I. Cette lettre nrrÎTa A Vienne le <6 avnl
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L'empereur Françoit II au prince de Cobourg.
« Le rapport que m'a fait le colouei Fiscber envoyé par vous, relativement à l'entrevue avec Dumouriez, m'a préoccupé à ce point que je ne puis tarder d'une minuie à vous traos- Diettre mes instructions. J'espère de votre zèle pour le bien général, pour la cause du repos à restituer à l'Europe entière, de votre dévouement pour moi, et de vos nobles sentiments auxquels la conservation de votre si grande célébrité vous fait un devoir de veiller, — que vous suivrez ponctuellement ces instructions, '
« La situation intérieure de la France est telle, que ce serait une véritable impossibilité politique de conclure la paix ou même seulement de consentir k des négociations préliminaires certaines. Tout ce qu'on pourrait dès lors entreprendre devrait tendre à gagner un homme important ou un parti, afin de s'assurer ainsi les voies et moyens nécessaires pour rétablir la paix plus facilement. Or, je vous laisse à vous-même le soin de juger si Dumouriez est cet homme, et si on peut avoir en lui la confiance qu'exigent de semblables et aussi délicates négociations. Dumouriez n'a-t-il pas honteusement trompé le duc de Brunswick par des négociations simulées, et n'a-t^il pas, après avoir ainsi gagné du temps ponr rassembler une armée nombreuse. et après que les armées coalisées d'Autriche et de Prusse se sont trouvées afTaiblies par cet incident si heureux pour lui, n'at-il pas, dis-je, rompu les négociations en s'excusant de ne pouvoir plus négocier, parce que la France venait d'être déclarée en république? Et c'est cependant lui qui a le plus fait pour qu'elle devint république. Dumouriez, par sa présence à Paris, n'a-t-il pas encouragé le meurtre du roi, et n'a-t-il pas, au moment où il se pi-éparait à attaquer vigoureusement la Hollande, et où, bien plus, il entrait déjà en^ Hollande, cherché à tromper lord Auckland par des négociaiionsî
« Dumouriez veut donner pour prétexte, que grâce aux progrès victorieux de nos armes la contre-révolution naissante est entravée, et qu'il en pourrait résulter itéra tivement une union de la nation entière, union qui serait dangereuse pour nous. Or, ce qui prouve que ce n'est qu'un prétexte, c'est que ce sont pré-
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cisément nos victoires qui ont rendu le courage ans royalistes, et qu'il est évident qu'une contre-révolution ne serait pour personne plus redoutable que pour lui et la faction orléaniste dont il est, lui, le véritable ressort moteur. Il est dès lors manifeste que Dumouriez n'a jamais été ni pu être sincère dans ses propositions, qu'il n'a jamais songé sérieusement à rétablir l'ancien régime ( à moins que ce ne f At avec Orléans comme roi ).
u Par les négociations commencées avec vous, Dumouriez semble avoir pour but de gagner du temps, afin de pouvoir anéantir par la force ses antagonistes à lui et ceux de son parti, puis d'empêcher le progrès de nos armes victorieuses et enfin de semer la défiance entre moi et mes alliés, par des négociations fréquentes avec lui et par notre inaction singulière. 11 faut que Dumouriez ait de doubles intentions par rapport aux conditions actuelles en France, d'abord, d'opprimer et de supprimer les républicains ainsi que les partisans de l'ancienne maison royale, et secondement de mettre le duc d'Orléans sur le trtue de France. Ces intentions se trouvent anéanties par nos instances. Il cherche donc à nous tromper par de feintes négociations sur les véritables intentions qu'il poursuit avec son parti.... »
(Il y a ici dans le manuscrit allemand une phrase complètement inintelligible.)
R ... Même une victoire moyenne Remportée sur nous {Dieu veuille que ce ne soit pas!) ne pourrait plus le sauver avec son parti, et c'est ce qui le pousse maintenant à recourir à son ancien artifice. La conquête des trésors hollandais a été sa seule < ressource. Or, il est obligé d'y renoncer désormais h tout jamais. Il ne lui reste donc plus qu'un seul moyen, et dont il s'est déjà servi deux fois avec tant de succès.
« Les deux Égalité, en faisant semblant de renier leur père, ont fait une gaminerie (bubenstùck) convenue par ces gens-là entre eux, car je tiens de source certaine que tout ce qui s'est passé entre Égalité et ses fils a été entrepris par ordre du père.
« Je vous ai exposé tout cela le plus minutieusement qu'il m'a été possible, afin que vous voyiez bien la nécessité de mes demandes. Ces demandes sont : Qiie vous ne vous laissiez aller,
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5t8 HISTOIRE DE LA TERREUR.
sons aucun prétexte, sous aucune eonditJon, ni par Dumouritz ni par qui que ce soit, à suspendre, fâl-ce un seul moment, la poursuite de vos opérations militaires, et que tout au contraire vous vous efforceriez d'entretenir et d'augmenter, sipossible, Ut appréliensions de l'ennemi cir<lessus mentionnées.
« Je voii!< prie donc de ne jamais donner à Dumouriet le plus pelîl espoir que vous arrêterez les opérations; mais, s'il renouvelle ses ouvertures, de vous borner à répondre : que rien ne me serait plus agréable que de voir Tordre rétabli en France directement par les efforts de ta partie bien pensante de la nation; que je persiste en attendant dans les principes justes et modèrrs que j'ai fait connaitre jusqu'à présent comme devant être introduits énentueUemcnt dans la forme gouvernementale future, et que Dumourie::, quand il aura affirmé par des actes les principes louables qu'il a déclarés ici, pourrait compter pour lui et ses coadjuteurs sur mon assistance et ma bienveillance.
« De plus je dois vous prier, si de semblables proposiiions vous sont faites dans l'avenir, d'en faire dresser chaque fois un procès-verbal circonstancié et de me l'envoyer sans retard. Au reste, je ne puis m'empêcher de vous témoigner ma pleine et entifere satisfaction de la conduite sagace et circonspecte que vous avez tenue en ceci.
ce Viennes arril 1703,
■1 François, m
L'empereur François au prince de Cobourg.
« Vous aurez pu voir toute ma pensée sur l'affaire Dumonriez par la lettre que je vous ai fiit parvenir par le colonel Fischer, Ce qne m'apprend voire rapport du 9 de ce mois me prouve, il est vrai, que Duraouriez est parti pour Paris pour se protiiger contre la faction républicaine; mais, comme dans sa lettre au feidzeugmeister de Clerfayt il n'explique point formellement si c'est Louis XVII ou le duc d'Orléans qu'il veut proclamer roi, force m'est toujours de douter de ses bonnes intentions à l'endroit de l'ancienne maison royale.
« Mais comme tout cela, quelque chose qui arrive à Paris, ne peut que nous être Irès-favorable, je ne puis que vous cxpri-
mer ma satisfaction pour tout ce qiie vous avei; fait en cette affaire. Mais je vous prie d'avoir coQstamment l'œil le plus vigi-' lant snrtoutcequîsepasseàParis, La grande conGance que j'ai en vous, d'une part, et que m'inspire votre circonspection habituelle, puis aussi la grande distance où nous nous trouvons fait que je dois me borner 6 vous recommander de faire tout ce que les circonstances exigeront, et de toujours m'infurmer sans retard de vos actes.
• Il va sans dire que, dans le cas où Dumoiirii^z proclamerait roi le duc d'Orléans, il ne devra nous demander aucune espèce d'assistance. Il serait à dësirer que nous pussions obtenir possession de l'une ou de l'autre des forteresses. Du reste, c'est encore nne fois les circonstances qui décideront du plus ou moins de durée de l'armistice; et, sous ce rapport aussi, je dois m'en rapporter h vous. Seulement je désire être informé minutieusement -et rapidement de tout ce qui se passe.
■ Vienne, 10 »ril 1793.
II François, h
L'empereur François au prince de Cobourg.
« Je vous ai fait connaître par ma lettre d'hier, qui a dû vous avoir été remise par le courrier baron Kleist, ma raliûca- Uon de l'armistice conclu. Mais, comme les événements qui se passent en France sont tels qu'ils doivent nécessairement favoriser cottsidérahlement les opérations de mon armée, comme de plus, si le bruit qui se répand que cet armistice doit <^.tre prolongé se confirme, je m'exposerais au danger de voir les alliés profiter de la circonstance et conclure de leur côté un armistice qui nous nuirait, ou tout au moins, je risquerais qu'ils nous fassent le reproche de les avoir abandonot^-s, en les exposant seuls au choc des forces françaisps , comme enfin il vous sera facile, si voire matériel de siège tarde trop longtemps à vous arriver, de vous procurer, en attendant, de l'artillerie hollandaise et anglaise, comme encore vous pouvez, pour vous renforcer, réunir à vous les troupes hollandaises, anglaises et hanovriennes, comme nnalement Dumouriez doit «tre arrivé à Paris à l'heure qu'il est et que la confusion et la
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çonslematioD doientavoir atteint maiotenant le plus haut âsgré en France, je vous prie, à la réception de la présente, de déclarer immédiatement que, sur mon ordre, l'armistice sera rompu sur l'heure, puis de pénétrer aussi rapidement et aussi vigoureusement que possible sur le territoire français, et, s'il ne vous est pas possible d'attaquer tout de suite une forteresse importante, d'en emporter au moins une moyenne.
Il La manière dont la France est tombée sur moi en me faisant la guerre ne me permet pas de considérer si Dumouriuz a proclamé roi le duc d'Orléans ou Louis XVII. Le devoir qui m'incombe comme mouarque me commande de tirer le plus grand avantage possible de la confusion qui existe chez l'ennemi. Je vous prie donc d'avancer en France avec toute votre circonspection, avec toute votre résolution, mais surtout d'occuper celles des forteresses qui forment, du c6té de la France, la barrière des Pays-Bas.
•> Vienne, 11 aTril 1793.
11 François. »
Le baron de Thugut au général Wurnuer.
(1 Très-noble comte de l'empire,
u Votre Excellence est sans doute déjà informée des propositions que Dumouriez a faites au prince de Cobourg. Elles consistent essentiellement en ceci, que, pour rétablir l'ordre à l'iutérieur, il veut s'employer énergiquement avec ses troupes si, pendant ce temps, nous suspendions nos opérations de guerre. Le commandant en chef s'étant borné à transmettre purement et simplement cette proposition, il est arrivé dans l'intervalle, ainsi que Votre Excellence l'a sans doute déjà appris également, que Dumouriez, pour affirmer ses prétendues bonnes dispo^tions, a livré au prince de Cobouig avec tout ce qu'ils possédaient le ministre de la guerre français Beumonville et quelques autres membres et employés de la Convention nationale qui étaient venus pour l'arrêter et, à ce qu'il prétend, pour le massacrer. A cette occasion, il a également donné au prince l'assurance qu'il allait se porter immédiatement, avec son armée,
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contre Paris et contre la Conventioa nationale, pour y humilier la faction qui domine et accomplir ses promesses.
a Quelque satisfaisante que soit cette résolution et quelque désirable qu'en soit la mise à exécution, puisqu'elle peut contribuer d'une manière ou d'autre au succès de nos entreprises. Sa Majesté persiste cependant dans la décision prise par Elle à notifier au prince, dès la première nouvelle annonçant les propositions faites par Dumouriez, décision portant qne nonobstant cette déclaration favorable en apparence, nos opérations de guerre devront être reprises aussi rapidement que possible, et devront €tre poussées de tous les côtés avec toute la vigueur possible, attendu que Sa Majesté ne vent pas faire dépendre d'événements fortuits la continuation d'une campagne commencée si glorieusement, et considère bien plutôt, comme tout à fait favorable à la poursuite du but final, précisément ce moment où l'apparition de Dumotiriez. entrant avec son armée dans l'intérieur du pays, doit nécessairement y porter au plus haut degré la confusion et la terreur.
(1 Sa Majesté a fait transmettre à Sa Majesté le roi de.Prusse la résolution ainsi arrêtée. Elle ne doute pas que, de son côté. Sa Majesté prussienne ne voudra, elle aussi, se servir de ces circonstances favorables pour commencer rapidement ses entreprises. Je crois bon de notifier tout spécialement à Votre Excellence ces résolutions de Sa Majesté, afin que Votre Excellence puisse prendre les mesures voulues dans ce sens, non-seulement en ce qui touche les projets et entreprises ultérieurs, mais aussi dans les circonstances où il s'agira de ranimer l'activité du concours prussien, et de formuler en conséquence les représentations djrectes qu'il y aura lieu de faire au roi môme.
i< Comme il m'est personnellement agréable et souvent même utile d'entretenir une correspondance avec Votre Excellence, je la prie de m'envoyer de temps en temps, suivant que ses grandes occupations le permettront, des informations sur les choses les plus essentielles qui se passent là-bas, et de me . communiquer ses idées relativement aux espérances possibles, aux moyens qui pourraient aider au succès de nos entreprises, et aux obstacles, s'il en existe.
n Votre Excellence m'obligera par là irès-particulièrement.
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SîS ' HISTOIRE DB LA TERREUR.
et je m'efforcerai coDstamment et vivement de saisir toDte occasion pour donnera Votre Excellence des preuves du vér>> table dévouement et du respect distingué, avec lesquels }e demeure, de Votre Excellence
« L'obéissant serviteur, baron de Tbugut. > Vienne, le 14 »vril 1793. ■
Rapport du priiice de Cobourg à F Empereur.
u Par mon dernier rapport. Votre Majesté a été informée de la démarche décisive que le général Dumuuriez a osé entreprendre aûn de rétablir l'ordre et la tranquillité dans sa malheureuse patrie et la .sauver si la chose est possible.
« Le mémoire ci-joint contient la relation complète de tout ce qui s'est passé pendant les négociations, et fait connaître les suites qu'elles ont eues.
« Ces suites n'ont point eu, il est vrai, pour le rétablissement du repos en France, un résultat aussi favorable que le général Dumouriez croyait ou paraissaitcroirequ'ellesauraient. Cependant, pour ce qui nous toiiclie, il nous en reste toujours un avantage essentiel, inappréciable, c'est que, aidés par les projets et les démarches du général Dumouriez, nous avons pu marcher en avant à partir de Bruxelles et occuper une partie des Pays-Bas sans aucune perle, et que l'armée ennemie a perdu un général aimé et estimé d'elle par-dessus tout, et a perdu aussi plusieurs autres généraux, ainsi que diverses divisions d'infanterie de ligne, dont une partie a, ou bien passé chez nous, ou s'est dispersée en regagnant ses foyers. De plus, la haine entre l'infanterie de ligne et la garde nationale a considérablement augmenté. Enfin nous sommes devenus maîtres des camps importants de Maulde et de Bruille. et nous sommes rais à même de pouvoir bloquer Gondé.
« Les proclamations dont il est question dans le mémoire du colonel Mack sont jointes à la présente.
« A. C'est la déclaration que le général Dumouriez a lancée la première dans son armée'.