DOCUMENTS SUR LA P1[ALA^GL MARSKILLAISB
ET l'expédition DE SARDAIGNE.
Dls les premiers mois de 1789, la ville de Marseille s'élait placée à la tête du mouvement démocratique dans le Midi. Elle avait créé une garde nationale, dont la partie la plus remuante s'était donné une existence à part, avait pris le nom de phalange marseillaise, et était devenue, dès 1791, l'instrument docile des volontés de Barbaroux et de Hebocqui, ios chefs du parti girondin dans les fiouches-du-Rhône et les départements voisins. Le commandant de cette espèce d'armée révolutionnaire s'appelait d'HilaireChanvert, il avait été aulrefois capitaine de cavalerie et était alors ûgé de plus de soixante ans.
Comme celle qui fut plus lard instituée par la Convention, afin de porter le système d« la terreur autour de Paris, cette petite armée rayonnait autour de Marseille pour mettre au pas, suivant le lan^^age du temps, les villes qui étaient accusées d'être peu favorables aux idées nouvelles. C't-st ainsi que l'on vit successivement des détachements de la phalange marseillaise occuper les villes du Comtat-Venaissin, Carpentras et Cavaillon, y assurer le tiinmphe de la révolniion avignonaise, se rendre à Aix pour y désarmer le régiment d'Ernsl, puis, bravant les défenses des autorités civiles et milltaireç, marclier sur Arles et s'ouvrir à coups de canon les portes de cette ville» '
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A de tels exploits, restreints dans la sphëre d'action de l'antique cité phocéenne, devaient succéder de plus nobles triomphes. Appelés par Barbaroux et Rebecqui, qui avaient été mandés à la barre de l'Assemblée législative pour donner des explications sur l'expédition d'Arles, cinq cents volontaires choisis parmi les hommes les plus déterminés de cette phalange partirent de Marseille le 1*' juillet 1792, et vinrent faire à Paris le 10 ao(!it et le 2 septembre. Nous ne reviendrons pas sur ces deux journées que nous avons racontées en détail dans nos volumes 11 et III. Nous saisirons cependant l'occasion de réparer une erreur que nous avons commise ù l'^ard du bataillon marseillais.
Page 120) du tome 111, nous nous exprimions ainsi :
d Ces héros d'un genre tout spécial, lorsqu'ils eurent accompli l'œuvre pour laquelle on les avait expédiés à Paris, n'eurent pas la pensée d'aller retrouver à Valmy les braves qui défendaient le sol sacré de la France; ils tournÈreot le dos à Vennemi et demandèrent à reprendre le chemin de Marseille. Après leiirdépartde Paris, on perd complètement leurs traces. »
Ces traces, nous les avons retrouvées.
Sur les registres de la municipalité de Marseille, on peut constater que les prétendus vainqueurs des Tuileries firent le 22 octobre 1792 leur rentrée solennelle sous des arcs de triomphe. Une députation de citoyennes vint leur oiïrir des couronnes d'immortelles et de lauriers; des fêtes brillantes leur furent oITertes pendant plusieurs jours de suite; le conseil général de la commune ordonna que le nom des vingt Marseillais, tués aux Tuileries, fût inscrit sur une table de marbre'.
Les héros du 10 août arrivèrent donc à temps dans les Bouches-du-Rhône pour reprendre leurs rangs dans la peliie armée que d'Hiiaire-Chanvert emmena en Sardaigne et qui y joua un si triste nïle.
t. Nous sTons évalua (1. II, p. i9i) à 32 morU les pertcB du balullm msracilluisi ce cliitTrc a l'té irès-Tiïcmont conteslÉ par loa ÉcrÎTuins qui veulent encore faire croire t la iL'gende d'un assaut meurlrier liiré lo 10 aoQt aux Tuileries. Par le document officiel que nous avons retrouvé, on Toit que daos nos calculs nous arions été au dcii de la vérité. .
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Pour ëdifier nos lecteurs sur les faits et gestes des héros marseillais, nous nous contenterODs de mettre sotis leurs yeux quelques-UDS des documeots iuédits, que nous avons recueillis sur cette expédition.
Premier rapport du commandant d'HUaire-Chanveri.
• Au golfe Juan, à bord du Tiîsaeau do ligne h Cominerc* de Bordtaux, le 20 Janvier 1703, an 3< de la République (rao^ise.
i( Citoyen ministre, « J'ai eu l'honneur de vous écrire de Nice, au commencement de ce mois, que j'allais m'embarquer à Villefranclie avec les huit bilaillonsi de volontaires nationaux que je commande. Nous sommes effectivement partis de ce port le 8 du mois au nombre de trente-neuf navires de transport escortés par un vaisseau de ligne et une corvette. Notre destination était pour \J3Ccio, lieu destiné pour le rassemblement général des troupes. Après deux jours d'une navigation heureuse, nous arrivâmes tout près du golfe, et, au moment d'y entrer, les vents contraires ne permirent qu'à quelques-uns des navires d'y mouiller; le reste fut repoussé au large, et, après avoir erré pendant deux ou trois jours, il fut dispersé par de violents coups de vent sur les c6tes de Corse, d'Italie et de Provence. Je relâchai avec le vaisseau de ligne, la corvette et treize bâtiments de transport au golfe de Saini-Florent, d'où j'espérais pouvoir me rendre par terre à Ajiiccio avec les quinze cents Iiommes ou environ qui m'avaient suivi, et en conséquence je les fis mettre à terre pour__me rendre à Bastia, qui n'est qu'à trois licues; je reçus danrf cette ville la réponse du lieutenant général Paoli qui commande en Corse, et à qui j'avais dépÉciié des exprèo à Corte de même qu'aux autres commandants dans les différents ports de l'Ile, pour avoir des nouvelles des navires dispersés. Le général Paoli m'écrivit qu'il n'en avait aucune et que je ne pourrais pas me rendre à Ajaccio par terre, parce que la communication était entièrement coupée par les neiges sur les montagnes qu'il fallait traverser. Je me décidai donc alors à faire rembar-
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quer les troupes pour m'y rendre par mer, d'autant mieui que le capitaine du vaisseau de ligne me fit avenir que le temps devenait beau. Je partis donc de Bastia le âO, lapins grande partie des troupes s'embarqua le môme jour à Saint- Florent; le reste, le lendemain matin et la flotte mit à la voile le 22 pourAjaccio. Les vents furent passables pendant vingtquatre heures; mais après cela, ils nous repoussèrent au lai^, et, après avoir liilté contre eux pendant deux jours, nousDOus trouvâmes vis-à-vis de Monaco où nous fûmes pris par on calme, auquel succéda un violent coup de vent qui nous jeta dans le golfe Juan, ou nous sommes mouillés depuis deux jouis. Nous croyons pouvoir en appareiller ce matin pour aller en droiture au golfe de Palmas, en Sardaigne. d'après l'avis que le général de l'armée d'Ilalie nous a donné, que la plus grande partie de nos navires dispersés devait y êlre avec le contreamiral Truguet. Nous avons eu quelques volontaires déserteurs qui craignent la mer; mais, en général, le courage et le patriotisme animent nos bataillons et nous font espérer un bon succès. En arrivant en Sardaigne, j'aurai l'honneur de vous instruire de nos opérations ultérieures.
(i Le commandant général des légions marseillaises, commandant le corps de six mille hommes levé dans le dépariement des Bouches-du-Rhône, pour renforcer l'armée d'Italie. II n'HiLAiRE Chan-veht, b
<i Je vous prie, citoyen ministre, de ne pas différer davantage l'expédilion du brevet de maréchal de camp, que le département des Bouches-du-Rhône et la municipalité de Marseille vous ont demandé pour moi et que vous leur avez fait espérer. Je puis vous assurer, tout inférât personnel à part, que ce degré d'autorité m'est indispeusablement nécessaire pour le bien du service de la République, n
Extrait d'une Icllre ècnle au ministre de la marine le 26 janvier i 703, par le citoyen Pourcel, commissaire provisoire de la vtarine, à Villefranche.
(I Le Com,meree de Bordeaux, n'ayant pu débarquer demié-
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rement à Ajaccio, fut forcé d'arriver à Saint-Florent, avec une partie de son envoi ; reparti de 14 ensuite pour se rendre à sa destination, un vent contraire le conduisit hier, avec neuf k dix navires de transport, devant Villefranche. Il appela les deux bâtiments enlrOs de relâche ici le 17. Je leur signifiai, en conséquence, l'ordre exprès de partir; et ils se disposaient effectivement à le faire dans la nuit, lorsque deux autres navires du convoi ayant quitté leur escorte, sont entrés ici ce matin de très-bonne heure, forcés par les troupes qu'ils ont à bord qui ne veulent plue suivre leur destination. »
Leilredu maréchal île camp Casablanca au minisl^e de la guerre. n AjKCcio, le 25 janvier 1703.
n Citoyen ministre,
(I J'ai reçu du citoyen Bruiiet la commission de me rendre en Sardaigne pour commander les troupes qui doivent y descendre.
(1 Je me conformerai aux instructions du Conseil exécutif.
Il Nous partirons celte nuit pour les îles de Saint-Pierre, où est le rendez-vous indiqué par le contre-amiral Truguet. Là, je me concerterai avec lui sur les dispositions à faire pour l'attaque de Cagliari et des autres places de la Sardaigne.
« Je me concerterai également avec ie citoyen Arena, et je tâcherai de rendre cette expùdilion aussi avantageuse à la ItépuMique qu'aux peuples de cette lie.
H Je ne connais pas assez les volontaires des Boiiches-du- Ithàne pour pouvoir présager le succès de notre campagne. Quelques compagnies du 1" bataillon de la phalange me donnèrent avant-hier le désngrément de les voir en insurrection. Elles ont osé menacer. J'ai opposé la fermeté, et le bruit a cessé. J'espère que, lorsque nous serons en présence de l'ennemi, elles sentiront la nécessité de se soumettre â la discipline militaire, et que la majorité de l'armée sera animée parl'esprit
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de soumission aux lots et aux chefs, et dès lors rien ne me sera difficile.
« Le maréchal de tamp commandant l'armée de Sardaigne : a CaSABIAHCA. n
Letire adressée au ministre de la marine par Berlin, commis^ saire ordonnateur des forces navales, escadre de la Midilerranie.
■ Eo rftde de Cagliarï, i bord du T<mmml, le 26 Janvier 1:93.
« Citoyen ministre.
Il L'escadre est arrivée dans la rade de Cagliari le 23 de ce mois au nombre de onze vaisseaux, trois bombardes et quatre frégates. Le premier soin du généni] a été d'envoyer un canot parlementaire au vice-roi de la Sardaigne, mais il a été repoussé à coups de canon. Le mùjor-général Villeneuve qui élaît cliarg<î avec les citoyens Peraldl, commissaire du département de l'île de Corse, et Buoiiarotti, Florentin, apôlre de la liberKî, de porter des paroles de paix, ont couru les plus grands dangers. Mars, par la. bonne manœuvre du major-général, personne n'a été atteint du feu de l'ennemi.
<i Le convoi, attendu de Villefranclie avec û.OOO gardes nationales de l'armée du Var, ne nous est point encore parvenu. Sans ce secours il nous est impossible de faire une descente et de nous emparer de la ville, qui, outre des batteries qui la défendent, est gardée par près de 25 à 30,000 Sardes que le vice-roi a fait venir des campagnes. Les &,000 Corses qui devaient faire une diversion ne paraissent pas devoir remplir leur promesse, et la pénurie de vivres dans laquelle nous nous trouvons ne nous permet pas de rester plus de huit à dix jours sur cette rade. Ainsi, sans l'arrivée des secours promis, il faudra nous borner 6 cnnonner et à bombarder la ville et reioumer ensuite à Toulon. Les l,f|0O hommes de troupes de ligne pris à Ajaccio ne peuvent pas suffire pour la prise de celle place. C'est avec la plus vive douleur que nous serons forcés d'aban-
donner une contfuéte afsurée si nous n'avions éprouvé une suite de contrariétés inexplicables.
H Le commissaire ordonnateur :
Deuxième rapport (THUaire-Chanverl.
« La plus grande partie des navires de transport, de la (lotte française, partis de Viliefranche le 8 janvier, arrfVa les premiers jours de février dans le golTe de Cagliari, après avoir essuyé sur la mer les plus mauvais temps et les plirs grands dangers; elle s'y réunit à l'escadre commandée par le contreamiral Tnignet qui, de concert jivec le général Casablanca fixa ia descente au 1^ du môme mois; et, en effet, fe débarquement des troupes se fil le jouriîxé, sur la plage dîie des Espagnols, à deux lieues de la ville de Cagliari, sous la protection du feu de trois frégates.
B On donna des vivres pour trois jours, et l'armée composée du régiment ci-devant Limousin, d'un détachement de 300 hommes du régiment ci-devant Bresse, d'un pareil nombre du ci-devant La Fère, avec environ 3,000 volontaires nationaux, se retrancha au bord de la mer et coucha au bivac.
a Le lendemain, 15 du mOme mois, elle se mit en marche vers Cagliari, sous les ordres du général Casablanca, pour aller attaquer les hauteurs et les redoutes du mont Saint-filîx.
« Il devait y avoir, en même temps, une autre descente et une conire-attaque du côlé de la mer au pied du même mont Saint-Kli\, à une demi-lieue de la ville, et sous le feu du fort et des redoutes ennemies. Celle contre-attaque était sous les ordres dn général d'Hilaire, qui était arrivé le môme jour, avec une partie de l'élal-major général marseillais, près de Cagliari, sur le vaisseau de ligne le Commerce de Bordeaux, et qui devait avoir avrc lui 800 hommes de troupes de ligne, un détachement de volontaires nationaux du bataillon de Mariigues et quelques volontaires marins. 11 devait eUectuer sa descente et commencer cette seconde attaque lorsqu'il aurait été assuré que le général Casablanca aurait commencé la sienne.
4i0 HlSTOlftE DE LA TERREUR.
(c Vers les trois heures après midi du même jour, le contre amiral Truguet fit signal de faire préparer les troupes pour le second débarquement en donnant avis que le général Casabianca, qui s'était mis en marche depuis neuf heures du malin sur trois colonnes, l'avait instruit qu'il approchait du lieu qu'il devait attaquer.
H Les préparatifs pour la seconde descente se firent en conséquence; mais le général Casablanca, qui marchait fort lentement, parce que les volontaires et soldats étaient obligés de traîner euï-raômes les canons, n'ayant ni mulets, ni chevaux, arriva Tort lard, à l'entrée de la nuit, près des postes qui devaient être attaqués, et, ne jugeant pas le temps ou les circonstances favorables, il qrdonna un mouvement rétrograde à l'armée d'une demi-lieue. Ce mouvement se lit dans la nuit, et l'armée eut ordre après cela de s'arrêter et de se reposer.
H A peine était-elle dans cet état qu'on entendit quelques coups de fusil vers l 'avant-garde, qui étaitdevenue, par le mouvement rétrograde,, l'arrière-garde; il était alors huit ou neuf heures et l'obscurité de la nuit ne permettant pas au\ troupes de distinguer si le feu parlait des ennemis ou des Français, nos colonnes se fusillèrent mutuellement pendant un demiquart d'heure. Deux ou trois dragons ennemis, qui avaient paru vers la fin du jour et que nos troupes avaient dispersés par quelques volées de canon, ont pu donner lieu à cette méprise, qui, jointe au mouvement rétrograde qu'on Ht devant l'ennemi, inspira des craintes et des mériances et fit désirer de retourner sur les lieux où avait été fait le débarquement'.
« Cependant les troupes, qui étaient disposées pour la contreattaque, ayant entendu tirer, derrière la montagne, quelques coups de canon et de fusil, commonipient à s'embarquer sur des chaloupes et des canots pour attaquer, de leur côté, le fort Saint-Ëlix et la batterie qui était au-dessous. Mais la cessation des coups de fusil ayant fait douter de la réalité de l'allaque
1. D'Hitwra-Clianïert, comme on le voit, passe Irès-I légèrement sur U conduite de ses HarseillaUi les détails que nous avons donnés dans notre ri-cil, pa(^ IVi, sont tir^s des rapports officiels de l'amiral Truguet et da génial CasabJanca, rapporta qui ont él^ imprimés i une époque contemporaine de l'eiipédiiioii « dont i'ewctitude n'a jamais élii conleslée.
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tlii gênerai Cnsabianca, et la mer étant devenue très-grosse, de manière à rendre la descente impraticable, suivant l'avis de tous les marins, il fui résolu d'attendre jusqu'au point du jour où la mer aurait pu être plus calme et où on pourrait avoir des nouvelles plus positives àe l'armée.
<i Lèvent, au lieu de se calmer, étant devenu plus violent, presque tous les vaisseaux et navires de transport furent le lendemain en danger de périr. La plus grande partie dfs chaloupes et canots coula à fond. Le vaisseau de ligne le Léopard éclioua ; trois frégates furent démâtées ou désemparées ; deux navires de transport, qui heureusement avaient mis à terre les troupes qu'ils portaient, furent jetés à la côte; les équipages furent noyés ou tués, par les Sardes et les navires brûlés; ie vaisseau de ligne le Patriote, sur lequel était la plus grande partie des troupes qui devaient faire la seconde attaque, ayant perdu ses câbles et ses ancres, se vit dans le danger le plus imminent, étant près de se briser sur les rochers.
« Enfin, le 18 au malin, le temps étant devenu plus calme, on apprit la triste nouvelle du désastre et de la retraite de l'année de Casablanca, et un vit alors clairement que, si la mer n'avait pas empêché le débarquement dos troupes qui. sous 1rs ordres du général d'Hilaire, devaient faire la seconde attaque, leur perte entière était inévitable, ce général ne pouvant être secouru et étant sans espoirde retraite.
(( Pour comble de malheur, la perte de la plus grande partie des chaloupes et des canots, jointe à la tempête, n'ayant pas permis de porter des vivres et des secours à l'armée, ni de la rembarquer assez promptement, elle se trouva pendant plusieurs jours dans la plus triste situation, exposée au froid, à la pluie et à la faim, n'ayant ni tente, ni maison pour se mettre h couvert,
H Enfin, le 19 et le 20, on parvint à faire rembarquer toutes les troupes qu'on résolut de faire retourner en France. On ne peut pas encore savoir la perte des hommes, mais on croit qu'il y a cent ou cent cinquante hommes tués ou morts de misère. On ne conçoit pas pourquoi un gros village, qu'on prétendait intermédiaire entre le lieu de débarquement et le point qui devait Ctre attaqué par nos troupes, pourquoi ce village.
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4U HISTOinE DE LA TERREUR.
qui n'était pas à une lieue àa rivage et à deux portées de fusil de notre colonne de droite et dans lequel on pouvait trouTer des chevaux pour traîner les canons, dans lequel on pouvait se retrancher et loger les troupes qui n'avaient aucune (ente pour se mettre à couvert, pourquoi ce village n'a été ni occupé, ni même fouillé.
H A l'égard du désordre qu'il y a dans l'armée, il n'est pas bien surprenant qu'un mouvement rétrograde et subit, en jfiisence de l'ennemi et à l'entrée de la nuit, produise le découragement et mâme la défiance et la confusion et des méprises sur des troupes peu disciplinées et qu'on fait marcher en plusieurs corps dans l'obscurité.
« On ne se permettra pas beaucoup de réflexions qu'il y aurait à faire sur les causes du mauvais succès de cette eipédition, entreprise dans la plus mauvaise saison de l'année, et que toutes sortes d'événements et de circonstances ont contrariée. On se contentera d'observer que quatre ou cinq mille hommes n'étaient pas suffisanls pour conquérir un royaume qui veut SB défendre et qui est deux fois plus grand que la Corse, laquelle le maréchal de Vaux ne put soumettre qu'avec vingt raille hommes, quoique nous fussions déjà les maîtres de Bastia et de plusieurs autres places.
a Le commandant général des légions marseillaises commandant le corps des six mille hommes levés dans le département des Boudies-du-Rhône pour renfoncer l'armée d'Italie.
H D'HlLAIRE-CllAWERT. »
Le général Jean Lapoype, chff (Vélat-major général, au gtnirat \ Biron, covwiandant en chef de l'année des Alpes.
« Nice, ce 21 mars 1703, l'ao 3' de la République.
Il Mon général,
li D'après les ordres que vous m'aviez transmis, je me suis
fait rendre compte de la revue générale passée par un corarais-
saire des guerres, lors du débarquement des huit bataillons
des Bouclies-du-Rhône revenus de l'expédition de bardaigoe; à
cette époque le résultat de cette revue portait ces huit bataillons à 3,135 hommes. J'ai été inrormé officiel lement que le désir de revoir leurpaysetleurs familles avait engagé beaucoup de volontaires à quitter leurs drapeaux ; les bataillons de Marlignes, de Liberon, et le deuiième de Vanclnse, ont perdti, chacun, plus de 200 hommes; les autres bataillons ont soutTert en proporiioQ, de sorte qu'il serait imprudent de calculer aujourd'hui l'efTectif de ces huit bataillons au delà de 2,000 hommes'.
« Le général de brigade, chef d'élat-major de l'armée : a Jean Lapoïpe. »
Notre tâche ne nous parattrait pas terminée si nous ne disions pas quelques moL<; de la destinée de quelques-uns des personnages qui ont joué un rôle dans l'expédition de Sardaigne, si surtout nous ne rendions pas un hommage mérité an courage et au malheur des ofTiciers, soldats et marins, qui furent abandonnés dans les lies Saint- Pierre et Saint-An lioche.
Nous n'avons pas besoin de faire la biographie de Truguet ni celle de la Touche-Tré ville; elles se trouvent partout, et noiis n'avons découvert aucun document nouveau qui les concernât. Quant à d'Hilaire-Chanvert, on voit par le post-scriptum de sa lettre du S9 janvier que le chef de la phalange marseillaise n'oubliait pas ses intérêts particuliers au milieu de ses préoccupations militaires. 11 était capitaine de cavalerie dans l'année depuis 1770. De ce grade il sauta directement à celui dégénérai de brigade. Pache lui en expédia le brevet le 1" février 1703, au moment môme où la portion d^l'armée expéditionnaire, qui n'avait pu aborder la Corse, quittait pour la deuxième fois les
1. Au départ de Vitlerranche, le B Janvier, l'elTeciif de la phal&nge mar- ■rilluse était su moins de qaatre mille hommes, it rsison de einq cents hommes pour chacun des huit lutnillons (D'Hilaire-ClisnTert annon<;ail dkns tous ses rapports qu'il commandait un corps de six mille liommes). Sur cet eQei'tir, cent ou cent cinquante hommes sont morts en Sardaigne, d'après le deuxième rapport de D'Milaire. 11 n'en restait plus que deux mille un mois apns le retour. D'oA l'on est obligi! de conclure que mille buit cent cinquante hommes avaient déserté du H janvier au 21 mars.
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iU HIStOIRE DE LA TERREUR.
côtps de Provence. Au retour de l'expédition de Sardaigne, d'Iliiaire-Chanverl compta dans les cadres de l'armée d'Ilalie; mais, malgré toutes les sollicitations dont il fatigua les ministres (te la guerre, il ne put franchir le grade de général de brigade, et fut mis à la retraite en 1795, peu de temps avant que le futur vainqueur de Rivoli ne vint prendre le commandement de cette armée.
I.e géuéral Rnphacl Casablanca avait longtemps servi dans le régiment provincial de Corse, et était général de brigade depuis le 30 mai 1793. Il commandait l'avanl-garde de la petite armée de Moniesquiou, lorsqu'au mois d'octobre de cette année elle fit la conquête de'la Savoie. Il venait d'être envoî'é en Corse sous les ordres de Paoli, quand l'amiral Truguet vint lui apporter, de la pnrt du général Brunet, l'ordre de prendre le commandement do l'eupédition de Corse. Paoli ne lit aucune objection à celte nomination qui le débarrassait d'un surveillant incommode. Casablanca appartenait eu effet au parti opposé au général l'aoli, el celui-ci profita de la non-réussite de l'expédition de Sardaigne pour le faire destituer. Mais les trois commissaires de la Convention, Delcber, Salicctti et j.aconibe Saint-.\lic!iel n'eurent aucun égard à l'arrêté du Conseil exécutif et le maintinrent dans son grade. A celte occasion, ce dernier écrivit h la Convention une lettre qui donne uue idée exacte de l'état où se trouvait la Corse au milieu de Tannée 1793.
Le r'-prèseiHanl fin peuple déli-giw en Cors?, aux miinsin's composant le Conseil exécutif.
a Cslvi, le 24 juillet ITOS.
(I Citoyens ministres,
Il J'ai l'honneur de vous envoyer un arrêté pris par la Commission, pour réintégrer dans sa place le général Casablanca destitué par le Conseil exécutif. 11 est de mon devoir d'opposer mon estime aux manœuvres des calomniateurs QUÏ cherchent à surprendre votre bonne foi.
Il Je me déclare l'accusateur de celui qui est venu noircir
NOTES. il5
la conduite du général Raphaël Casablanca ; depuis son relour en Corse on ne l'aurait pas dénoncé, s'il avait voulu céder aux insinuations de l'âuie de boue, Paoli. Envoyé en Corse et faisant partie d'une commiRSion nationale qui, ayant des pouvoirs illimités, devait être investie d'un égal degré de con- Tiance, j'ai le droit, et c'est un besoin pour moi, de rendre justice à l'homme de bien dévoué à la République, et que les calomniateurs de son pays osent attaquer. Ils ne l'eussent pas fait, si, comme le département, il eût voulu voler 570,000 l'r., s'il avait voulu applaudir à la municipalité d'Ajaccio au moment où elle vidait les magasins de la République, où elle faisait vendre les munitions de bouche et les poudres. Il n'eût pas été dénoncé, si, comme le général Grazio llossi que nous avons destitué, il eût élé prêt à opprimer les patriotes,
o J'ai donc pensé que ce serait donner à Paoli un triomphe funeste à la chose publique, que d'exécuter la lettre du ministre.
« Vj\ vertu des pouvoirs qui nous sont confiés par le décret du 2 avril, je l'ai réintégré et je suis sûr que le Conseil exécutif, si digne de la confiance de la République, me saura gré d'empêcher une injustice que l'on commettrait sous s(ui nom.
« Il y a quatre mois que j't^tudie l'esprit des Corses. Quiconque voudrait les juger depuis Paris ne les connaîtrait pas.
H Le décret qui met Paoli on étal d'arrestation est une école; celui qui en suspend l'exécution en est une plus forte; celui qui fait deux départements de la Corse ne v.iut pas mieux. Tous ces moyens terre à terre ne servent qu'à avilir l'autorité. Je vous indiquerai le seul moyen de détruire tous les partis qui déchirent la Corse ; c'est, lorsque les escadres ennemies seront forcées de rentrer dans leurs pons, d'envoyer ici une division de 12 à 15,000 hommes de l'armée d Italie, <!e marcher sur Corte en deux colonnes. Je réponds que, presque sans tirer un coup de fusil, en moins de trois semaines, on s'empare de la Coi-se et de toutes les places : on fait couper la tûte à trente personnes et la Corse est tranquille.
« Il faut y opérer un désarmement général. Depuis la Révolution, le paysan abandonne visiblement la culture des terres. It faut les faire administrer par des étrangers, car il est impos-
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sible qu'un Corse d'un parti soit juste envers un Corse d'un autre parti.
H Qu'on change tant qu'on voudra les administrateurs; tous s'accordent sur ces points : abiis d'autorité Et vtnga U denaro.
n S. P. Lacqube Saiht-Micbel. u
Casablanca fut, nommé général de division le 29 veotfise an u. Ayant suivi la fortune de son compatriote le général Bonaparte, il devint sénateur dès l'an vm et grand-oOîcter de la Légion d'honneur quelques années plus tard. 11 mourut pair de France en 1825, à l'âge de quatre-vingt-sept ans.
Les 700 hommes laissés à Saint-Pierre et à Saint-Antioche étaient sous les ordre.s du lieutenant-colonel SaîUy. Deux frégates, l'Hélène et Ir- Itkhemont, composaient les forces navales qui devaient di^fendre la petite garnison de toute attaque par mer.
La correspondance de Sailly et celle des représenlanks du peuple en mission en Corse vont nous instruire de l'effroyable position qui fut faite à cette poignée de braves.
Au minisire de la guerre.
• De nie 9aint-Antioche, le 5 mar? 1793, l'an V de In République françuse.
« Citoyen, i( J'ai été chargé par le contre-amiral Truguet de la défense des deux lies de la Liberté et de Saint-Antioche; il m'a laissé pour me maintenir dans ces deux établissements le Doyan de deux détachements du 26* et du 52* régiment, que l'insalubre séjour des vaisseaux et la malheureuse expédition de Sardaigne a réduits dans le plus fâcheux état. Cependant, mon dévouement et le leur pour la République, dont il n'a pas dépendu d'eux d'augmenter la gloire, leur fait supporter avec résignation les privations de toute espèce qu'ils éprouvent ici. J'ai
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pris avec l'ingénieur Raviez les mesures de défense qu'exigeait la localité et ta présence permanente de l'ennemi, et j'écris au contre-amiral Triiguet. afin qu'il fasse parvenir à ces deux filles de la patrie les secours de première nécessité que l'urgence la mieux prononcée exige de sa sollicitude. Je lui dis aussi qu'avant deux mois plus de la moitié des 550 hommes que je commande sera hors d'élat par les maladies de Taire le service forcé que demande uue telle position, et je le prie de faire relever avant cette époque ces deux détachements par des troupes fraîches envoyées de Corse ou de France; il vous rendra sans doute compte de mes demandes, que je vous prie au nom de la nécessité de prendre dans ia plus grande considération.
« Le citoyen lieutenant-colonel commandant les détachements des lies de la Liberté et de l'Égalité fl Saiu-y. m
• De nie Saint-Antiodie, te U mars 1703, l'an 2' de Ift Hûpubllque fniDçùsc.
" Citoyen ministre,
o J'ai l'honneur de vous envoyer l'état de situation des troupes cantonnées dans les deux îles de la Liberté et de Saint- Antioche, dont le contre-amiral Trugoet m'a confié le commandement; vous jugerez par cet état, auquel j'ai joint celui du service et des détachements, de ma situation militaire.
« La municipalité de Saint-Pierre m'a fait différentes réquisitions pour lui envoyer une augmentation de forces que je n'ai pas cru de mon devoir de lui accordrr, la présence de celles de l'ennemi m'oblige de garder ici la plus grande partie de mes troupes pour lui ôler tout espoir de forcer l'isthme de Saint-Anlioche, qui est la clef conservatrice de ces deux îles.
K Je vous prie de demander à la Convention nationale qu'elle envoie dans ces colonies adopiives des commissaires pour y organiser les pouvoirs administratifs et judiciaires; sans quoi elles seront bientAt, malgré ma surveillance scrupuleuse, dans une anarchie profonde. Des municipalités se sont
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empar(îes des propritStés de dilTt^rents crtoyeDS, propriétés qu'ils tenaient à litre de concessions du ci-devant gouvernement; ils ont porté leurs réclamations à mon tribunal provisoire. Je n'<ii pas voulu trancher des questions qui ne sont nullement ni de la science, ni de ta compétence militaire, ei je les ai renvoyés à la justice de ta Convention nationale.
Il Le contre-amiral avait ordonnée un détachement d'artillerie de ligne qui faisait partie de l'armée de Sardaigne de se diriger sur Saint-Pierre pour y rester en garnison sous mes ordres; ce détachement a pris sans doute une autre direciioo et n'y est point arrivé. J'ai été obligé de prendre sur les frégates des canonniers marins qui menacent chaque jour de me quitter; il est urgent que vous m'en fassiez passer de France. J'ai calculé qu'une compagnie d'artillerie me serait nécessiire tint pour le service des forts que celui du pourtour des deui lies.
« Je vous ai fait part dans ma première lettre de mes craintes relativement à l'état fâcheux où se trouvaient 1» troupes que je commande ; je le remets une seconde fois sfn\s vos yeux, et j'ai tout lieu de croire qu'avant deux mois, si vons n'en envoyez de nouvelles, ma position sera extrême.
« Le lieutenant-colonel commandant les détache m en is des îles de ta Liberté et de Saint-Antioche : a Siiixr. B
les reprèseiitanls du peuple français, députés en Corse par la Convmlion nationale, au ciloyen minisire de la gutn-e.
« Bastia, 13 mai 1703, l'an 3* d« la Bépubtique IVançaise.
(I ... 11 est un article qui mérite la plus grande attenlioD de votre part, c'est qu'on a laissé à l'Ile de la Liberté, ci-devant l'Ile Saint-Pierre, 700 hommes des régiments 26* et 52'. Les commissaires en Corse étaient convenus avec le général Biron de les faire relever et conduire en Corse; mais le général Mron ayant vu à Toulon les contre-amiraux Troguet et Lalouctie,
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ceux-ci mirent beaucoup d'importance à laisser à Saint-Pierre celte garnison, et, en quelque sorte, te sommèrent de ne rien chan^'er à leur disposition jusqu'à ce qu'ils eussent rendu compte au pouvoir eiéciitif. Depuis ce temps, rien n'est changé dans leur sort; nous avons reçu des lettres de roflicier qui commande. U demande avec instance d'élre relevé. Il n'a pu se maintenir à Saint-Pierre, il est à l'Ile d'Antioclie. La maladie s'est mise dans .■>on détachement, et nous pensons qu'il serait très-à-propos de faire rentrer en Corse celte garnison qui périra, si elle n'est faite prisonnière, d'autant qu'elle est entièrement «ans correspondance avec le continent et sans aucun moyen pour se défendre. Nous croyons devoir vous donner connaîs- «auce de ces détails, atîn que vous les soumettiez au Conseil «xéculif.
u 11 est bien fâcheux pour la chose publique que des ofticiers généraux, ayant fait une expédition mauvaise ou malheureuse, veuillent soutenir leur opinion en sacrifiant en pure perte sept cenls hommes excellenls, tirés des garnisons corses OÎt ils seraient si nécessaires. On ne peut pas être abandonné comme nous le sommes ici, et, si des escadres ennemies viennent nous attaquer, nous ne passerons pas sous silence l'obstination de laisser à Saint-Pierre sept cents hommes, tandis qu'on nous laissa ici sans forces. C'est a vous, citoyen Ëouchotte, à qui nous dénonçons une disposition que les événements peuvent rendre un crime national, persuadés que votre civisme bien connu vous fera prendre une marche opposée à vos prédécesseurs, qui croyaient éloigner le danger en ne le regardant pas et se lîrer d'embarras en ne répondant à aucune lettre. . . <( Delciier, J. p. LacouBe SAiNr-MicAEL, Salicetîi. n
Joseph Etienne Deldier, l'un des reprisenlants dupeuple envoyés eti Corse, aux représentants membres d\i comité de Salut pMic de la Convention nationale.
• Bastia , le ti m^ de l'an 11 de la République.
<i Vous avez été instruits par notre dernière lettre des
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motifs et des objets de la division momeotaD^ de la fommi»sioD : mes collègues sont partis cette nuit pour leur destination avec des forces et des moyens proportiDonés à la nature des opérations que nous avons concertées. Tout semble nous promettre le succès, et j'espère pouvoir vous apprendre incessantment ta reddition de la citadelle d'Ajaccio et la prise de l'officier rebelle qui s'y est renfermé pour la conserver à Paoli et à son parti.
« Mes collègues et moi avons pris hier un arrêté pour faire reotrer en Corse les détachements des 26' et 52* r^ments, nous nous sommes déterminés à prendre ce parti par deux raisons également pressantes : la première, parce que les 700 hommes qui sont à l'Ile Saint-Pierre y éprouvent une épidémie destructive, la seconde, parce que, étant trop éloignés de la France, il sera impossible de les ravitailler et les secourir dans le cas d'une attaque du premier vaisseau ennemi; ce qui ne parait pas éloigné d'après l'avis que nous a donné un capitaine de navire suédois, qui assure avoir vu au détroit les flottes combinées d'Espagne et d'Angleterre.
G Nous ne cesserons de vous répéter que l'établissement d'une garnison française aux lies Saint-Pierre a été plulât l'effet et le complément de l'orgueilleuse obstination des contreamiraux Truguet et Latouche, qui ont cru couvrir d'un voile l'odieux de leur conduite dans la fatale expédition de la Sardaigne, dont les suites seront funestes à la République. ....
Sailly, ex-commandant des troupes françaises à VUe Saint- Pierre, au minisire de la guerre.
a Citoyen ministre,
n J'ai l'honneur de vous rendre compte qu'une escadre espagnole, forte de vingt-quatre vaisseaux et six frustes, parut dans le golfe de Palmas le 20 mai, et qu'elle y surprit lajfrégâte rmiène, qui, sans aucuns moyens de fuir, se rendit.
(c Le 21 , les Espagnols manœuvrèrent dans la rade et com-
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munîquèrent fréquemment avec les chefs des troupes sardes cantonnées de l'autre cAlé de l'isthme de Saint-Antiochc. Dans cet état de choses, me trouvant hors d'état de me défendre dans le c.imp retranché que j'avais formé sur cet isthme pour me défendre des attaques des Sardes (ce camp pouvait être battu par tous les vaisseaux de l'escadre qui s'emtx>ssaieni), je fis donc mes préparatifs de retraite pour réunir toutes mes forces à Saint-Pierre, Les attaques presque journalières des Sardes redoublèrent avec plus de vivacité que jamais pendant toute cette journée. La retraite était dilTicilc devant une cavalerie nombreuse, n'ayant point de canons de campagne qui pouvaient en assurer le succts ; je l'erfectuai cependant avec le plus grand bonheur et sans perdre un seul homme, ayant trompé la vigilance de l'ennemi. J'avais, avant mon départ, fait enclouer tous les canons et disperser les munitions; je marchai toute la nuit, des barques m'attendaient a Callacetta, et j'arrivai à Saint-Pierre. Cette Ile n'a d'autres défenses qu'une tour construite contre les incursions des corsaires barbaresques; j'y avais ajouté une batterie de quatre pièces de canons, construite dans le sable. Aussitôt arrivé, je m'occupai ■ d'augmenter sa défense, et je fis élever une batterie en terre aux environs de la tour avec des canons de la frégate le Richemont, qui se trouvait bloquée dans la rade de cette Ile par plusieurs vaisseaux ennemis qui la cernaient. Le 33, deux vaisseaux et une Frégate mouillèrent dans la rade.
H Le 25, l'escadre entière y entra; le 26, tout se disposa pour l'attaque, les vaisseaux s'embossèrent et la frégate se brûla. A onze heures du malin, ii arriva un pariementaire me portant une sommation du commandant de l'escadre ; je sentis rimpuissance où j'étais de tenir sur une butle de sable, sans autres forces qu'une batterie de terre élevée à la hâte, contre près de l.SOO bouches h feu et les troupes de débarquement des Espagnols et des Sardes réunis. Dans cette position critique j'assemblai les officiers, et il fut résolu que je lirais aux soldats la sommation qui venait de m'étre faite. Quand ils en eurent entendu la lecture, je leur dis de délibérer et de me faire connaître leur vœu par des députés qu'ils nommeraient à cet effet; ce vœu fut que, toute résistance étant inutile, parce
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que leur mort ne servirait de rien à la patrie, il fallait se rendre aux conditions les plus honorables que je pourrais obtenir. Dans cette considération, et vivement pressé par les prières des habilauts de cette peuplade craintive , j'acceptai la capilulatioit, dont je joins ici la copie.
K Saillï, conwiandanl lei troupes française. • A la citadelle de Barcelonne, le lijui" 1^^- "
Sailly ne revit pas sa patrie et mourut prisonnier des Espagnols. Nous avons pu retrouver les traces d'un de ses principaux compagnons d'infortune, le lieutenant de vaisseau Devienne, qui commandait la frégate le Richemonl.
Lorsque, le 25 mai 1793, les Espagnols se présentèrent devant Saint-Pierre avec huit vaisseaux et trois frégates, ils surprirent l'Hélène qui fut obligée de se rendre. Mais le liichemoni s'étant apjiroché aussi près que possible de la côte, l'équipage débarqua la moitié de sa batterie et ses poudres, mit le feu au bâtiment et se réunit à la petite troupe de Sailly. Obligés bientôt de se rendre, marins et soldats furent conduits à Barcelonne. Devienne resta prisonnier vingt-huit mois. La paix ayant été conclue entre l'Espagne et la France, il rentra dans sa patrie et trouva, pour n?compense de sa belle conduite, ud arrêté de destitution, parce que, disait-on, il avait appartenu aux classes privilégiées. 11 demanda à être traduit devant un conseil de guerre. Ce conseil se rassembla à Bochefort le 10 brumaire an iv, et déclara que le commandant du Riche- 7nont s'était comporté en bon républicain. Devienne fut réintégré dans son grade par 'i'ruguet, devenu ministre de la guerre. En l'an ix, il était ciipilaiue de vaisseau do première classe.
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