‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 171 sur 200 · AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AUPRÈS DE LA PORTÏ · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AUPRÈS DE LA PORTÏ

Au général PaoU.

* De Saint-Ftoreot, le IS ooTembre 1792. « Citoyen général,

<i Le contre-amiral Trugnet s'adresse à vous avec conGance pour obtenir de la juste influence que vous avez dans votre patrie des moyens d'étendre sur nos frontières l'empire de la liberté. L'escadre, mouillée aujourd'hui à Spezzia, va faire voile pour la Sardaigne. Elle a besoin pour assurer ses succès des braves concitoyens du général Paoli; le contre-amiral sait, comme tous les Fran(;ais, combien on est assuré de trouver daas les Corses d'ardents défenseurs de la liberié^ il veut les associer à la gloire que la marine française, vicrorieuse de Nice et d'Oneille, va recueillir à C^igliarï. J'ai cru vous plaire, citoyen général, en me chargeant d'être, auprès de vous, l'interprète de cette demande ; j'ai cru aussi servir ma patrie, en présentant à celui qui, depuis tant d'années, a bravé le despotisme une nouvelle occasion de déployer sa haine contre les tyrans.

« Veuillez, citoyen, accueillir les sollicitations pressantes du contre-amiral; veuillez les faire valoir auprès des adminis-

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trateurs du dëpartemeot, et m'instruire du résultat de ces déli bérations et de vos soins. Retenu par des ordres que j'attends, j'ignore si je ponirai m'écarter soit de Basiia , soit de SaÎDl- Florent, une corvette devant arriver d'un moment à l'autre presser mon départ pour Constantinople. Mon désir me porterait à Corte; si j'y suis nécessaire pour quelques explications, j'y vole; si, au contraire, les lettres du contre-aiâiral vous suRisent, citoyen, ainsi qu'au département, je quitterai la Corse avec le regret de n'avoir pas vu le créateur de sa liberté, mais avec la satisraction de m'élre retrouvé on momeotau milieu de mes concitoyens, dont je ne me sépare que ponr leur sacrifier toute ma vie.

« Sëuohville. b

■ Le Ï3 mm I7I>3, «n V ie li République. « Législateurs,

« Plusieurs d'entre vous cherchent Séraonville sur les mers qui mènent à Constantinople , d'autres croient déjà à sou débarquement sur la terre musulmane. Toute la République se berce des heureux succès de son génie et de ses talents.

n Tous ces calculs sont faux, et la confiance publique est indignement trompée. Sémonville, comme tous les diplomates amis du peuple républicain, est aujourd'hui la victime de la bureaucratie et de la trahison ministérielle, Sémonville languit dans les filets de la perfidie et traîne de port en port des jouis que la coalition royale de nos ennemis rend inutiles. Lebrun lui ordonne de quitter Gènes le 27 octobre, de publier son départ diplomatique et d'aller se mettre en charte privée dans les murs d'Ajaccio. Sémonville reçoit cet ordre de bonne foi, il l'exécute avec cette ponctualité d'un homme qui imagine des intentions politiques. Il ensevelit sa correspondance dans le bureau des affaires étrangères et attend sous son secret le dernier signal de sa mission. Après une longue attente, il expédie son secrétaire au ministre, et alors seulement sa correspondance, égarée dans les mains des commis du ministère, a repris son cours.

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NOTES. i»

H Cepenctant, on propage dans le lieu de sa naissance qu'il s'est émigré avec l'argent de la République, on menace ses propriëtés et on déshonore le citoyen qui fut l'elTroi diplomatique des tyrans.

ic Lebrun, dans sa traltreuse politique, a-t-il prêté, a-t-îl rendu hommage i la vérilé. quand il a vu aUaquer Sémonville, qu'il faisait assassiner lui-même en le dérobant à lous les yeux, eo murant sa solitude par l'impossibilité de relationner avec pej-sonne? Lebrun asservirait-il encore le Comité diplomatique, puisqu'il est incroyable que le Comité tout entier ait trempé dans cette alTreuse trahison?

<[ Sémonville n'est reodu k ses relations premières que pour apprendre qu'il doit retourner sur le continent français, et que Descorches va aplanir devant lui les obstacles de la Porte Ottomane.

« Ce n'est point là une élaboration de difficultés diplomatiques; c'est purement une manœuvre, une intrigue, une cabale, une véritable proscription d'agent accrédite par la haine des tyrans.

n Ou est donc la nécessité préalable d'aplanir, quand le sultair, en signe d'alliance, se décore de nos couleurs nationales et regarde avec intérêt l'arbre sacré de la liberté?

« Pourquoi Sémonville est-il h. Marseille, quand toutes les relations locales nous garantissent !e zèle et l'impatience que l'amitié et la politique suggèreni envers nous au sultan?

u Pourquoi Sémonville est-il à Marseille, quand son génie républicain aurait suscité l'antipathie musulmane contre la femme nérooienne du Nord et contre le dernier des empereurs? Ses talents sont au niveau de cette puissante diversion, dont la perte ou le retard provient de l'humiliante protection qu'on accorde à de perQdcs ministres.

a Sémonville aurait dit depuis longtemps, et tel était le projet, paraître dans l'Archipel sur une escadre imposante; il eût dû redonner, par l'appareil de cette force réelle, la mrsure lière d'une puissance aussi redoutable que calomniée; et, débarquant alors sur la terre musulmane, il se serait aidé de l'effet nouveau d'une pareille garantie, pendant que cette niùme escadre aurait balayé à son retour les vaisseaux du

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commerce dont les mers étaient alors couvertes, et aurait, par ce succès, porté un dommage irréparable aux eanemis belligérants.

(1 Tels sont les faits de notre dénonciation. Rendez dooc, législateurs, une éclatante jusUce au patriote ambassadeur Sémonville; décrétez autheniiquement la punition à monde la trahison ministérielle, et sans perdre un moment, ordonoei que Sémonville parte, qu'il soit parti au gré de tous les v«ui des côtes méridionales.

<i Gdinot, président de CAssemblér; GntAUD, vice^rèsident; PiERRB Thahan, président de correspondante; Pierre BErssB-FERnr, P. Andhë.

« Vu l'adresse délibérée par la Société des Amis de la république de cette ville de Marseille, relative à la mission qoi avait été confiée par le Conseil exécutif provisoire de la République auprès de la Porte Ottomane au citoyen Sémouville, et qui lui a été retirée;

« Sur le rapport et otiî le citoyen procureur-sjndic ;

(1 Le directoire du district de Marseille, vivement affecléde l'espèce de disgrâce, qu'essuie sans aucun motif le vertueui patriote Sémonville, dont le génie républicain eût été d'un biea puissant secours à la patrie menacée de toutes paris, déclare adhérer à ladite adresse dans tout son contenu, et reconnaît qu'elle contient le vœu et l'expression des sentiments qui animent ses administrés.

« Fait à Marseille, en directoire, le 23 mars 1793, l'an II de la République, présents tous les membres.

a Brëmokd, président; Donjeoh, secrétaire.

n Vu l'adresse de la Société des Amis de la liberté et de l'égalité de cette ville de Marseille; l'avis du directoire du district de Marseille sur ladite adresse ;

u Oui le procureur général syndic m absentx, l'administration du département des Bouches-du-Rhône, affligée des délais et des obstacles apportés à l'arrivée du citoyen Sémonville i

CoQstaottnople, et sentant combien la présence de cet ambassadeur dans le Levant et auprès de la Pone Ottomane intéresse la République française, a arrêté d'adhérer à la susdite adresse, de manifester l'espoir qu'elle fonde sur l'ambassade dudît citoyen, et de solliciter vivement son départ pour aller remplir une mission dont les succès sont présagés par l'estime et la confiance que Sémonville a inspirés à tous les patriotes et surtout au commerce de cette ville.

« Fait à Marseille, en l'administration du département, le 23 mars 1793, an 11 de la République française. i>

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