‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 173 sur 200 · DOCUMENTS SUB L'EXPÉDITION DE LA MAGDELAINE · texte numérisé non relu

DOCUMENTS SUB L'EXPÉDITION DE LA MAGDELAINE

(Voir piga lie.)

Nous donnons sans commentaires la série des pièces officielles que Paoli envoya au ministre de la guerre et dont il conserva les originaux par devers lui. Les noies qui accompagnent plusieurs de ces documents émanent, selon toute apparence, du général ou plutôt encore de son neveu^ Nous avons scrupuleusement respecté l'orthographe et les tournures peu françaises de Cesari Colonna, qui était Corse, et de Goyetche, qui était Basque (de Saint-Jean-de-Luz),

Paoli, lieutenant général, covxmandant la 23* division vtililaij-e, au minisire de la guerre.

« Corte , le 10 mars 1793, l'an 9* de U République.

a Citoyen ministre,

Il Les succès malheureux de l'expédition de la Sardaigne ei de l'attaque de Cagliari vous seront déjà connus par les informations directes des commandants de terre et de mer destinés à cette entreprise, et qui sont passés en France sans me donner aucun renseignement sur cet olijet.

Il J'ai l'honneur de vous joindre une copte de la relation qui m'a été adressée par le citoyen Colonna Cesari, commandant la contre-attaque sur les islesdelaMagdelaineet de Saiut-

DictizedbyGoOJ^IC

Etienne. Vous verrez, citoyen ministre, que la défec^on de l'équipage de la corvette la Fauvette a mis les gardes nationaux corses dans la nécessité de se retirer, au moment où ils étaient décidés à tenter avec courage la prise définitive de ces isles.

(I Si de pareils attentats et des actes d'insubordination et de lâcheté si marqués ne sont pas punis avec un exemple éclatant, nous aurons des inconvénients réitérés, et les meilleurs combinaisons militaires pourront échouer, car il n'y a pas de général qui puisse être à l'abri des conséquences d'une défection inattendue.

H Je dois rendre la justice qui est due au citoyen Cotonna; il est aussi brave que patriote, et, sans la captivité dans laquelle l'équipage de la corvette l'avait réduit, je suis persuadé qu'il aurait péri avant d'abandonner le champ de bataille; tous les ofilciers s'accordent à lui rendre ce témoignage, et à convenir de la valeur et de l'intrépidité des gardes nationaux et de la troupe de ligne qui ont été employés dans cette expédilioji, et il est bien mnlhcureux qu'ils n'aient pas été couronnés par de meilleurs succès.

« Le maréchal de camp Casablanca, ainsi que le colonel Colonna, ont tiré de l'artillerie, destinée à la défense des places de celte division, pour employer chacun dans l'expédition qui leur était confiée, il ne me conste encore qu'elle ait été rendue à sa destination, j'aurai l'honneur de vous en informer plus amplement à la première occasion.

« Je vous prie, citoyen ministre, d'être convaincu que je ne nt'gligerai aucune circonstance pour contribuer, avec mes concitoyens de ce département, à toutes les entreprises auïquelles je serais appelé pour la gloire et le succès des années de la Ri'publique.

B Le lieutenant général commandant la 23' division militaire en Corse.

Il Pasquale Paoli. »

DictizedbyGoOJ^IC

Essay sur la conduite du citoyen Pierre Paul Colonna Cesarî, commandant l'expédition de la conlre-altaque dans ie nord de la Sardaigne, et notamment sur tout ce qui est arrivé dans la journée du 25 février, relativement à l'attaque des isUs de la Magdelaine el de Sainl-Étienne, présenté à ses condloijens, à l'administration du diparlemevt el au lieutenant général Pascal Paoli, commandant la 23' division militaire,

M Citoyens,

« Honoré de la conllaRce du général de cette division, invité par l'administratioD supérieure et par le contre-amiral Truguet de l'escadre de la Rt^publique dans la Méditerranée, et surtout excité par l'amour de la pairie et le zèle le plus ardent de la servir, j'ai entrepris le projet d'une descente dans le nord de la Sardaigne.

« Cette opération devoit être précédée par la conquête des isles de la Magdelaine et de Saint-Étienne, qui sont des ouvrages avancés formés par la nature, et qui servent de défense à la grande isie dans la partie où j'étois destiné à l'attaquer.

a Apri'S avoir vaincu tous les obstacles qui s'opposèrent au rassemblement de la petite arrat'e que j'étois destiné à commander, mes frères d'armes ainsi que moi nous attendions avec impatience ic moment de passer la mer; les vents et les temps orageux nous ont condamniis à une inaction forcée jusqu'à la nuit du dix-huit février.

« Ce moment, le premier dans lequel on pouvoit tenter le passage, fut saisi avec transport et nous nous embarquâmes, brûlants du désir de nous mesurer avec l'ennemi.

H Le jour suivant, nous arrivâmes à la vue de la Sardaigne ; le calme arrêta notre marche pendant quelques heures; mais, à l'approche de la nuit, le vent se Ht sentir avec violence; les gondoles de débarquement qui portoient la troupe furent contraintes de regagner le port de Bonifacio, et la cor-

DictizedbyGoOJ^IC

4S6 HISTOIRE DE Lk TERREUR.

vette la Fauvette sur laquelle je iii*ëtois embarqué se tînt à la cape pendant deux jours.

« Le 22, les gondoles escortées de la corvette sorlirent une autrefois! nous arrivâmes aux isles de la Magdelaine et de Sainl-Étienne.

« L'ennemi, déjà prévenu depuis longtemps du projet d'aitaque, s'étoit rais en état de défense; malgré ses précautions et sa résistance, le débarquement s'exécuta dans le meilleur ordre, et la petite armée campa le soir même dans Tisle de Saint-Élienne.

» Le lendemain nous attaquâmes la tour où l'ennemi s'étoit retranché; après deux heures d'un combat très-vif, la gnmison se rendit: les magasins, le petit fort, trois pièces d'artillerie. et toute risle enfin, furentsonmis aux armes de la République.

« La garnison de la Magdelaine, beaucoup plus nombreuse, nous opposoit une résistance soutenue. L'isle de Saint-Élienne étant assez à portée pour pouvoir battre celle de la Magdelaine, nous fimes élever une batterie qui joua avec beaucoup de succès jusqu'au soir du 2h.

« Cependant l'ennemi, qui avoit lui-même des pièces de position en batterie, ne paroissoit nullement disposé à se rendre.

« Dans cette situation, je lis tenir un conseil de guerre qui eut lieu dans les magasins de l'isle de Saint-I^lienne. Les <^ciers de tous les corps y assistèrent, ainsi que ceux qui raootoient la corvette. 11 fut résolu dans ce conseil d'atiaquer le lendemain l'isle de la Magdelaine, et d'en tenter la prise de vive force et d'assaut.

« Le résultat en fut communiqué à la petite armée, qui le re<;ut avec le plus grand enthousiasme; la nuit fut employée aux prtiparaiifs de l'attaque. Nous avions le petit détroit entre les deux isles à passer, mais les dispositionspriseseile courage des troupes nous promettoient la victoire.

« Dans cette situation, je fus instruit que l'équipage de la corvette,' qui devoit soutenir notre passage et nous garantir des galères sardes dispersi^es sur la côte, se refusoit d'v coopérer et menaçoit d'abandonner le littoral. Celte défection, qui tranchoit le fil de nos espérances, étoit propre à

m'alarmer; je passai à bord de la corvetle en toute diligence, et j'eus la douleur de me convaincre que l'équipage étoit rëellemeot dans une insubordination complète.

a Les insinuations patriotiques et les exhortations les plus amicales, que je lui su^érois, parurent le faire désister pour quelques instants de son projet. A la pointe du jour, et comme l'heure du combat s'approchoit, l'insurrection éclata complètement ; je fus appelé avec dédain et menacé d'un départ subit.

(I Tout ce que ma situation, l'amour de la patrie, la gloire de la république pouvoit suggérer à mon esprit, tout fut employé pour les dissuader d'un si lâche complot; mais rien ne pouvoit toucher des cœurs insensibles à tout sentiment d'honneur ; les ofliciers de la corvette se réunirent à mes sollicitudes, mais leur zèle, comme le mien, demeura sans succès.

n Désespéré de ne pouvoir rien obtenir des hommes qui désertoient les drapeaux de la liberté avec tant de lâcheté, je demandai du moins de de?cenilre à terre pour me réunir à mes frères d'armes, et périr ou vaincre avec eux; cette satisfaction me fut encore refusée, et je n'obtins en réponse qu'un refus brutal.

« Si la corvette se retirort dans le moment, les troupes isolées sur l'isie Saint-Élienne demeuroient sans aucune communication, nos gondoles elles-mêmes o'auroient pu échapper aux galères sardes qui cherchoient à les envelopper.

(i Dans cette situation, voulant sauver mes frères avec lesquels il m'étoit impossible de me réunir et de combattre dans ce moment, je demandai du moins à l'équipage mutiné de protéger leur retraite, et ce ne fut qu'après bien des difTicullés que je parvins à obtenir cette triste ressource; elle fut ordonnée et exécutée avec autant de surprise que de précipitation. Le convoi lit voile vers la Corse, où il arriva le lendemain dans le golfe de Santa-Manza.

Il Citoyens, je vous ai exposé le récit de cette malheureuse aventure, vous en trouverez la preuve ta plus éclatante dans la déclaration authentique des officiers de la corvette qui ont été les témoins de la lâcheté de l'équipage, et qui ont partagé avec moi toute l'indignation d'une pareille înconduite.

Il J'avois calculé tous les moyens de force dans l'attaque

DictizedbyGoOJ^IC

Ui HISTOIRE DE LA TERREDR.

projetée; l'assistance de la corvette devenoit indispensable, puisqu'elle, ëtoit le seul moyen de nous garantir des gardescôies sardes et de protéger le débarquement-, j'ai cru qae je pouvois en toute confiance me jelor au milieu do l'équipage, que j'ai dû supposer composé de Français dignes de ce nom, espérant, par ma présence, de dissiper ses craintes, et de le ramener à son devoir; devois-je m'alteodre à ime captivité qui m'arrachoit, ainsi que mes fières d'armes, du sein de la victoire ou du moins de l'accomplissement de mes de^'oirs? Puisse l'exemple de trahison et de lùcheté de la plus grande partie de l'équipage de celte cervelle inspirer l'horreur et i'indignation la plus sentie dans les cœurs de tous les marins français! Je dois au courage et au patriotisme de, la garde nationale et de la troupe de ligne qui étoient sous mes ordres les témoignages les plus éclalauls; leur bravoure étoit digne d'être couronnée d'im succès plus heureux, et ils ont droit à l'approbation de leurs concitoyens.

II Quant à moi, j'invoque avec confiance le jugement de mes concitoyens. Ils savent que, dans toutes les circonsiances, j'ai servi ma patrie avec honneur, et que, dans la série de mes jours, j'en compte plusieurs dans lesquels mon dévouement pour elle a contribué essentiellement à la liberté; c'est pour acquérir des nouveaux tilres à leur estime, que j'avois saisi cette nouvelle occasion; je n'ai rien négligé pour l'obtenir, et certes ma conduite est un litre de plus pour y prétendre. Si mon courage n'a pas été secondé, il ne dépendoit de moi ni d'aucune force humaine de rendre meilleurs ceux des marins qui ont irabi nies espérances, el qui, réunissant la trahison à la lâcheté, ont arrêté ie cours de mes opérations militaires, en m'enlevant à mes frères d'armos qu'ils abandonnoient et que j'ai été assez heureux de sauver.

n Citoyens, jaloux de conserver l'estime que vous m'avez accordée, et qui est la meilleure partie de mon existence, je vous ai exposé ma conduite avec la franchise et la loyaufé que vous avez toujours connus dans mon caractère, et j'aiienris votre jugement avec la confiance de l'homme qui a rempli ses devoirs. Colonna Cesaiu.

■ Bonirocio, le I'"' inttn 1703, l'an 2' de la République. ■

Copie de la tellre du commandant de t'txpèdition au citoyen Quema, iieulenanl-colonel des gardes nationales sous ses ordres.

m A b«rd de fa FauMle, le 35 («Trier l'M.

« Citoyen lîeulenant-colonel, H La circonstance ' exige de donner les ordres les plus pressants aDn que l'armée se mette aussitât en mouvement et pense à !a retraite. Vous garderez de votre côté toute la continence possible. Vous ferez jeter h la mer les effets de guerre que vous ne pourrez pas faire embarquer, et aussitôt rendu sur le convoi, vous viendrez vous mettre sous la protection de la fa'gale, pour que les demi-galères ne puissent pas vous offenser'.

« Dans une crise aussi grave, j'exhorte l'armée et vous il faire connaître de la promptitude cl de l'adresse, comme je vous l'ai dit \

Le commandant de l'eTpèdilion

de la coulrc-allaque de lu Sardaigne.

« COLONNiV Cesari. »

Page 1