‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 170 sur 200 · LETTRES CONFIDENTIELLES DES GÉNIÎBAUX · texte numérisé non relu

LETTRES CONFIDENTIELLES DES GÉNIÎBAUX

Au cUojjen Pilîon, dépii(é à la Convmiton nationale.

• Li^, le ^0 noTembre, r»n S* de I« République.

« Si VOUS continuez, mes bons amis, à soupçonner vos généraux, à accuser vos administrateurs, à les remplacer par leurs calomniateurs, à faire protester 'des lettres de change d'argent contre assignats, que j'ai été forcé de faire pour emprunter de quoi payer la solde, qui n'avait ni payeur ni numéraire ; si votre tribune, au lieu de ne recevoir que des orateurs s'occupant de législation, de plans de gouvernement, ne présente que des hommes qui se permettent des délations et des injures contre tous les préposés; si enHn, à peine entrés chez un peuple ami, nous y établissons le monopole et les compagnies exclusives : alors la première année de la République pourra bien devenir la dernière; alors vous n'aurez pour généraux que des ambitieux, des intrigants ou des sots; alors ou vous m'ostraciserez, ou je toe retirerai. Car rien au monde ne pourra m' engager à être le fléau des nations, l'instrument de la tyrannie ou de la sottise. Ainsi je me réfère à ma lettre à la Convention nationale; elle décidera de mon sort et de celui des provinces que je viens de rendre à la liberté. Vos bureaux de la guerre sont pires que jamais; la bureaucratie est plus tyrannique que sous l'ancien régime, et tout le système actuel

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i2i HISTOIRE DE LA TERBEUR.

nous conduit à notre perte et à vivre ensemble comme des loops enragés. Si les gens seosés et honnêtes ne se ralHeDt pas, la France perdra tout le fruit de nos victoires et retombera dans la plus dangereuse des anarchies. Quant à moi, je ne fuirai pas les dangers personnels ; mais je fuirai tout emploi et je pleurerai dans un coin sur l'ingratitude et l'imprudence de mes concitoyens.

U DUUOURIEZ. »

H PosiScriptam. Je vous envoie les deux ^alité qui sont pénétrés du plus profond chagrin, mais qui resteront fidèles à leur devoir. Us ont une carrière plus longue que la mienne à remplir ; tant pis pour eux. La mienne a élé bien agitée, bien briltaoïe, bien utile ; il est temps que j'enraye puisqu'on brise mes roues et qu'on tue mes chevaux, u

Au citoyen Coàion-V Apparent, dépuU à ta Convention nalionaU.

« 4" quartiDr général, à Sftrralouls, le lOJanTio' 1793, r»n S* de la Répablique.

<i Je vous adresse, mon cher l'Apparent, copie d'une réponse que je fais au Ministre, et d'une autre k Custîne.

« U y a huit jours qu'on m'a permis de me cantonner et de me réparer; je vous devais et à nos amis cette juste faveur. Custlne l'a su, et n'a fait que deux petites demandes pour s'ï

« La première, que je porte le tiers de cette armée à U(»nbourg et Kaiserlautem, où il sera tourné, enlevé, sans que Custine ni moi puissions le secourir.

u La deuxième, il a obtenu l'ordre du ministre qu'il puisse disposer du reste de mon armée pour la porter à Mayence.

« 11 finit par demander de dégarnir mes places qui ne sont pas garnies au tiers, pour augmenter le renfort qu'il me demande. 11 exige enGn que je ne laisse presque rien dans Metz.

11 Me voilà bientôt les mains vides avec tiO lieues de flraa-

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NOTES. tn

tiëre à garder, et 35,000 hommes dans le Luxembourg k observer qui ne manqueront pas de faire des politesses à nos places. C'est le ministre Pache qui me prescrit l'obéissance aux ordres extravagants de Custine. Lisez ma réponse à l'un et à l'autre.

0 L'armée, réduite à 12,000 hommes par la maladie et la désertion, est sans souliers, sans bas, sans culottes, sans habits et sans chapeaux; elle est dégoûtée, désespérée, et celui qui la commande n'a pas envie de se déshonorer.

« rai toutes les munitions à régénérer. Custine a perdu tous mes chevaux d'artillerie par la sotte campagne de Trêves ; il me faut un équipage neuf; idem pour les vivres et l'ambulance. Il en est de même de ma cavalerie, et les cavaliers sont sans selle, sans bottes et sans culottes.

u Communiquez ma lettre à nos amis et au comité qui peuvent réagir efficacement.

a Le Directoire d'achats des subsistances militaires va nous faire crever de faim, hommes et chevaux.

a La compagnie d'habillements est nne compagnie de fripons qui nous laissent tout nus.

« Custine ne voit le salut de la France que dans celui du pont de Mayence : son projet est de commander toutes les armées, depuis la Suisse jusqu'à la mer, et de les rassembler à son f.... pont. A coup sitr, c'est un enthousiaste, s'il est de bonne foi, ou un homme bien dangereux, s'il est de mauvaise foi. Ce qui me peine, c'est que le Ministre et le Pouvoir exécutif font ce qu'il veut.

a Si on ne réunit les généraux à Paris, sî l'on ne restreint notre plan de campagne, si l'on ne répare nos armées nues et exténuées, si nous ne nous retirons sur nos frontières, si nous n'y prenons de bonnes positions en avant de nos places, si nous n'établissons des magasins d'abondance, je vois la France battue et aux fers.

a Occupons 100,000 cordonniers sous la surveillance de toutes les municipalités du royaume, nous aurons 600,000 bonnes paires de souliers en six jours.

u Occupons idem 100,000 tailleurs pendant qnînze jours, nous aurons 300,000 bonnes paires de culottes en trois jours, 300,000 vesteseo trois autres, et 300,000 habits en neufautres.

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tu HISTOIRE DE LA TERRGDR.

« En quinze jours dos armées seront chaussées et habillées, et DOus aurons un excédant pour un an de plus. Il ne faudra pas un mois pour réunir en poste tous ces objets.

n Adieu, mon ami, j'ai le cœur décbiré de tout ce que je vois et de tout ce qui se prépare. Notre forte armée est réduite à moitié ; il lui faut une nouvelle organisation, et l'on ne s'occupe que de chimères. Nous ne pensons qu'à donner la liberté à des gens qui n'en veulent point, et nous ne savons pas être libres, tout en voulant l'être.

Il Adieu, je suis toujours eitrâmement faible, je ne vous en aime pas moins très-fortement.

(I Votre bon ami, BEunHonvnis. »

Biron, commandant en chef, à Poche, mmislre de la guerre.

* An quartier sëni^rtl, t Nice, le H Sénieti'K, l'an !• de 1& Républiqoe.

« Il est de ma franchise, citoyen ministre, d'avoir avec vous, sans plus attendre, une explication qui doit convenir également à votre loyauté et à la mienne ; je ne vous dissimulerai donc pas que votre correspondance avec moi pendant que j'ai commandé dans les départements m'a beaucoup affligé; non parce qu'elle était sèche et souvent désobligeante, car les formes sont peu importantes, et il suffit qu'elles soient les mêmes pour tous; mais parce que vous n'aviez aucun égard i mes représmtations les plus fondées, et que vous ne répondiez pas à mes demandes les plus pressantes. Je n'ai pas dû vous cacher combien vous aviez désorganisé l'année du Rhin, et combien il était dangereux d'en retarder la réorganisation qae j'avais tant sollicitée ; et Je vous avoue que lorsque je me suis vu destiné à commander une autre armée, j'ai cm que vous n'aviez pas été fâché de vous débarrasser de mes importooes réclamations en Alsace. A mon passage à Paris, votre patriotisme prononcé, les dirrérentes conversations que nous avons eues ensemble m'ont inspiré une conBance en vous que n'avait pu me donner le commeocement de voâ« ministère. Vous avez

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bien voola me dire que rien de ce qui m'avait peiné dans nos rapports ensemble ne vous appartenait, et que, surchai^ë d'affaires, beaucoup de choses vous échappaient nécessairement. Je l'ai cm avec plaisir, et j'ai compté sur vos secours les plus actifs pour remettre en état de servir une armée dont le délabrement sous tous les rapports ne pouvait être exagéré et qui cependant parait destinée à tirer des coups de fusil la première. Nous sommes convenus ensemble d'une organisation plus pressée que tout, et indispensable pour ramener l'ordre. Il ne fallait que votre signature pour la mettre à exécution, et depuis un mois cette organisation tant désirée n'est pas arrivée à l'armée. Je vous ai proposé à Paris la levée d'une légion d'artillerie volante dont vous m'avez paru sentir les avantages, et qui pouvait rendre les plus grands services aux armées des Alpes et d'Italie; nous en avons parlé plusieurs fois au Conseil, comme d'une mesure d'une utilité capitale, et que l'on le pouvait prendre trop promptement. Vous la voyant adopter, je n'ai pas cru nécessaire de vous demander l'augmentation de l'artillerie à pied, dont je ne puis me passer, et de l'artillerie à cheval, et je ne m'attendais pas, je vous jure, citoyen ministre, étant parti dans cette conQance. de recevoir de vous la lettre dont je joins ici copie (convaincu que vous n'avez pas eu le temps de la lire avant de la signer). D'après cette lettre, je dois présumer que vous ne voulez pas de la légion d'artillerie volante, que les secours que vous me donnez en artillerie, et peut-être en tout genre, seront sûrement insuffisants, et arriveront probablement trop tard. Vous êtes trompé, sans doute, car il n'est ni de votre patriotisme, ni de votre sagesse, de mettre par ces dangereuses lenteurs une armée hors d'état do servir la République, et de me forcer de rejeter sur vous une responsabilité dont il ne serait pas juste de me laisser chai^, en me refusant ou en me donnant trop tard ce qui m'est indispensable pour défendre l'entrée de la France à ses ennemis. Lorsque je l'ai pensé, j'ai dH vous dire que vous compromettiez la sdreté des départements du Rhin, et je dois vous dire aujourd'hui que vous compromettez de la manière la plus alarmante le comté de Nice et les départements du Var et des Bouche3-dn-Rh6ne par le moindre retard. Au nom de votre

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amour pour la liberté, surveillez ce qui vous entoure, et craignez de faire à votre patrie un mal irréparable, en ne pi»çaot pas bien votre confiance. Celte lettre, dont je serais bien fâché quevotis fussiez clioqué, et qui est, malgré sa .sévérité, une forte preuve d'estime, n'est nullement ofGcielle, et ne sen connue que de vous; mais je dois vous prévenir que-j'adresserai dorénavant au Comité de défense nationale le double de ma correspondance ofQcielle, ce qui me semble devoir nous faire gagner du temps à vous et à moi; croyez, citoyen ministre, que je serais plus heureux que je ne puis vous l'exprimer de vous devoir de la reconnaissance pour le service de la République et de vous vouer un attachement inaltérable. Il Le citoyen général d'armée : BtBOS. «

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PIÈCES CONCERNANT SÉMO.NVILLE

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