‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 180 sur 200 · TENTATIVE DE NÉGOCIATIOMS A FAIRE PRÈS DE DUMOUBIEZ · texte numérisé non relu

TENTATIVE DE NÉGOCIATIOMS A FAIRE PRÈS DE DUMOUBIEZ

Les pièces qui suivent sont extraites des archives du minist&re de la guerre à Vienne. Le document principal ne porte ni signature, ni dale. Nous croyons qu'il a éié rédigé dans les derniers jours de février, au moment où Dumouriez envahissait la Hollande. C'est du moins ce qu'on peut inférer de la lettre par laquelle le baron de Breleuii transmet ce document au comte de Mercy-Argenteau. Celui-ci avait été longtemps ambassadeur d'Autriche à Paris, et n'avait cessé d'être le confident et le guide de la reine Marie-Antoinetle. Il était alors retiré à Wesel sur le Rhin et entretenait de nombreuses correspondances avec plusieurs groupes d'émigrés, les uns réunis à Londres, les autres dispersés dans différentes villes d'Allemagne. 11 était surtout en relations irés-suivies avec le baron de Breteuil, autrefois ministre de Louis XVI, alors l'agent le plus actif de l'émigration.

a L'extrême attachement de M. Dumounez pour la personne du feu roi, son dévouement pour le jeune roi et pour la reine sa mère, sa ferme résolution de rétablir la monarchie en France, et son aversion pour le système actuel, me sont si parfaitement connus, que je n'hésite pas à croire qu'il s'entendrait volontiers avec les puissances combinées pour accélérer le retour de l'ancien gouvernement, si l'on trouvait un moyen de le faire concourir à ce but important, sans anéantir totaie-

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ment l'espèce de gloire miliUitre qu'il a acquise dans la campagne dernière el dont il est fort jaloux, et si on consentait à lui assurer une existence aisée qu'il n'a pas, et une grande place militaire ou politique à son choix. « Voici donc ce que je propose:

" Ce que ferait M. Dumouriez.

• i" Al'égardde laHoUande.

«SiH.Dumouriezn'estpasforcé Oés Bctuoliement, par des ordres supérieurs, de tenter l'invasion de la Hollande, et s'il en est encorp temps lorsque ceci aura été accepté de part et d'autre, M. Du~ mouriez renoncera à ce projet el y fera renoncer le Conseil exécutif,

■ Dans le cas, au contraire, où il aurait déjà commencé l'iiHaque, ou ne pourrait pas absolument l'éviter, il la ferait assez mollement et perdrait assen de temps auprès des premières places, comme Berg-op-Zoom ou Maastricht, pour laisser le temps â l'armée prussienne d'arriver tellement en force et de faire présumer une telle résistance qu'il pill, sans inspirer aucune mé- ' fiance, lever las siège?! qu'il aurait entrepris et se replier sur les Piiys-Bas autricliiens.

« i' A l'égard des Pays-Bas.

a M. Dumouriez, suivi dans sa retraite de Hollande par l'armée prussienne et feignantde craindre que ses communications avec la Franco ne fussent coupées par l'armée autrichienne, se retirerait alors au delà de Bruxelles et laisserait à découvert Lié;;e et

pour

« Ce que l'on pourrait fair U, Dumourlez.

« t°Montrerpartouslesmovens praticables une grande considération pour ses talents militaires.

n î° Promettre et garantir i M. Dumouriez, sur l'bonneurdes puissances coalisées, qu'au moment du rétablissement de la monarchie eu France II y aurait une amnistie pour lui et poor les personnes qu'il désignerait.

sans exception.

« 3°LuipromcttresonslaméiDe garantie qu'à cette époque, ou aussitôt qu'il le demandera, il lui serait donné un comnundement militaire ou uno grande ambassade qu'il désignerait.

a ù" Enfin mettrcà la disposition de M. Dumouriez ou de la personne qu'il indiquera, immédialoment après l'eiécution de la première partie des engagemeolf deM. Dumouriez, une somme que lui seul peut indiquer, mais telle qu'elle puisse lui assurer, i tout événement , une fortune indé' pendante, et lui donner tes moyens d'acheter les membres nécessaires lie la Convention.

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Anverj, qui, vivement attaqua par l'une de» deux armées, pendant que M. Dumouriêz gérait tenu en échec par l'aulre, ne pourrsienl résUter longtemps.

< L'évacuation successive du surplus des Pays-Bas se ferait assez facilement ensuite, M. Dumouriêz affecianl les mêmes craintes et témoignant baulement le désir d'éviter une action générale.

a 3' Dans le eat d'une bataille.

a Si les puissances combinées jugeaient convenable de livrer une bataille, ou si la position respective des armées ou des ordres exprès forçaient M. Dumouriêz à en risquer une, il est évident que H. Dumouriêz, pour sa propre silreté, serait contraint de se servirde tous ses moyens; mais dans ce cas M. Dumouriêz, s'il était vainqueur, poursuivrait assez faiblement la victoire pour laisser le temps \ l'année ennemie de se rallier et de se renforcer, et, s'il était vaincu, pourrait abandonner plus de terrain qu'il n'y serait militairement obligé.

€ 4° 4 l'égard de» armées commandées par les autres généraux.

« M. Dumouriêz renoncerait à régler de son camp, comme il l'a faitjusqu'é présent, les opérations d«s autres généraux français; il les laisserait livrés à leurs propres forces, et dirigerait tellement tes opérations de son armée, qu'elles nfl soutinssent point celles des autres.

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■ 0° .1 l'égard des places gue les puissances combinées voudrai fini assiéger.

« Dans le cas présumable où, aprèi avoir repoussé de gré ou do force M. Dumouriez jusque dans la Flandre française, Ips puissances combinées voudraient entreprendre quelques sièges, M. Dumouriez, qui n'est pas inallre lie changer à son gré les commandants des villes de guerre, se bornerait à établir son systèmo de défense sur une seule place, et ne ferait que de faibles efforts pour dégager les aulres.

n 6° te rélablissemenl de la monarchie.

tt M. Dumouriez profiterait du premier moment où la terreur des succès des puissances combinées agirait avec force en France, pour accélérer sa soumission, en démontrant i'impossibililé de la résistance, et emploieraitalors foule son influence pour hâter le rétablissement de la monarchie dans la personne du roi actuel. >

.N.B. — Il est «ne kypolMte qu'il faut pYéooir :

« Si M. Dumouriez, pour acrélérer les succès dos puissances étrangères, préférait de se faire prendre lui-même, soit avec la totalité de son armée, soit atec une partie , peut-on assurer à M. Dumouriez que les puissances étrangères tiendront les promesses ci-dessus établies?

0 Dansce cas, on ne regarderait pas comme une chose impo^ible que les deux enfants de M. le duc d'Orléans, ou l'un d'eui, fussent pris avec M. Dumonriei- »

yole à Son AUesse Sérénissime M^ le prince de Cobourg.

K Je crois devoir ne pas tarder à mettre sous ies yeux de Votre Altesse l'extrait d'une lettre que je reçois de M. le baron de Breleuil avec la pièce qui en fait l'objet. Je lui réponds que l'arrangement proposé n'est dans le fait qu'un projet fondé sur une conjecture de la part de celui qui l'a formé; que de là à l'aveu de celui que cel? regarde il y a bien loin encore; qu'il me semble cependant que cet. objet mérite d'être suivi, parce que, s'il n'aboutit pas à des avantages réels, il ne pro-

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duira pas non plus d'înconvénienls, dès lors que l'on s'y prendra de manière à n'être point compromfs.

n A cet effet, it fant supposer que l'intermédiaire aura as^e^ de poids auprès de M. Dumouriez, pour qu'il n'ait besoin d'autre lettre de créance que sa propre assertion.

« Il pourrait demander les conditions, lesquelles devraient poser sur d'autres errements que ne le sont ceux indiqués par l'écrit, puisque les circoostances ont changé,

o Ce serait de convenir que M. Dumotirîez se laisserait prendre prisonnier de guerre avec les deux fils du duc d'Orléans, point trf'S-capital ;

(I Qu'il procurât une ou deux places fortes on lejs autres avantages que Voire Aliesse jugerait convenables,

« Par contre, on s'engagerait à une somme stipulée, h une amnistie pour tels et tels, même à procurer une place honorable an service du roi de France,

11 Que le préliminaire à tout cela était do savoir ; si l'on voulait, et ce que l'on voulait.

« Que je ferais usage de tout cela auprès de notre cour, i.'t auprès de Voire Altesse, mais que le jugement que je portais de celte proposition n'étant que mon opinion propre, elle exigeait une sanction pour pouvoir Otre regardée comme quelque chose.

Il Dans toutes les hypothèses, je ne puis m'emp^cher de croire que la défection de M, Dumouriez serait toujours d'un trëfr^rand effet, ne fût-ce même que sur l'opinion du public factieux, qui, regardant cet homme comme la pierre angulaire de l'édifice révolutionnaire, se persuaderait qu'il doit crouler dès lorsque le personnage, qui en estl'étai, prouve lui-même qu'il ne peut plus le soutenir; car si Dumouriez se laissait prendre, on ne se tromperait pas sur ce fait eœprès.

11 Depuis bien longtemps , j'avais préparé des moyens d'aborder ce chef audacieux de la force révolutionnaire.

11 Après avoir exposé l'objet à Votre Altesse, j'attendrai qu'elle veuille rectifier mon jugement par le sien,

« J'ai l'honneur d'être avec respect, etc. "

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Sole a Son Âiiesie Sérinissime J/«' le prince de Saxe-Cobourg.

n La note ci-joiate était écrite, prête à être expédiée, au moment où je re^is de Maêstricht l'avis préliminaire de la grande journée du 18, Ce nouveau laurier, ajouté à tous ceux que Votre Altesse a déjà cueillis et cueillera encore, me procure la double' joie de l'importance de l'objet et d'en offrir mon compliment très-humble à Votre Altesse, qui est destinée à la gloire de sauver l'Europe du plus terrible des dangers que nous présente l'histoire des siècles.

« Sans savoir encore les détails de la victoire de Neerwinden, j'espère qu'ils décideront en grande partie du sort de cette campagne, et d'abord de celui des provinces belgiques. Tout cela est beaucoup et D'est pas tout, quand on considère jusqu'où la Mnésie d'une nombreuse nation eo délire peut s'obstiner dans les efforts et dans l'usage de ses immenses moyens. Celte considération et bien d'autres du même genre m'ont porté à ne pas supprimer ma note sur M, Dumouriei. Peut être sera-t-il conduit uniquement par les résultats de son imprudente audace; mais, s'il parvient, malgré des revers, à soutenir auprès de la Dation la magique influence qu'il exerce sur elle, alors il serait peut-être utile d'user des moyens propres à se débarrasser d'un adversaire au moins incommode par sa bouillante activité, qui électrise les hordes, d'ailleurs si mal composées, qu'il commande.

« J'ai l'honneur d'être avec respect,

« Mehcï Augexteau. »

« D'après les dépêches de M. le comte de Stahremberg à la cour, je vois se réaliser tout ce dont j'ai eu l'honneur de prévenir Votre Altesse sur l'apathie des Hollandais; on ne saurait être trop en garde contre cet inconvénient, qui pourrait influer de la manière la plus fôcheuse sur les opérations subséquentes auxquelles Votre Altesse se déterminera.

u M. le comte de Stadion a fait bon usage à Londres de ce que je lui avais suggéré pour presser la marche des tUoo- V rien s.

• Wesel, 31 man 1783. •

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E.rirail t£une lelli-e ik S. Ex. M. le baron de Breleuil du comte de Mercy-Argenlean. .

- Dusscidorf, le M mars l'<.)3.

« Je fais, monsieur rambassadeur, le vicomie <Je Caraman porleur de cette lettre, afin qu'il vous explique claireiiieiit tout ce qui a rapport à la note qu'il vous communiquera. Vous verrez si son objet peut vous convenir, et, sur ce que vous m'en direz, je m'occuperai volonliers des moyens de succès di; cet objtt. C'est à Londres que l'ouverture m'en a ùlé faite, douze ou quinze jours avant mon départ, avec le désir marqué de s'entendre avec l'Augleterre sur le point d'iniérût gémirai. •>

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CAPTIVITÉ DES COMMISSAIRES DE LA CONVENTION ET DU MINISTRE DE U GlERRK'.

Les quatre représentants du peuple. Camus, Latnarque, Quinette et Bancal, le ministre de la guerre Beurnonville, les secrétaires et officiers qui avaient déclaré vouloir partager leur sort, furent amenés au général Clerfayt qui commandait à Tournay. Leur premier soin fut de protester contre la violation du droit des gens, commise en leurs personnes; mais le général leur dît qu'il n'était qu'un subordonné; qu'ils devaient adresser leurs réclamations au princedeCobourg; que, du reste, en allait les conduire au quartier général de Moos où se trouvait le prince.

Arrivés dans cette ville, Cnbourç refuse de les voir et leur envoie son confident Mack. Celui-ci leur déclare qu'ils sont retenus en otages pour la reine et son Tils, et les engage h faire connaître à la Convention, que, si l'on allentait à ces personnes sacrées, leur tête en répondait. » Quant à moi, dit

1. Koiis nons puisé les éléments de cette note : 1° dans te rapport fait par Camut et tu su conseil dea Cinq-Centa les ii, n et 27 nivfiM m IV ; 2> dans une brochure dont nous ue connaissons qu'un seo] eiemplaira possédé par le Brilieh MuMom; elle est intitulée i Additiom au» rapporlidet repriientanti du ptupU Camu$, etc., et nous paraît l'œiiire de Camus, qui y a consigné plusieurs parti eu larilés qui n'ont pas pris place dans son rapport ofBcieft 3* dans Ses rapports enroy et i Vienne par le prince de Coixiurg et ensuite par les chers des escortes chargées de la tnaalatioa dea repré- WDtaata et de lean compagnoDS d'iofortuae.

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Camus, je n'ai aucun conseil à donner à la Convention et à mes collègues. Je sois captif et hors des terres de la République; je ne m'appartiens plus. — Vous partez de république, répond Mack, mais son existence nest reconnue par personne. Songez à Être pins réservé. Votre tête n'est pas bien solide sur vos épaules. — Que m'importe ! Penser-voos que parce que j'ai été trahi et livré aux ennemis de la France, je changerai de seotrinentetque vous me ferez craindre la mort? — Tel, qui semble bien hardi, change de ton lorsqu'il la voit de près. Songei qoe vous éies dans notre pouvoir, — Oui. libres dans vos fers, reprend un autre représentant. Quand on s'est engagé dans une révolution telle que celle de France, quand on a accepté d'être membre de la Convention, on a bien dû mettre dans son compte que l'on pourrait y pi'rir. Ainsi on tenterait inutilement de nous effrayer en nous représentant la mort comme plus ou moins prête à nous frapper. »

Mack, en se retirant, accorda aux prisonntei's la permission d'écrire. Ils en usèrent pour donner de leurs nouvelles à leiin. familles, mais ils s'abstinrent d'adresser un rapport à la Convention parce qu'ils étaient persuadés d'avance qu'il ne parviendrait pas à sa destination, Bcurnonville seul expédia à ses collègues du Pouvoir exécutif ta lettre suivante ;

■ Mon», le t avril 1703.

u Vous êtes instruits, sans doute, mes chers collègues, de mon arrestation et de celle des citoyens commissaires de la Convention nationale, au quartier général de Dumourirz, aiiï bains de Saint-Amand; les motifs qui y ont donné lieu sont faits pour faire époque, et ma stricte et étrange captivité ne me permet pas de vuus en présenter les détails, que la conduite future de Dnmouriez pourra seule, dans les circonstances, vous faire connaître.

il Je ne sais pas dans le cas de nae croire ni prisonnier de guerre ni prisonnier d'État. Il paraît ici que c'est à ce dernier parti que l'on s'arrfile; c'est ce que les nations peuvent ji'ger d'après le droit sacré des gens. Dans tous les cas, fçrme daus mes priucipes, ma vie ne sera jamais qu'un léger sacrifice à ma chirrc pairie, et ce tendre amour de mon pays, qui a tou-

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jours (liclé mes résul niions, sera toujours mon guide. Je dois cependant vous dire qu'à la grande surveillance pn'-s, que l'on observe près de moi, je suis traité avn: loiis les égards dus â mon rang, et que l'on agit de ni^me avec les ciioyens commissaires de la Convention dont je n'ai pas élé séparé.

Cl Nous partons aujourd'hui, dit-on, pour Maëstricht. J'ignore quelles seront les conséquences de cette étrange aventure, que je ne pouvais ni ne devais prévoir ; quels qu'en soient les résultats, je vous prie de croire aux sentiments inviolables que je vous ai voués; je vous prie de les transmeure avec mon hommage à la Convention nalioriale.

Il Le général d'armée minisire de la guerre, « Uelrsosvelle'. h

Lelcndemain on vint annoncer aux prisonniers qu'ils allaient Cire transfiTés à Maëstrirlil. Le voyage dura huit jours parce que l'escorte était composéo en partie de troupt's à clievai et en partie de troupes à pied. A clnque coucliée, un ractionnaire veillait loute la nuil, un sabre nu h la main, dans la chambre des prisonniers. Il n'y eut naturellement aucune lenlalive d'évasion. Mais plusieurs Tois les roprésenlants furent insultés. Un émigré, en les voyant, s'écria : Ah.! voilà ers mcssieuys qu'on a escroijnis! » Ce mot, au dire de Camus, peignait très-exactement la situntion.

Les roprésrntants et leurs compagnons arrivèrent à Maëstricht le 11 avril, lis y furent bien iraiiés; on leur laissa du papier, de l'encre et la faculté d'écrire; ils en profitèrent pour adresser h l'empereur des proleslations individuelles contre leur détention. Be ces protestaiioiis, une seule avait élé conservée par les commissHÏres français, c'était celle de Camus, il la donne en note de son rap|)ort; nous avons eu le bonheur de retrouver l'original de deux autres, celles de Quinctlc et de Lamarqiie; Il ne manque donc plus à l'hîsloire que celle di- Bancal; peut-;:tre sera-t-elle retrouvée un jour. Nous croyons devoir

1. Celle Ictlre ne fut pas inierrep1i>c , car nous avi.ns liwiiTdfiir Iw registres drï di^libiîmlion» du Pouvoir eipciitif la niendon de sn rùccpiion, it la date du 19 avril, et celle de son rcciToi au présiiluiit <1« la Coniention.

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donner in ea^tenso les deux pièces que nous avons exhumées de la poussière des archives viennoises :

 Sa Majesté l'Empereur el Bot

Nicolas Quinetlf-, membre de la Convention nationale de France

et l'un des commissaÎTes de la République

pris l'armée i^ue commandait le général Dumouriez.

« Comme il imporle à Votre Majesté, pour tïtre juste, de codnaStre la viJrité, je dois la lui dire sur les faits qui ont amené l'état d'oppression où je suis; ma situation éunt commune avec MM. Cnmns, Lamarque et Bancal, mes collègues, je parlerai tant en leur nom qu'au mien.

ic Chargés par }a Convention nationale de faire connalire à Ûumourici:, général de l'armée du Nord, le décret qui le mandait à la barre de l'Assembliîe pour rendre compte de sa conduite, nous sommes arrivés le lundi 1'^ avril au quartier général situé à Saint-Amand.

H Comptant pour l'exercice de noire magistrature sur l'empire de la loi et sur la soumission d'un soldat français, nous sommes entrés seuls dans l'appartement du général Dumouriei. Il nous a reçus debout, il était environné d'un nombreux éiatmajor.

H M. Beurnonvîlle, minislre de la guerre et adjoint à nos fonctions par le même décret, donna lecture de la loi. Dumou- . riez, étonné, déclara d'abord qu'il ne voulait point quitter l'armée dans la situation où elle était. Nous lui avons rappelé avec bonté sps devoirs et nous lui avons déclaré que nous reii>plirions le nôtre avec courage.

i( Le général Dumouriez resta longtemps agité; ensuite il s'abandonna à ses propres réllexions et à celles qu'une longue conTérence devait lui suggérer. Il reçut les conseils du général Valence ; ce dernier paraissait vouloir tout concilier, iUindiquait des termes moyens ; il s'aperçut bientôt que toutes nos réponses étaient dictées par la loi; elle dirigea toute notre conduite.

Il En effet, de retour auprès du général Dumouriez, l'un de nous lui dit ; « Citoyen vous connaissez la loi, il est temps de lui « obéir. — Kon, répondit-il. — Remettez -nous tous vos papiers.

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« — Non, messieurs. — Au nom de la nation cl de la loi nous <i vous suspendons de vos fonctions. »

« A l'instant, Dumouriez donne l'ordre de nous arrêter. Son état-major, composé en grande partie d'hommes étrangers à la France et à toutes les nations, répète l'ordre. Un détachement de hussards se précipite dans la chambre et nous presse. Comment cet ordre n'aurait-il pas été exécuté î il n'y avait pas un senl soldat français parn%i ces hussards.

- a Dumouriez, devenu citoyen rebelle, a violé ce qu'il y a de plus sacré parmi les hommes, dans les gouvernements et entre les nations : la liberté et la siireté des citoyens, le caractère auguste de représentant du peuple, et le caractère non moins respectable d'envoyé. Enfin il nous fait entraîner dans une voiture, une nombreuse escorte nous environne, des chefs insolents la commandent et, au moment où nous entrons sur le territoire ennemi, l'ordre est donné de nous assassiner si nous faisons le moindre monvement. M. Beurnonville, que Dumouriez appelait son ami, eut le bonheur d'échapper à vingt sabres dirigés contre lui.

(( Après avoir voyagé une nuit entière, par des chemins affreux, nous sommes arrivés àTournay, où l'on nous descendit au quartier général de Clerfayt.

i( Ainsi placés par la violence sous la domination de Votre Majesté, nous avons pensé que la trahison de Dumouriez n'aurait pas les suites qu'il en attendait, et que le droit des gens étant à notre égard la règle d'un gouvernement étranger, on ne balancerait pas à nous rendre à notre patrie. • « En effet, par quelles qualifications pourrait-on justifier notre situation présente?

H Nous appellera-t-on des prisonniers de guerre?Nous n'avons pas été pris sur le champ de bataille, ou les armes à la main; mais nous avons été lâchement livrés par un traître, à une époque m£me où il existait une trêve entre les armées ennemies.

« Nous donnera-t-on le nom de prisonniers d'État? Nous sommes citoyens français et non sujets de Votre Majesté. Nous n'avons commis aucun délit sur votre territoire; mais nous remplissions sur le nôtre les fonctions civiles dont la confiance publique nous avait honorés.

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H Voudrait-on nous considérer comme des otages? Votre Majesté s'apercevra facilemenl que ce serait une violation manifeste du droit des gens. Les otages sont le résultat d'une convention réciproque entre les gouvernements. On donne des otages, mais il n'est pas permis de les dérober, autrement les désordres les plus funestes à la société ravageraient toute l'Europe. 11 faudrait rompre toute communication entre les hommes et les nations, en un mot, il serait possible que les citoyens de tous les Étals de l'Europe, que des circonstances variées à l'infini retiennent en ce moment hors de leur patrie, fussent privé? tout à coup de l'espoir de la revoir jamais.

u Votre Majesté ne soultrira sans doute pas qu'on donne, en son nom, l'exemple de désordres qui outrageraient les lois saintes de l'Iuimanité et qui menaceraient de détruire les sociétés et les gouvernements,

« Tels sont les principes que nous avons fait valoir dans les conférenci'S que nous avons eues avec M. lo général de Clerfayt et avec M. le baron de Mack,

Il Tels sont les principes qui dictent la demande, que je fais à Votre Majesté, de me rendre à la liberté et à ma patrie. J'attends avec confiance sa décision, dans la pensée qu'elle sera conforme a l'humanité, à la justice et au droit âesgeQS, invariablement observé jusqu'à ce jour par les gouvernemenis pour leur propre sûreté et pour la conservation de la société.

te J'ai parlé comme homme et comme citoyen, mais ma personne conserve en tous lieux le caractère sacré de représentant du peuple français.

(1 N. OoNErre, Il Membre de la Convention nationale de France. Il MaCsIriclit, ce 11 avril 17S3, l'an 2' de l* Ré|)ubliqii« lïaafaise. •'

A S<t .Vnjeslé l'/^mpeietir ei Roi.

oMaP5triclit,ce 10 «rriinM.

u François Lamarqiie, niembie de ia Convention nationale de France, convaincu que dans tous les gouvernements de rEurope le droit des gejis est inviolable et sucré, même pendant la

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NOTES. GOo

guerre, crurt, dans la position où il se trouve, devoir à Votre Majesté IVxposé suivant :

« Le 30 mars dernier, le soussigné fut cliargé par un di'crpf de la Convention nalionate de se transporter, avec quatre de ses collègues, à l'armée française, qui se trouvait alors dans le département du Nord, d'y noLilier au général Dumouriez qu'il était mandé à la barre, et de prendre ensuite avec le général Beurnonville, ministre de la guerre, des mesures relatives â l'ârganisation et administration de cette armée.

« Qijatrc des commissaires nommés. Camus, Bancal, Qninette et le soussigné, se rendirent au quartier général de Dumouriez et lui firent connaître le décret de la Convention, en l'invitant à y obéir. — Dumouriez s'y étant refusé, les commissaires, après plusieurs représentations infructueuses, se virent forcés de hù déclarer qu'ils le suspendaient de ses fonctions : mais dans le même instant ca général, qui avait éloigné de son qunrlierlous les soldats français, et rassemblé autour de lui un i-égiment de hussards et quelques-uns de ces ollicici's qui ne tiennent à aucune nation, se déclara rebelle et lit arrêter les quatre commissaires de la Convention nationale et le ministre de la guerre.

« Jusqne-là le délit, quelque grand qu'il soit, n'intéresse que le gouvernement françnis, mais la suite est une violation manifeste du droit public qui lie, dans tous les temps, les nations civilisées, et qui mûmeau milieu de leurs divisions et . de leurs guerres doit être inviolablement conservé.

« A dix heures dn soir, les quatre commi-ssaires, le ministre et les autres citoyens fran<;ais qui venaient d'être arrêtés avec eux, furent enlevés par ordre du même général , tran.sportés par des chemins affreux liors du territoire français et livrés aux soldats de Votre Majesté.

« C'est par ces derniers qu'ils ont été conduits à Toumay, à Mons, âflSruxelles et enfm à Maëstricht, où ils sont actuellement détenus.

K l.e soussigné, seul dans ce moment, n'hi'wite point à réclamer, au nom de tous, le maintien du droit des gens que l'Europe respecte et qui a été violé à leur égard.

H II ne doute pas que Votre Majesté ne se liàie de coodaui-

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nor cette traliison horrible et sans exemple, par laquelle on voit un général français livrera l'armée ennemie quatre membres de la Convention nationale et un ministre de France, au motneni où, revêuis de pouvoirs publics, iis remplissaient sur leur lerriloire des fondions adminisiratives intirieures.

H Si un général autrichien, prussien ou hollandais, eût livré dans de semblables circonstances à l'armée française quelques mintslres ou membres du conseil de Vienne, de Prusse ou des Étals de Hollande, personne ne doute que la Convention nationale de France n'eût déclaré à l'instant même qu'elle ne peut ni ne doit profiter do ce nionsirueux avantage, qu'elle doit, an contraire, le rejeter avec horreur,

« Il importe, en efTet, à tous les gouvememenls qui veulent que le droit des gens soil respecté, de s'élever contre une conduite qui renverse ce droit, et qui, si elle était autorisée et imitée, pourrait être funeste demain h celui qu'elle favoriserait aujourd'hui.

i< Nous ne sommes point prisonniers de guerre, puisque nous n'avons pas été pris les armes à la main, ni d'après les lois de la guerre.

« Nous ne pouvons pas être prisonniers d'État, puisque nous sommes étrangers aux gouvernements qui nous retienneut et que c'est par un Français et pour faits relatifs au gouvernement français que nous avons été arrêtés.

<i Nous ne sommes pas non plus des otages, car la trahison ne peut pas en donner. Les otages seraient innombrables et il n'y aurait plus de sûreté nulle part, s'ils pouvaient se former ainsi '.

« Nous n'avons donc contre nous que la force ; mais les

I . a Lorsque CatniU«, géndral romain. Taisait 1> guerre aui habitants da PhaliTCf, un maître d'i^cole lui livra omme otcgca les enfauls ijes prindpaux hnbilants de crtte ville. Camille trouva cotlc action horrible, s 11 y i, "dit-il, dans la guerre lo m me dans la paii, des règles et des lois pour les D gens de bien; il ne faut pas devoir la victutro Ji des rnnyens honteux; un u bon général doit comptor sur sa propre vertu, et nullement sur U m^htn- ■■ celé cl sur la perfidie des autres, n fin mî'me temps, il renvoya libres les prL'tendus otages et ordonna n^ue le Irsltrc filt rnmenil à Plialères par ceui mêmes qu'il avait livrés, n

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nations de l'Europe sont trop sages pour faire de la force un droit.

« D'après ces principes, nous réclamons noire iibertii au nom de la nalion française, dont nous avons l'honneur d'être représentants, et au nom de la justice et du droit des gens qui doivent être sacrés pour tous les peuples.

Il F. Lamahol'e, Il Membre de la Convention nationale de France. »

Ces lettres restèrent sans réponse. Les quatre commissaires prirent alors lo parti d'adresser à l'empereur une protestation collective'; elle n'ent pas un meilleur accueil.

AussilAtque l'arrestation des commissaires et du ministre avait été connue de l'empereur, le président du conseil aulique, comte de Wallis, avait écrit au prince de Cobourg pour lui donner l'ordre d'envoyer fi Vienne les prisonniers. Voici en quels termes était conçue si dépêche :

Sérénissime Duc, gracieux Seigneur!

" Sa Majesté m'a chargé de faire connaître à votre Altesse Sérénissime, par le courrier qu'expédie à Bruxelles le chancelier antique néerlandais comte de 'l'rautmannsdorf, l'ordre souverain de faire transporter de Maëslricht à Vienne, et surle-champ, sous une escorte sûre, les prisonniers livrés par le général Dumouriez.

<i Seulement je prie Votre Altesse, comme le convoi aura à passer par l'Empire, de transmettre suivant les circonstances aux ministres respectifs les avis préalables néce.isnires, afia que, sur aucun point du parcours, il ne se puisse produire la moindre complication.

1. 1.6 rapport de Camus, en date do 23 nivfoe an IV, donne celte protestation coUertivG, ainsi que plusieurs Icltrcs adressées par Ica commissaires au colonel Uack et aui Ktats giïiiérauiL de la i^publique des Provinces-Unies, sur le territoire desquels les comniissiiircs se iroiivaient déienug à Maastricht.

DictizedbyGoOJ^IC

ftOS HISTOIRE DE LA TERREUR.

11 J'ai l'honneur d'être, avec la déférence la plus absolut'. « De Votre Altesse Sérénit-sime, (1 l'obéissant serviterur,

Il Comte DE Wale.is.

" Vicnro;,loll)»vtil 17'J3, « A S. A. M, le Duc de Saxe - Goboiii^, maréclial des armées, ^i

Le lendemain, le môme comte de Wallis modifiait ainsi les ordres qu'il avait envoyés la veille :

(I Très-Sérénissime Duc, gracieux Seigneur,

" Je trouve bon d'ajouter à la lettre que j'ai transmise à Votre Altessf! hier, par ordre de Sa Majesié, relativement au transport des prisonniers, la demandes! Votre Altesse, informée comme elle l'est des dispositions hostiles de la cour du Palalinat bavarois et de celles du ministère, ne juge pas utile O'effi'ctuer le transport de ces prisonniers en évitant le pssnge par le territoire du Palatinat b;ivarois.

" Et je demeure avec la déférence la plus compIMe « De Voire Altesse Sérénissime, H l'obéissant serx'itcur.

H M., comte de Wallis. i> . Vii-nn-, 11. llRvril 1793.»

Les prisonniers restùreiit à Maëstricht depuis le 11 avril jusqu'au 33 mai, jour où ils furent dirigés sur le fort d'Ehrrnbreitsiein cl confiés pour celte translation au major de Bradatsch.

Les ordres du prince de Cobourg étaient devenus plus .sévères, surtout en ce qui concernait les correspondances. On voulait se débarrasser de réclamations et do proiestatioQs auxquelles on ne savait que répondre.

Nous copions lextuellementces ordres' ; « On permettra aux

i. Jls sont il»l«9 du 21 mai 1793, du quartier BL'niinil de QuiOvrsiii.

SÛTES. .'i03

prisonoters, autant que leur santé l'eiigera, de prendre l'air, et, en tant que cela est compatible avec les règles les plus strictes de la sécurité, de se visiter à tour de rùle, ainsi qu'ils l'ont Tait à Maëstricht. On leur permettra aussi de se procurer avec leur ar^ni des livres et anlres objets inolTensirs, Mais, comme on a des moliTs de leur interdire toute correspondance cachetée ou ouverte, le générai aura à veiller à ce qu'ils ne puissent recevoir de lettres d'aucune sorte à moins qu'elles ne soient expédiées directement d'ici au général pour leur être transmises. Toute lettre quelconque ouverte ou cachetée, qu'ils voudront expédier par quelque voie que ce soit, leur sera rendue. J'en ferai autant s'il m'en arrivait ici émanées d'eux. Les prisonniers doivent élres traités sévèrement, mais convenablement et sans qu'il leur soit fait la moindre oiïense. u

Le même jour, le 21 mai, le prince de'Cobourg instruisait )e comte de Wallis, it Vienne, de la résolution qu'il avait prise de faire transférer les prisonniers à Khrenbreitstein par suite de la demande formelle du gouverneur de Maësiricht de l'en débarrasser.

Nous remarquons dans la lettre du prince de Cobourg le passage suivant ;

M... J'ai hésité à envoyer ces prisonniers à Vienne, d'abord parce que leur transport entraînerait des drlBcultés et des dépenses considérables, ensuite parce que, suivant toute probabilité, on peut présumer que plus nous pèserons sur le sort de ces misérables (dieser ehnden Menschen), plus les forcenés de Paris traiteront cruellement les précieux otages qu'ils ont au Temple, les comtes Auersperg et Lciningen, ainsi que les autres victimes qu'ils ont désignées comme contre-otages'. »

EhrenbreiUtcin ne devait pas être la dernière élape des . prisonniers. Au bout de six semaines, ils furent dirigés sur la

1. Lu Convention , en ipprcnsTit que ses commissaires avaient fité livr<>i ■nx AutrlchiRns, avait ordonné que plusieurs oflicicrs alleniands, détenus comme prisonniers de guerre à Strasbourg, Metz etChftlons, fussent amenés à Paris et servissent de conlre-otagcs. On avait choisi tous ceux qui, do près ou de loin, étaient présumés tenir.au roliége du Saint-Empire ou pouvaient avoir des liens de parentË avec le prince de Cobourg cl les auln» généraux de l'armée autrichienne.

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Bohême. En roule, Beiirnonville tomba si daD^reusement malade que force fut d'arrêter à Wurtzbourg tout le convoi et ensuite de séparer le général de ses compagnons d'infortuoe. Ceux-ci furent envoyés dans trois prisons différentes, mais subirent un traitement pareil, à savoir un mélange de rigueurs excessives et de précautions ridiculement vexatoires.

Camus et le secrétaire de Beurnonville, Villemur, furent envoyés à Kœnigsgnetz; Bancal et le domestique de Beurnoovillc, à Olmiilz ; l^marque, Quinetle et le secrétaire de la Commission, Foucault, au Spielberg.

Beurnonville, aussitôt qu'il fut rétabli, fut dirigé sur Olmûtz, et, par une rigueur incompréhensible, Menoire, son aide de camp, qu'on avait laissé jusque-là auprès de lut, fut conduit à Kœnigsgrsetz.

Relativement aux trente mois de captivité, que les victimes de la trahison de Dumouriez eurent encore à subir dans ces diverses pri-sons, nous renvoyons nos lecteurs au rapport de Camus. Qu'il nous suITise de rappeler que le 25 décemlHe 1795 {5 nivôse an IV) les quatre représentants du peuple, le ministre Beurnonville, ainsi que les officiers, secrétaires et domestiques qui avaient partagé leur sort, furent échangés contre l'orpheline du Temple, le dernier rejeton de la famille royale.

CORRESPONDANCE DES GÉNÉRAUX CT DES MINISTRES AVEC L'EMPEREUR D'AUTRICHE.

Le général CUrfaytau comle deiletiemich.

H Je m'empresse de faire part à Votre Excellence que le général Dumouriez m'a écrit ce matin, en m'envoyant comme prisonniers quatre envoyés de l'Assemblée conventionnelle, le général Beumonville et son aide de camp. Ils étaient envoyés pour l'arrêter et le conduire à la barre. Il m'écrit qu'ils l'auraient laissé assassiner en chemin : il les a prévenus et fait saisir. Je les ai fait partir sous bonne escorte pour Mons, où est le prince de Cobourg, et j'ai fait mettre le scel sur leurs papiers.

(I Le général Dumouriez m'écrit qu'il partira demain avec son armée pour détruire ceux qui s'opposent au bien général et rendre au royaume la paix et la tranquillilé. Je m'empresse à faire part de cet événement intéressant à Votre Excellence, et je suis, etc.

*i Clebfaït. »

le comte de Mellemich au comte de Trautmannsdorif.

t Braxelles, S stHI 1703.

(I Monteur le comte, « La nouvelle que M. le comte de Clerfayt vient de me

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Sli HISTOIRE DE LA TERREUR.

transmettre aujourd'hui par estafette est trop importante pour que je ne m'empresse point de la portera l'instant même de sa réception à la connaissance de Son Excellence, Cet événement semble prouver ce que l'on m'avait déjà fait pressentir, que M. Dumoui'iez avait deux grands objets en vue ; de s'attacher à l'un ou à l'autre, d'après les circonstances dans lesquelles il se trouverait; ou de régner sur la Belgique, le pays de Liège et la Hollande dans le cas où il parviendrait à consolider ses conquêlos; ou d'opérer une contre-révoluiiun eu France, s'il éprouvait des revers considérables, son désir ardent de jouer un grand rôle ne lui permettant point d'autre all^-native. Mais, d'un autre côté, cette ambition bien prononcée de M. Dumouriez me paraît exiger la plus grande attention; il serait dangpreux, sans doute, de se relâcher sur les mesures sérieuses qui doivent seuirs assurer la tranquillité de l'turope. Pour ce qui concerne ce pays-ci, l'enthousiasme, que l'on a montré an relour de nos troupes pour l'autorité légitime, se soutient parfaitement, et je me propose de faire passer incessamment k la cour des détails fort intéressants sur cet éiat de choses.

(i Je sais, etc.

(I METTEaSlCH-WlN.VEBOlBG. 1>

Le prince de Cobourg a l'empereur François II.

t Hons, S uirit n03.

n Au moment oit Votre Majesté recevra ce rapport, lùlle sera sans doute déjà informée, par le colonel Fischer et la relation du colonel Mack qu'on lui a remise, des grandes et importantes di.'ipositions du généra! Dumouriez, si importantes |x>iir la bonne cause '.

B Depuis lors, le colonel Mack a eu une nouvelle entrevue avec le général Dumouriez et ses compagnons les plus intimes, mais il les a trouvés aussi fermes et inébranlables qu'avant.

1. Cvlte relation <<ai celle de l'entrerue de H*ck avec Dumouriez à Aib, qui eue lieu duns lu nuit du K au W mars et que nous arons ncoDlih) en , dcjlail, pngo 3U!J <

DictizedbyGoOJ^IC

On lui a dit que Dumouriez lancerait ces jours-ci, le plus t6t possible, une proclamation adressée à son armée, dans laquelle il peindrait, avec des couleurs convenables, la Convention nationale et toutes ses horreurs, et que par là il s'efforcerait de stimuler et d'enflammer encore davanUge le courage des soldats, d'ailleurs déjà très-bien disposés pour la bonne cause.

a Dumouriez apprit en même temps au colonel Mack que des commissaires envoyés par la Convention nationale étaient arrivés à Lille, pour lui retirer son commandement; que ces commissaires ont l'intention d'en finir avec lui criminellement, en le faisant assassiner ou en l'emmenant à Paris ; mais que déjà il avait pris ses mesures pour faire arrêter ces commissaires et nous les livrer,

« Par ta lettre du général Dumouriez adressée au général Clerfayt, Votre Majesté verra que ce dernier événement a eu lieu en effet, et que le ministre de la guerre de Beumonville se trouve parmi eux. Je les fais transporter tous sous bonne escorte à Maëstricht, et j'écris au gouverneur prince de Uesse de s'occuper du nécessaire.

u On a notifié aujourd'hui l'armistice des deux côtés, et j'ai d'autant moins hésité à y consentir qu'il n'y a plus de doute que Dumouriez a réellement déclaré la guerre à la Convention nationale. D'ailleurs, mon armée, fatiguée et comptant à peine trente mille hommes, a sérieusement besoin de quelque repos. Pendant ce temps l'armée alliée prussohollando-anglo-hanovrieune se rapprochera de moi, et nous déciderons la suite des événements selon ce qui se passera en France. Du reste, d'ici à six ou huit semaines il m'est impossible de me procurer mon artillerie de siège, et cependant j'en ai absolument besoin.

u Sous tous les rapports, la décision du général Dumouriez ne peut ôtre qu'avantageuse pour la bonne cause, et c'est pour cela que j'ai fait tout au monde pour le fortifier dans son projet, et, s'il m'appelait à son aide et qu'il m'ouvrltles portes de la forteresse, je n'hésiterais naturellement pas un seul instant.

« Mais encore, en ce qui toache les opérations de Sa Majesté le roi de Prusse, j'espère que tout cela aura l'effet désiré. Dumouriez ne négligera rien pour mettre le général Custiae VI 33

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Sli HISTOIRE DE LA TERREUR.

dans ses intérêts, et une dame qui a beaucoup d'influeDce sur lui et qui est dëjà d'accord avec Dumouriez, partira demain ou apràswjemain pour se rendre auprès de Custine afin de le convertir. Si elle rëussit, il y a tout lieu d'espérer qu'il rendra spontanément ses conquêtes. Dans le cas contraire, il Taudca qu'il marclie avec une partie de son armée au moîDS contre Dumouriez, et alors la résistance à Mayeoce et dans les entrons sera beaucoup moins opiniâtre. Mais, pour compléter ce concours heureux des événements, il faudrait que Sa Majesté le roi eût déjà passé le Rhin avec son armée, et qu'il eût commencé son mouvement sur Hayence.

« COBOOBG.

a Uon«, s avril 1793. b

le comte ds Meuemich à S. Ex. M. le comte de Traulmannsdorlf.

a Monsieur le comte, a Votre Excellence a été informée par ma dernière lettre de l'événement extraordinaire auquel la conduite de M. Dumouriez a donné lieu ; je m'empresse de l'informer de la suite qu'il a eue jusqu'à présent. L'armée françai.'îe s'étant mise en marche sur Paris, M. Dumouriez, avec M. l'Égalité fils, s'était ménagé une entrevue & Boussu avec M. le prince de Cobourg, en présence de Son Altesse Royale, monseigneur l'Archiduc; mais lorsque M. Dumouriez a voulu rejoindre son armée, il s'en esi vu coupé par un détachement de gardes nationaux près de Condé; ils l'obligèrent de regagner le territoire autrichien à Bury, après que son valet de chambre et un ofDcier qui l'accompagnaient furent tués d'un coup de feu. H. Dumouriez a cependant trouvé moyen de joindre la seconde colonne de son armée; mais, s'étant aperçu qu'elle était parti^ée d'opinions, il s'est déterminé à rentrer sur notre territoire en y attirant les troupes qui lui sont restées fidèles et dévouées à son nouvrau système; de manière que ce général, avec M. l'Égalité fils, qui a repris aujourd'hui le nom de duc de Chartres, se trouvent maintenant au corps d'armée de M. de Clerfayt renforcé par plusieurs régiments français qui arrivent en grand nombre; M. le prince de Cobourg qui vient d'arriver à Mons m'a informa

. DictzedbyGoOgle

de ce nouvel élat des choses ; et, comme M. le maréchal se reod encore aujourd'hui à Anvers pour assister à la conTërence qui a lieu demain avec M. le stalhouder, M. le duc d'York, l'ambassadeur d'Angleterre et le ministre de Prusse k La Haye, je n'ai que le temps de faire part à Votre Excellence du premier aperçu de cet événement, puisque M. le comte de Slahremberg m'a invité par courrier, au nom de M. le prince slathoudi^r et des autres personnes qui se rendent à Anvers, d'assister aux conférences auxquelles se trouvera également M. de Valence, général français. Vous pouvez aisément vous persuader, monsieur le comte, que la tranquillité et le salut de l'Europe vont dépendre du développement de celte crise; il m'est difQcile en ce moment d'entrer dans tous les détails que les circonïitances fournissent; je n'en aurais pas moins h transmettre sur l'intérieur du pays, où j'ai déjà fait les premiers arrangements d'après les ordres de Sa Majesié renfermés dans mes inslruclions. En attendant que je puisse en faire part, je crois qu'il est de mon devoir d'informer du moîus Votre Excellence que tout va parfaitement bien, et je porte en ce moment à sa connaissance deux gazettes des Pays-Bas qui rendent compte de mes démarches à l'égard du conseil de Brabant et de la conduite que j'ai tenue vis-à-vis du magistrat de Bruxelles. Un rapport, que je me propose de faire passer ÎDcessamment par courrier, informera Voire Excellence plus au long de toutes les opérations. Les événements se succèdent avec une si grande rapidité, qu'il me serait difficile d'en dire plus en ce moment. J'attends M. le comte de Mercy un de ces jours; je suis désolé que ses arrangements ne lui permettent point de se rendre à Anvers; j'avais cependant pris soin de l'informer de la conférence.

« Je suis avec respect, monsieur le comte, de Votre Excellence, le très-humble et très-obéissant serviteur.

HBTTEBMCH WntKEBOUHO.

: ■ Bruielles, le 7 avril 1793 <. i>

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