‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 158 sur 200 · LIVRE XXXfl · texte numérisé non relu

LIVRE XXXfl

victoires ont acquise au général rebelle sur son armée. Sans s'être concertés, les deux groupes de repri^ntaots ont pris des arrêtés presque identiques. Us ont déclaré Oumouriez suspendu de ses fonctions pour cause de révolte contre la loi et d'attentat à l'autorité du peuple souverain. Ils oot interdit à tout nnilitaire fVançais, de quelque grade qu'il fût, de le reconnaître pour géuéral et de lui obéir ; ils ont ordonné de se saisir de sa personne et de le faire conduire, mort ou vif, sous bonae et sûre escorte, à la barre de la Convention.

Ces arrêtés, aussitôt imprimés, sont répandus de tous côtés. L'adjudant général Chérin, qui est venu à Valenciennes conférer avec les représentants, retourne au camp de Braille, porteur d'un grand nombre d'exemplaires. Il les donne et les Ht lui-même aux soldats, qu'il exhorte, au nom de la patrie, à rester Qdèles à leurs devoirs. On l'arrête; mais, pendant la nuit, il trouve encore moyen de s'échapper et de revenir h Valenciennes, déguisé en simple garde national.

Perrin, sous-iieutenant an 19"" bataillon des fédérés de Paris, est envoyé de Lille dans le même but. Il parvient également à introduire au camp de Maulde un grand nombre de proclamations et à s'esquiver au moment oii on veut le saisir et le conduire au quartier

Des émissaires plus subalternes, déguisés en paysans ou en soldats, sont expédiés dans les cantonnements. Les conventionnels prodiguent l'argent à quiconque leur promet de pénétrer jusqu'au foyer de la rébellion et d'y provoquer des manifestations contraires à celles qui

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viennent d'éclater en faveur de DumourieE^ Les commissaires de Valencienoes, plus rapprochés du tliéatre de l'action, eissayent de jeter Ui division entre les généraux; ils écrivent à Valence et à Égalité, pour les requérir de refuser toute obéissance au rebelle et de Taire lire devant les troupes qu'ils commandent la proclamation qui suspend Dumonriez de ses fonctions. Mais, désespérant bientôt de les détacher de la cause qu'ils ont embrassée, ils investissent du commandenitent en chef le général Dampierre, qui vient de se prononcer ouvertement pour la Convention*, et lui ordonnent de recueillir au camp de Famars les soldats isolés qui commencent à quitter les deux camps de Bruille et de Maulde et affluent à Valenciennes et dans les villages environaants.

4. 0 De l'or, do l'or- envoyez nous dos fonds. Nous Ëommesdans UD moment où il ost im|K>E3iblo do tenir un compte régulier des dépenses sccrMos que nous faisons à chaque instant, i écrivaienl à la Convention LequiDio et ses doux collègues de Valenciennes.

5. Voici le discours qu'à celte occasion prononça le général Dampierre ;

i Soldais de la République française, vous venez d'enCeodre les ordres de la Convention ; c'est de cette assemblée que sortent tous les pouvoirs légilimes ; c'est â elle que tout citoyen doit obéir. Eb bien, cette obéissance que Dumouriez avait juré de maintenir, il est le premier à y manquer, et c'est dans un temps où l'ennemi est i nos porl&^i, c'est lorsqu'il traite avec nos ennemis, qu'il fait arrêter quatre représentants du peuple et le ministre de la guerre, que nous partagerions ce crime affreux I N'aurions- nous vaincu à Jemmapes que pour èiro sous le joug d'un nouveau tyran ? Non, la liberté restera et les tyrans passeront. Je jure de ne jamais vous abandonner, je jure de ne jamais trahir la liberté. »

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A Lille se passaient des événemeots encore plus graves et plus décisifs. Le 2 avril au soir, Dumouriez avait expédié ud aide de camp pour savoir ce qu'était deveou Miaczinski et réit^^r au général Duval les instructioDS qu'il lui avait fïtit transmettre le matin. Mais cet aide de camp, trouvant le poste de Poot-îi-Marcq changé et apprenant que Miaczinski était arrêté, n'avait pas osé s'aventurer au delà. A celte défaillance, il avait ajouté une faute plus grande encore : au lieu de rapporter à Dumouriez l'ordre qu'il n'avait pas exécuté, il .l'avait confié au courrier de la malle, pour qu'il le remit au général Duval'.

ËQ apprenant que la plus importante des places du Nord lui est échappée, Dumouriez veut au moins rappeler h lui les cinq mille hommes que Miaczinski a

t. L'ordre de Dumouriez à son aide de camp était ainsi conçu : • Aui b»îns de Baiat-Amaad, 2 avril 1703.

■ Il est ordonné à l'aide do camp Perrault de partir au reçu du présent pour se rendre â Pont-à-Marcq, avec le courrier de la malle destinée pour Lille. Il remettra c« courrier sous la garde du commandant du poste de Pont-à-Marcq, et immédiatement après il se rendra de sa personne ii Lille, il instruira le général Duval des évêaements d'hier, de l'arrestaLion de quatre commissaires et du ministre de la guerre et de leur envoi à Tournabcomme otages ; il lui ordonnera de ma part de presiwir l'exécution des ordres que j'ai donnés pendant la nuit au général Miaczinski, et s'il trouve pour l'exécution de ces ordres des obstacles de la part des corps administratifs et militaires ou de quelques-uns de leurs membres, ou enQn de tout autre individu, il les fera arrêter et les enverra sons bonne gEU^e au quartier général des bains Saint-Amand.

" Le général en chef de l'armée du Nord,

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emmenés d'Orchies et qui errent sur les glacis de Lille, sans ordre et sans cher. L'entreprise était délicate et périlleuse; Dumouriez la confie à son aide de camp de prédilection, au conlîdent le plus intime de ses pensées, au jeune Philippe Devaux, fils naturel du [nince Charles de Lurraioe.

Personne n'est plus propre aux coups de maîo, où les scrupules ordinaires ne sont pas de mise, que ces enfants de l'amour et du hasard, qui n'ont ni feu ni lieu, ni foi ni loi, ni famille ni patrie, qui, dans toutes les actions de leur vie, ne consultent que leur ambition,, n'écoutent que leur intérêt et, habitués qu'ils sont de demander au jeu les ressources de leur existence, n'hésitent pas à se faire les instruments dociles de quiconque, sur un coup de dé, s'avise de risquer les destinées d'une nation.

Dumouriez avait compris que ce jeune homme, plein d'esprit et de courage, embrasserait la cause de son bienfaiteur avec d'autant plus d'ardeur qu'il avait rompu les derniers liens qui le rattachaient à l'Autncbe; il le fait donc appeler le k avril de grand malin et lui remet un ordre ainsi conçu :

« 11 est ordonné à toutes les troupes qui élaienl sous te commandement du général Miaczinski cl qui sont en ce moment sous Lille, d'en partir sur le champ pour se rendre aux ordres du maréchal de camp Philippe Devaux.

u SBlDl-Amuid , le 4 avril 1703.

« Le général en chef de l'année^ Dumoukiez. «

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LIVBË XXXEI. 393

Devaux passe sans encombre devanl le poste toujours si dangereux de Pont-à-Marcq. L'otlicier qui y commande n'ose le faire arrêter et se contente de signaler son passage au général Duval. L'émissaire de Dumouriez arrive dans l'après-midi au Taubourg de Paris, espérant y trouver les troupes de Miaczinski. Il apprend que, par ordre des autorités de Lille, elles ont fait un mouvement circulaire autour des remparts et sont allées camper au faubourg de la Madeleine, mettant ainsi le corps de la place entre elles et le quarUer général de Dumouriez. Devaux ne peut voir qu'un triste présage dans ce changement de direction ; mais il se rassure dès qu'il sait que le camp de la Madeleine est commandé par Macdonald. Cet officier, destiné h une si brillante carrière, avait été aide de camp d'abord de Bcurnonville, ensuite de Dumouriez pendant la dernière campagne ; quelques jours auparavant, Dumouriez l'avait nommé colonel du 2« régiment de ligne. Devaux ne doute pas que cet ancien compagnon d'armes ne l'accueille avec joie et ne mette le plus vif empressement à servir les desseins de son général, de son protecteur. Mais, quand le jeune aide de camp arrive après mille détours à la Madeleine, il apprend que le commandant a 'été mandé en ville et □c reviendra que dans la soirée. Devaux était connu de tous les régiments qui composaient le camp parce qu'il avait fait avec eux la campagne de Belgique. Il donne l'ordre au colonel du 6'°" dragons de tenir des cavaliers prêts à monter à cheval; mais, ne voulant pas confier son secret à d'autres qu'à Macdonald, il

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se fait conduire au logement de celui-ci. Accablé de fatigue, il se jette tout babillé sur le lit de son ami et s'endort.

A huit heures du soir, il est réveillé en sursaut par un bruit de voix ; il se jette à bas du Ut, se précipite dans les bras de son ancien compagnoD d'armes et lui annonce qu'il a des choses importantes t) lui communiquer. Mais celui-ci est entouré d'officiers que Devaux ne connaEt pas et auxquels la municipalité de Lille a donné pour mission d'accompagner le commandant au camp delà Madeleine, autant au moins pour le surveiller que pour lui prêter leur concours.

Hacdonald repousse doucement Devaux. : » Mon ami, lui dit-il, je ne sais ni ne veux savoir ce dont tu es accusé, mais j'ai reçu l'ordre de t'arrêter et j'y dbéis." Le malheureux aide de camp voit que toute résistance est impossible ; il se laisse prendre sans essayer de faire usage de ses armes; on le conduit a l'hôtel de ville de Lille ; il y est interrogé, fouillé ; on trouve sur lui l'ordre de Dumouriez. Le directoire du district ordonne qu'il sera maintenu en état d'arrestation et déposé dans un appartement voisin de celui où Miaczinski est enfermé depuis quarante-huit heures.

Quelques jours après, les deux prisonniers pai^ laient [>otir Paris, où les attendait le tribunal révolutionnaire.

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