entière liberté du culte ne sera troublée sous quelque raison que ce soit. Ainsi tout prêtre non assermenté jouira de toute sécurité
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Î6i HISTOIRE DE LA TERREUR.
publique. Eu conséquence de cette pleine liberté qui leur est acquise parla loi, toutes les églises paroissiales, succursales, oratoires, leur seront ouvertes pour y célébrer publiquement les offices de leur religion. Chacun payera son ministre et sera maître de le choisir.
H 2° Les Jourdan, Michel, t^urtois et Reubions, prêtres constitutionnels dans les paroisses de Saint- Ktietine de Monlhic et de Cordemain, devront ne pas se présenter b six lieues à la ronde de leur ancienne demeure. Il en sera de môme de ceux des paroisses de Gourouel, Vigneux. Leiempic et autres, dont on a sujet de se plaindre pour la dùsunion qu'ils nietlent dans le pays.
« 3° On ne pourra plus proposer, sous quelque forme que ce soit, aucun tirage de milice ni aucune espèce de corvée quelconque.
B à* Il ne pourra plus être pris de chevaux ni autres bestiaux, ni comestibles à qui que ce soit, que de gré à gré avec les propriétaires qui voudraient bien les vendre.
" 5' L'assiette des impôts se fera par les municipalités et non plus par les districts.
« 6° Sous quelque prétexte que ce soit, néouà naître, les directoires de district ne pourront plus, de leur autorité privée, attenter à la liberté des citoyens. Il leur sera même défendu de requérir la force armée qui ne doit et ne peut marcher que d'après les ordres des tribunaux et des juges de paix.
« T Ces m^mes districts ne pourront plus troubler
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le repos publie par des visiles de gens armés, comme il» le font aujourd'hui à l'égard des plus reeommandables citoyens.
Il 8" II leur sera défendu de prendre les armes nécessaires aux citoyens pour la sûreté de leurs maisons. Les armes saisies seront restituées.
<i 9° Sous peine de destituiJon de leurs charges et emplois, les directoires de district et de département ne pourront plus vexer ni tourmenter les citoyens les plus recommandables, pour des pro|>os vagues, pour d'inTûmes suppositions faites par des dépositions encore plus infâmes et pour siitisfaire leur iniiuitié particulière et celle de leurs prott'gés.
" 10° Dans la quinzaine au plus lard, il sera convoqué des assemblées primaires de tous les citoyens quelconques pour nommer de nouveaux électeurs. On n'y généra pas les suffrasfs, comme ci-devant, par de mauvaises chicanes et des aluis d'une autorité despotique, où l'on employait les menaces pour contraindre les opinions.
11 11" Sitôt celte opération finie, tous les ci-devant membres des directoires et des tribunaux de district de Blain et de Savenay seront changés et renouvelés [wir une nouvelle élection.
" 12° 1^3 prêtres constitutionnels etautres ne pour^ ront y être admis sous quelque tilre que ce soit, ni même reçus à voter dans les assemblées primaires et autres de leurs paroisses. Il leur sera expressément défendu de s'immiscer jamais dans les affaires temporelles.
« 13' Tous les citoyens jouiront delà liberté depen-
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ser, de parler et d'écrire sur toute matière et sur quelque personne que ce soit, sauf à ceux qui s'en trouveraient blessés à les poursuivre juridiquement s'il y a lie».
<i J^i" Chaque paroisse aura cinquante hommes coali- Duellemeat armés pour la sûreté publique et générale. Ces hommes seront choisis à la pluralité des voix'. »
Cliacun des trois docuraenis que nous venons de produire a son cachet particulier, mais ils peuvent se résumer ainsi :
Plus de tirage pour la milice, plus de pei'sécuiioa contre les prêtres qui ont refusé le serment, plus de tyrannie et de vexations de la part des administra lions de district.
Tels étaient les sentiments qui animaient les populations de l'Ouest. Il ne fallait plus qu'une occasion pour les faire éclater. Cette occasion leur fut ofTerte par la mise en exécution du décret du 2Ù. février qui ordonnait le levée de 300,000 hommes.
Nous avons vu plus haut quelle était l'économie de cette loi, combien elle laissait de place à l'arbitraire, et se montrait large pour les exemptions à accorder à tous ceux qui remplissaient des fonctions publiques'.
Or, dans les provinces de l'Ouest, c'étaient les partisans des idées nouvelles qui, ayant consenti à ceindre l'écharpe tricolore au district ou à la commune, allaient par le fait profiter seuls du bénéfice de la loi. Quelle cause d'exaspération pour la masse de la population I
1, Journal det Débats et Décrets, w 187, p. S87. 3. Voir p. 139.