LIVRE XXXII
de plus en plus suspect par son cortège de cavaliers impériaux.
La vue d'uairormes étraDgers au milieu de l'étatmajor du vainqueur de Jemmapes a, en efTel, changé les dispositions de presque tous les soldats. L'éloge qu'à plusieurs reprises le géDéral a fait des services à lui rendus par les dragons autrichiens, mis en parallèle avec les accusations de guet-apens et d'assassinat qu'il a déversées sur les volontaires l'rançais, a fait vibrer la fibre du patriotisme dans tous les cœurs. Des Tantes commises depuis cinq jours par Dumouriez cette-là élait sans contredit la plus grave et la plus irrémédiable.
De nombreuses défections individuelles éclaircissent les rangs des r^ments le mieux intentionnés pour le général rebelle. Dans les autres, la débandade est compicle. Des bataillons entiers quittent leurs campements sans même songer à emporter leurs tentes, tant ils sont pressés de se soustraire à la fatale influence qui depuis trois jours pèse sur eux. Cette retraite est ioiitée par le reste de l'artillerie, que te lieutenaot-colonel Songis, sous-directeur du parc, amène du camp de Maulde à Valenciennes.
Le général rebelle n'avait plus avec lui qu'un ou deux bataillons d'inlaoterie, deux escadrons des hussards de Berchiny, un des hussards de Saxe, un des dragons de Bourbon et cinquante cuirassiers. Mais sa force de caractère ne l'abandonne pas. Il donne des ordres pour rallier les divers corps et faire venir près de lui les caisses militaires, ainsi que ses propres équipages. Sur l'ordre de Thouvenol, un détachement de
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grenadiers du 67™ de ligne s'apprêta à coodoire de Saint-Amand à Rumegies le trésor de l'armée qui codtiest en numéraire, les uns disent un million, lesautres deux ; mais le 3"" dragons qui s'est déclaré pour la Convention s'oppose au départ du précieux convoi. Les grenadiers veulent résister; on peut craindre une collision sanglante. Des reororts partis des camps de Maulde et de Bruille viennent appuver les dragons, et le trésor reste déâDitivement en leur possession.
Ce dernier échec décide da sort de la rébellion; Dumouriez et ses compagnons comprennent que, s'ils restent à Rumegies, ils courent risque d'être enlevés d'un moment à l'autre. Il ne faut que deux ou trois régiments pour cerner le village, leur couper tout moyen de fuir et les amener prisonniers aux pieds des commissaires de la Convention.
Ils franchissent la Frontière avec les quelques troupes qui leur ont promis de partager leur sort* ; deux heures après, ils sont à Toumay.
Déjà la terre étrangère avait donné asile à deux classes distinctes d'émigrés.
La première , nombreuse , bruyante , irréfléchie, avait quitté la France le lendemain de la prise de la Bastille. Suivant l'exemple du comte d'Artois et ani-
1 . Nous donnons à la fin du volume la siati^iquo des troupes qui suivirent la fortune de Dumourinz.
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