QUATRIÈME CATEGORIE
SËR^IIADI ËI OTFICIERS LIVRÉS PAU DVIIOIIRIEZ ADÏ IUTBICDIENS.
Beubn-o\vu.lb était lieutenant général depuis le commencement de 1792, Comme les quatre commissaires de la Convention, il resta trente mois dans les prisons de la coalition; comme eux aussi, il fut écliangé contre la fille de Louis XVI, le 5 décembre 1795. A peine avait-il été livré aux Autrichiens par Dumouriez, qu'il était dénoncé à la Convention comme un traître par Dubois-Crancé et Robespierre (13 avril); bien lui en prit de n'être plus à leur portée, car on le dévouait h l'échafaud au moment où il affirmait son amour pour la patrie par une rude et longue captivité. Rentré en France, il fut employé aux armées, devint ambassadeur en Prusse, sénateur. La restauration le Ht maréchal de France.
Pille fut é!u lieutenant-colonel du premier bataillon de la C&te-d'Or au moment de la première réquisition. Il était adjudant général lorsqu'il fut arrêté, le 2 avril, au camp de Bruille par ordre de Dumouriez. Rentré en France six semaines après, ainsi que nous le verrons plus bas, le ministre de la guerre, Bouchotte, le nomma un de ses adjoints. Lorsque les ministères furent absorbés par le Ccmilé de salut public, Pille resta à la (été de la commission spécialement chargée du mouvement des troupes et devint de fait ministre de la guerre. Dans les annuaires ofllciels, il est inscrit en cette qualité du
10 prairial an II à brumaire an IV. Il fut plus tard nommé inspecteur général aux revues et créé comte sous l'Empire.
Chérin était le fils du fameux généalogiste de la cour de Louis XVI et avait succédé à son père très- peu de temps avant la Révolution. L'abolition des titres ayant rendu son emploi inutile, il panit avec la première réquisition en «tualité de souslieutenant de volontaires; il était adjudant général lorsque Dumouriez donna l'ordre de i'arrSier avec Pille, Chérin avança rapidement, devint chef d'état-major de Hoche, puis de Masséna. Il fut nommé, en fructidor an V, général de division et commandant de la garde consiitutionnelle des Conseils. Deux ans plus lard, Chérin tombait glorieusement sur le champ de bataille de Zurich.
Les noms des volontaires livrés aux Autrichiens sont ainsi indiqués dans une lettre du lieutenant général, comte de Weideren, gouverneur de Maëstricht et dans le rapport de Camus, p. 58:
Lecointre, capitaine de canonniers;
David, lieutenant au 2"' bataillon de Saône-et-Loire ;
Montigny, Dubois, Luquet, Leblond, sergents-fourriers au même bataillon;
Charve, canonnîer au 1" régiment d'artillerie.
Le prince de Cobourg , auquel on les avait livrés comme des assassins, les envoya à Maëstricht, après leur avoir fait mettre les fers aux pieds et aux mains,
La Convention s'émut à plusieurs reprises du sort de Lecointre et de ses compagnons. Par ordre du Comité de salut public, le ministre des affaires étrangères, Lebrun, écrivit an prince de Cobourg la lettre suivante :
(( Monsieur, par un décret de la Convention nationale dont vous trouverez la copie ci-jointe, le Conseil exécutif provisoire de la République française a été chaîné de réclamer la liberté du citoyen Lecointre, capitaine des canonniers du 1" bataillon de Seine-et-Oise, actuellement détenu dans votre armée comme
DictzedbyGoOglC
570 HISTOIRE DE LA TERREtJB.
prisonnier de guerre. Les circonstances qui ont accompagné l'arrestation de cet officier ne vous laisseront aucun dout« sur la justice de cette réclamation. Voici le fait :
a Le 2 de ce mois, le perGde Dumouriez fit porter, par une ordonnance de son quartier général de Saint-Amand, au citoyen Lecointre une invitation de se rendre auprès de lui pour prendre communication d'une lettre que le général supposait avoir reçue du citoyen Lecointre père; le fils, ayant reçu le même soir le billet du général, se rendit le lendemain au quartier général, d'où il fut enlevé et livré par Dumouriez au général autrichien.
« Ce qui distingue, Monsieur, les nations civilisées des hordes sauvages, c'est que, mâme au milieu des horreurs de ia guerre, elles reconnaissent des lois qu'un usage constant des peuplesa sanctionnées. Si ces lois étaient méprisées, l'Europe retomberait bientôt dans la barbarie d'où elle n'a été tirée que par les eiïorts d'un grand nombre de générations.
« Vous honorez trop. Monsieur, les armes dont vous faites profession, pourne pas rendre hommage à cette vérité. Lecointre vous a été livré par la trahison ia plus atroce. Attiré dans les filets d'un général perfide par te sentiment le plus cherà la nature, par la tendresse filiale, et en même temps par son obéissance aux ordres de son chef, il ne peut être considéré comme prisonnier de guerre. Je puis vous le dire avec la franchise d'un républicain : sa détention serait un, opprobre pour l'armée que vous commandez,
Il Ce n'est pas à votre indulgence, c'est à votre justice que j'en appelle. Le peuple français, et c'est en son nom que j'ai l'honneur de vous écrire aujourd'hui, ne connaît pas les sollicitations; il demande ce qui lui paraît juste, il le demande avec énei^e, et en cas de refus il connaît le droit des repré sailles. Quelque terrible qu'en soit l'exercice, le blâme retombera sur ceux qui les auront provoquées; la postérité impartiale en jugera.
« Si des succès passagers pouvaient éblouir les ennemis de la France, ils devraient se souvenir qu'ils les ont principalement obtenus par la trahison de quelques généraux. Les exploits de la dernière campagne attestent l'énergie et les res-
sources du peuple français. De nouveaux succès pourront lui rendre sa supërioritë, lorsque les armées seront purgées de tous les traîtres. Je ne sais où le portera alors la juste indignation contre des ennemis qui, abusant d'un moment de [m)spérité, auront foulé aux pieds tous les droits de la guerre et donné à une armée victorieuse l'exemple funeste de ne consulter que son ressentiment.
u Je n'insisterai pas davantage. Monsieur, sur l'illégalité de la détention du citoyen Lecointre. Comme ministre des affaires étrangères, je suis chargé de vous demander le renvoi de ce prisonnier, et, en cas de refus, de vous déclarer que le peuple français usera de tous les moyens qui sont en son pouvoir pour venger cette infraction gratuite des droits de la guerre, et qu'il en.rendra responsables ceux qui auront nécessité cette juste vengeance. J'aime à croire, Monsieur, qu'après avoir mûrement pesé les suites fâcheuses qu'entraînerait, cette détermination, vous rendrez justice aux motifs d'humanité qui ont engagé le conseil exécutif provisoire à vous prévenir des intentions du peuple français, et que vous prendrez toutes les mesures qui dépendront de vous pour ne pas ajouter de nouvelles calamités k la guerre actuelle.
H J'ai l'honneur d'être, avec une considération distinguée,
« Monsieur, Il Votre très-humble et très-obéissant serviteur.
« LEBnUN. I)
Cette lettre émut Cobourg; il ordonna de faire revenir des prisons de Maëslricht Lecointre ainsi que ses compagnons d'infortune, et daigna. même prescrire quelques égards en leur faveur. Comme ils ne pouvaient faire la route à pied à raison de leur longue détention, est-il dit dans la lettre du gouverneur de Maëstricht, ou plutôt à raison des traitements inhumains dont ils avaient été l'objet, on fut obligé de les reconduire en voiture. Cobourg. qui voulait bien rendre les prisonniers de peur de représailles, mais qui tenait à injurier la République et ses défenseurs, écrivit en les renvoyant la lettre suivante, dont l'insolence n'a pas besoin d'être signalée :
DictizedbyGoOJ^IC
B't HISTOIRE DB LA TERREUR.
Au général Dampterre.
« Il m'est parvenu, il y a quelques jours, nne lettre de M. Lebrun de Paris, dans laquelle il m'adresse de longs raisonnements et de longues menaces pour m'engager à rendre ta liberté au capitaine Lecointre. Comme je n'ai pas l'honneur de connaître M. Lebrun, et qu'en qualité de général d'armée je ne corresponds qu'avec les généraux ennemis, je vous prie. Monsieur, de vouloir bien lui répondre en mon nom que sur les détails qu'il m'a donnés sur un objet dont la multitude d'affaires beaucoup plus importantes m'avaient empécbé de m'occiiper. et d'après les recherches que j'ai faites à cet égard, je donnerai des ordres pour que le capitaine Lecointre soit reconduit avec égard aux avant-postes français. Non-seulement je ne fais aucune difiiculté de rendre cet olGcier, mais je suis prêt aussi à renvoyer avec lui cinq autres per^nnes parmi lesquelles est un lieutenant-colonel. On me les avait remis comme des assassins ; je vous abandonne le soin de les récompenser ou de les punir... »
Pille et ses sept compagnons d'infortune furent rendus aux avant-postes français le l/i mai. Trois mois aprcs, les six volontaires de Saôno-et-Loire paraissaient à la barre de la Convention pour recevoir chacun un brevet de sous-lieutenant et une indemnité pécuniaire. Malheureusement toutes nos ixcherches pour savoir ce que ces sis officiers et le capitaine Lecointre sont devenus ont été infructueuses.
CINQUIÈIUB CATÉGOBIE.
GïnÉBAix ET ornciEns qc[ ir. %ofCT otcuttiti coi
Pour mettre plus d'ordre dans la nomenclature des généraux et officiers compris dans celte catégorie naturellement de beaucoup la plus nombreuse, nous rangerons les personnages. non d'après leur grade, mais d'après les événements auxquels
ils furent mêlés.
DovAL avait Irente-cinq ans de service en 1793 ; i! fut nommé le 23 mars 1792 colonel du 6' dragons; le 7 septembre 1792, maréchal de camp; le 3 janvier 1793, lieutenant général. Suspect à raison de ses anciennes liaisons avec Dumoutiez, il fut suspendu de ses fonctions par Boucholte en <»ptembre 1793, et ne reprit plus de service. Il mourut en l'an XI à Montreuil.
SAiNT-GEoncEs, né à la Guadeloupe le 25 décembre 17(|5, avait organisé k ses frais, mais avec subvention du gouvernement, en vertu de la loi du 7 septembre 1792, la Légion franche des Américains du Midi, qui devint bientôt te 13* chasseurs. Il s'en fit naturellement nommer colonel. Durant la Terreur, il fut arrâlé et ne fut mis en liberté que le 9 thermidor. Il rentra dans la vie privée et mourut à l'âge de cinquantequatre ans, le 12 juin 1799.
Dumas (Thomas -Alexandre) était dragon de la reine en 1786. Saînt-Geoi^es le prit pour son lieutenant-colonel lorsqu'il organisa la L^ion des Américains du Midi. Le 30 juillet 1793, Dumas fut nommé général de brigade, et le 3 septembre de la même année, général de division. Il fut un instant général en chef de l'armée des Pyrénées-Occidentales, puis des Côtes de Brest. Lors de l'expédition d'Egypte, il fut fait prisonnier par des corsaires barbaresquea, rentra en France en l'an X et y mourut en 1806, à Villers-Cotterets.
Macdonald (Alexandre). Nous nous dispenserons de faire la biographie de cet homme célèbre. Nous nous bornerons à indiquer les grades qu'il occupa pendant les années 1792 et 1793.
17 juin 1792, aide de camp de Beurnonville ;
12 novembre 1792, aide de camp de Dumouriez ;
1" mars 1793. colonel du 2» régiment d'infanterie;
26 août 1793, général de brigade.
Nous avons retrouvé les deux pièces suivantes, toutes deux relatives à la part que prit Macdonald à l'affaire de la Madelaine :
a Nous, représentant de la nation, député par la Coo-
DictizedbyGoOJ^IC
S7â HISTOIRE DE LA TERREUR.
veniion nationale aux armées du Nord et des Ardennes, sur la demande qui nous a été faîte par le général La. Morlière du citoyen Macdonald actuellement colonel du 2* régiment d'infanterie pour adjudant général de son armée, et d'après le compte avantageux qu'il nous a rendu des services et des talents dudit citoyen, qui s'est porté le premier à un acte de vrai civisme après la trahison de Dumouriez en arrêtant luimême son complice Devaux, nous autorisons le général La Morlière à prendre pour adjudant général le citoyen Macdonald, le chargeons de le faire remplacer sur le champ dans son emploi de colonel dudtt 2' régiment par le citoyen Rournet, lie u tenant-coi on el dudit régiment, nommé provisoirement adjudant général parle général Dampierre, et de faire exécuter de suite le remplacement à ce corps conformément aux lois militaires.
« Gaspamk.
> une, 13 Mril 1793. >
ABMËE DE LA RËPtlBUQUE UNIE AOX ULLOIS.
Macdonald, chef de demi-brigade, au cîloyen Félix, adjoinl au minUtre de la guerre pour la 6' division.
« J'ignore, mon cher Félix, les raisons qui engagent les commissaires de la Convention nationale à me faire adjudant général et à donner le 2° régiment à Soumet; celui-ci se plaint qu'on lui fait un pas^-droît. Je ne quitterai cependantpas le régiment à moins de passer dans un autre. Mais, pour être adjudant général, je refuse net. Ils n'ont rien à me reprocher, ils ont pris des informations sur ma conduite qu'ils ont trouvée coNFonuE {sic). Avant que le traître ne se démasquât, j'avais énoncé mon opinion sur la singulière démarche que l'on nous avait fait faire d'Orchles à Lille; j'ai arrêté moi-même le complice Devaux, quoique mon ami ; c'est moi qui ai organisé et formé le camp de la Madelaine.
i( En voilà trop long, vous verrez la conduite que j'ai tenue ; tout est à l'impression,
u Macdonald. n
DictizedbyGoOJ^IC
• ÉVKNBMBNTS DB VALENCIENKBS ET DE CONDÉ.
Ferrand élait un vieux militaire qui avait élé fait général de brigade le 8 mars 1793. Il fut nommé général de division, ait moment même où, après la défection de Dumouriez, les Autrichiens investissaient Valenciennes. Il défendit vigoureusement cette place. Ce ne fut qu'après un siège de trois mois et un bombardement de quarante-trois jours, qu'il se rendit prisonnier de guerre avec toute sa garnison. Traduit au tribanal révolutionnaire, il fut acquitté, mais ne recouvra sa liberté qu'après le 9 thermidor. Sous le consulat, il fut, pendant dixhuit mois, préfet de la Meuse-Inférieure.
Davout. Mous n'avons pas l'intention de refaire une biographie qui vient d'Stre si bien faite par M. de Chénier, neveu d'André Chénier : Histoire de la Vie militaire, politique et administralive du maréchal Davout, duc d' Auerslxdl, prince tTEckmuhl. Nous préférons donner quatre pièces authentiques qui montrent quel cas on faisait^ en 1793, des services du jeune officier bourguignon, et quelles difficultés éprouvaient les officiers les plus distingués par leur courage et leur civisme, s'ils avaient le malheur d'appartenir à ce qu'on appelait alors la caste nobiliaire.
les représenlanls du peuple près l'armée des côtes de la Bochelle réunis en Commission centrale i Angers.
n Sur l'observation faite par un membre de la Commission, que le ministre de la guerre, ayant tardé trop longtemps à employer dans cette armée, ainsi qu'il en avait été requis par le Comité de Salut public de la Convention nationale, le citoyen Louis Davout, lieutenant-colone! du troisième bataillon de l'Yonne et chef de brigade dans l'armée du Nord ; de concert avec le citoyen Ronsin , adjoint du ministre, il lui avait écrit de se rendre sans délai auprès de la Commission pour être, par elle et par le citoyen Bonsin, employé en qualité d'adjudant générai, dans le cas où le ministre ne lui en aurait point encore donné l'ordre; qu'il vient d'arriver à l'instant et qu'il demande à être mis promptomeni en activité.
DictizedbyGoOJ^IC
Ji76 HISTOIRE DE LA TERREnR.
•I Considérant que le citoyen Davout [Louisj a donné, en plus d'une occasion, des preuves non équivoques de patriotisme et de courage, et notamment en poursuivant; avec vigueur dans sa fuite le Iraitre Dumouriez, ce que la Convention nationale a reconnu en décrétant que le bataillon qu'il commandait avait bien mérité de la patrie; considérant aussi que ses talents militaires lui ont valu plusieurs succès l'année dernière eu attaquant difTi^rents postes autrichiens, que dans une armée nouvellement organisée, telle que celle des eûtes de la Rochelle, il est essentiel d'avoir des agents militaires qui aient déjà beaucoup d'expérience dans le métier des armes, arrêtent que le citoyen Louis Davout sera employé provisoirement en qualité d'adjudant général chef de brigade dans l'armée des cdies de la Rochelle et que le général en chef Biron est invité à lui faire connaître promptement à quelle brigade il peut être attaché.
u fiounaoTTE, KicttARD, président, L. TonnEAU, A. GougiLt.EAu, Tallien, p. Choudieu.
•lAAo^n, le S Juillet 1703. >
Louis Davout à BoudioUe, minisire de la guerre.
M Le conseil exécutif provisoire, par un arrêté pris dans le courant de juillet de cette année, m'ayant nommé général de division auprès de l'armée du Nord, je déclare que je ne pnis accepter celte place, parce que j'ai été noble. Je donne, par la même raison, ma démission de ma place d'adjudant général chef de brigade, à laquelle j'avais été promu par les représentants du peuple près de l'armée des cêtes de la Rochelle, étant chef du troisième bataillon de l'Yonne qui était à l'armée du Nord.
« Je vous prierai, citoyen, de me donner un reçu du contenu de la présente lettre,
n Louis Davout.
H Paris, le 39 wAt 1793, l'an H de It riipubtique uneet tadi visible •
Le ministre de la guerre à Louis Davout.
« J'ai reçu, citoyen, votre lettre du 29, par laquelle vous
déclarez que vous oe pouvez accepter le grade de général de division, auquel lecooseil exécutif provisoire vous avait nommé, parce que vous avez été noble ; vous donnez par la mâme raison votre démission de la place d'adjudant général chef de brigade à l'armée des c&tes de la Rochelle, à laquelle vous avez été promu par les représentants du peuple pr^ l'armée du Nord, étant chef de bntaillon au troisième de l'Yonne. La manière distinguée dont vous vous êtes conduit dans ce bataillon, le républicanisme et l'énergie que vous y avez développéa contre le traître Dumouriez qui n'a échappé que par hasard au feu que vous avez fait faire sur lui, tout nous faisait espérer que vous pouviez rendre de bons services à la patrie dans ce moment. Hais vous avez pensé que l'opinion générale et le vœu des sociétés populaires, fortement prononcées pour l'exclusion des ci-devant nobles des premières fonctions militaires, ne vous permettaient pas, quant à présent, d'inspirer dans l'armée le d^ré de confiance nécessaire pour y être aussi utile que vous le désireriez. Je me rends avec beaucoup de regrets à la résolutioit que vous avez prise de vous retirer chez vous, en applaudissant à votre projet de vous y livrer à l'étude militaire et à la pratique des vertus civiques, jusqu'à ce que le souvenir de votre origine ne soit plus un obstacle à la confiance publique, qui vous est due personnellement. Vous pouvez vous présenter au bureau des fonds, première division de ta guerre, à M. Gustetibre, à qui j'ai donné ordre pour vous rembourser de voire transport de l'armée du Nord à celle des côtes de la Rochelle et retour.
u Nota. Le ministre a accordé 1,000 fr. »
Tareau, représentant du. peujite pris les armées des Alpes et d'Italie, au citoyen Pille , commissaire du mouvement des armées de terre.
a L'an II de la République , ta 20 Tend é ai i a ire.
S Tu te rappelles sans doute, citoyen, qu'avant mon départ pour l'armée d'Italie je t'ai entretenu du citoyen Davout, ancien lieutenant-colonel du troisième bataillon de l'Yonne, et ton camarade de guerre à l'armée du Nord. Carnot, à qui j'ai remis VI 37
DictizedbyGoOJ^IC
les notes les plus avantageuses sur son compte, m'a dit qu'il ëtait au nombre des citoyens mis en réquisition, et que son iDteDtion ëtait de l'employer à l'armée des côtes de Cherbourg; ne perds pas un instant à rappeler à Camot cette affaire qu'il m'a assuré être terminée. Sous tous les rapports, Davout, que tu connais, a des droits acquis à l'honneur de la réquisition; ces droits sont révolutionnaires, et tant qu'il y aura un ci-devant noble dans les armées, celui-ci, qui n'a eu que le malheur de la naissance sans avoir jamais exercé les droits iniques qu'elle assurait, qui en était au contraire la victime, ne doit pas être condamné à une inactivité nuisible à la chose publique qu'il peut défendre, et injuste pour lui. Si Camot n'a point encore assuré sa destination, dis-lui que la seule crainte de Davout serait d'être employé dans une armée oh il n'aurait pas une grande activité.
« le crois avoir oublié dans les notes recueillies sur son compte, son adresse'; la voici : — Davout, à Ravières, par Ancy-le-Franc, département de l'Yonne.
« Je n'ai pas besoin d'exciter d'avance ta sollicitode snr cette alTaire, qui, je le répète, tient beaucoup plus k l'intérêt de la République qu'à celui de l'individu.
« Vois Carnot, vois Delmas; ce dernier connaît particulièrement Davout; communique-leur ma lettre et fais avec eoi disparaître toutes les longueurs qui pourraient exister.
Il le t'embrasse et te salue rratemellement.
ic TonEAD. n
3< CAMP DB BRUILLB,
RasiËnES avait été au serviae de la Belgique pendant tout le temps des troubles de 1787 à 1789. Il était alors lieutenant-colonel dans ta légion de Maillebois. Pour obtenir un grade de plus, il passa au service de Belgique en 1792 et fut le président de la députatîon bruxelloise qui vint à la barre de la Convention demander l'annexion. Après les événements d'avril 1703, il fut nommé au commandement de la place de Douai; mais il fut bientôt suspendu de ces fonctions comme ayant un Qls émigré. Il mourut à Paris en 1808.
KuiHOflvut ccHDptaît, en 1793, vingt-cinq ana de service. Il passa comme maréchal de camp, en novembre 1792, an service de Belgique. Suspendu en août 1793, il ne reprit pas de service et mourut en 1S17.
Daveshk, ne à Roulers en Belgique, avait été môle aux troubles de 1787 à 17S9. Ces troubles apaisés, il s'était fait amidonnier dans sa ville natale. Aussitôt après- l'invasion de là Belgique en novembre 1793. il avait été employé dans les remontes, puis nommé général de brigade le 19 février 1793, et, peu de temps après les événements d'avril, général de division. Lorsqu'il commandait dans la Flandre maritime, il encourut la disgrâce du représentant du peuple Dnqnesnoy, qui prit contre lui l'arrêté dont la teneur suit :
H Le représentant du peuple Duquesnoy, informé que le général de division Jlavesne, au lieu de faire exécuter les ordres du généra) en chef dans l'expédition qui devait avoir lieu dans la Flandre mariticne, y a rais, par mauvaise foi ou ineptie, des entraves très-préjudiciables au succès des armes de la République :
11 Considérant qu'une faute de cette nature ne peut rester impunie.
« Arrête que le général Davesne est suspendu de ses foncions, qu'il sera mis en arrestation et conduit dans la ville d'Arras; que le général Souham prendra provisoirement le commandement des troupes depuis Dunkerque jusqu'à Douai.
is de l'an 3* de la République fnna DUQDESNOr. n
Davesne fut renvoyé au Tribunal révolutionnaire. Là encore Duquesnoy se porta son accusateur et le fit condamner à mort. Davesne fut exécuté le 16 ventôse avec deux autres lieutenants généraux qui n'étaient pas plus coupables que lui, Chaocel et 0' Moran.
Chanccl servait depuis 1769, Il fut nommé général de brigage le 3 février 1793 et général de division le 11 septembre saîvant. Mais, deux mois après, il fut accusé par le représentant du peuple Duquesnoy d'être resté inactif au moment
D,c,t,zedbyG00J^IC«
du déblocus d« Maubeuge. Traduit au Tribuual révolationnaire, il fut condamné à mort et périt 1« 16 ventôse an U.
PmoN était, avant la Révolution, valet de chambre du roi. En septembre 1792, il rejoignit l'armée de Oumouriez comme commandant en chef de la section armée de la Fontaine-Montmartre. Le 26 janvier 1793, il était lieutenant-colonel; le 15 mai de la mâme année, adjudant-général; le 22 thermidor an 111, général de brigade. H prit sa retraite en l'an XI.
V CAMP DB UAULDJl.
Leveneu» était né en 17/|6. et avait déjà trente ans de service en 1793. U avait été nommé général de division en juin 1792. A la suitedes événements d'avril 1793, ïlfutsuspendu de ses fonctions et gémit longtempsdans les prisons de la Terreur.
Nous donnons ici deux pièces qui nous paraissent intéressantes autant par les événements qu'elles précisent que par le nom de Hoche qui s'y trouve mêlé.
u Paris, le 3 mai 17D3, an S'de la RépuMiqae.
n Citoyen ministre,
« Une proclamation, émanée de vous, ordonne le départ instantané de Paris à tous les officiers venus des armées, ie vous prie dans cette circonstance de me donner ou un congé d'un mois dont j'ai besoin pour rétablir ma sanié, ce que j'ai déjà nombre de fois demandé, on un ordre pour rester à Paris jusqu'à ce que le Conseil exécutif, auquel je suis renvoyé par nn arrêté du Comité de salut public, ait prononcé à mon sujei. Knûn, de quelque manière que ce soit, il est nécessaire que je sois mis à l'abri d'être arrêté, comme je ne manquerais pas de l'être en vertu de votre proclamation de ce jour.
(( J'ai avec moi ici mon aide de camp Hoche, lieutenant au 58* régiment. Sa personne m'est absolument nécessaire; je demande également pour lui que vous vouliez bien lui donner l'ordre ou la permission de rester avec moi jusqu'à la terminaison de mon affaire.
il Le général de division, Leveneuh. ■
Pétilion présentée le 6 getmin^ an III.
H Le citoyen Alexis Leveneur, général de division des armées de )a République, suspendu par uo ordre injuste et arbitraire de l'ex-ministre de la guerre, Bouchotte, demande à votre justice la levée de sa suspension et sa réinlégration dans son grade. Celui qui, depuis le commencement de la Révolution, n'a cessé de la servir et de dévouer sa personne et sa fortune pour elle; qui, depiiis le commencement delà guerre en 1702 jusqu'au 26 juillet 1793, époque de sa suspension, a toujours combattu pour elle à la lâte des divisions et armées de la République; qui a pris d'assaut, lui soixantième, les forts de'Namur; qui a combattu avec gloire à Nerwinde en commandant la droite de l'armée qui fut victorieuse, puis le 22 mars 1793 protégea la retraite de l'armée française en combattant depuis quatre heures du matin jusqu'à sept heures du soir, vérité incontestable malgré les calomnies de Dumouriez; qui a été arrêté par ce traître pour être conduit à Cambrai pour l'avoir, dès le 3 avril, dénoncé à la Convention à laquelle il dépécha Hoche, son aide de camp; qui a couru les plus grands dangers pour se sauver des mains de ce scélérat et rester fidèle à la République, ainsi qu'il a été reconnu par un décret du Comité de salut public du 2h avril 1793 dont il est porteur; il n'est pas juste, dis-je, que le général, que toute l'armée des Ardenoes honore de sa conûance, reste plus longtemps dans les liens d'une flétrissure imméritée, quia été suivie de quatorze mois d'arrestation injuste. Le citoyen Leveneur, jaloux de l'estime de ses concitoyens, demande avec empressement que celte justice lui soit rendue. — Et vous ferez justice.
(( Alexis Leveneur, ci-devant général de division. »
STETENorrEH était né k Vienne en 1739; il comptait trente ans de service en 1793 et était marérchal de camp depuis le 12 octobre 1792. Ce fut lui qui détermina la retraite de Dumouries au camp autrichien par une dernière démonstration faite Ifl 5 avril au soir sur Rumegies et racontée dans la lettre suivante :
DictizedbyGoOJ^IC-
Aux cUoyens commitsaires de la Convention nationale à Yalenciennes.
■ Rumei^ea, 11 heoies da Mir, 5 anil ITVÏ. Il Citoyens,
« Le gënëral Dumouriez ayant aujourd'hui abandonné soo armée et tous les régiments de ligne s'étant successivement mis en marche pour Valenciennes, j'ai assemblé les dilTérenls chefs de corps qui se trouvent sous mes ordres pour voir le parti que nous avions à prendre. Au moment que nous délibérions, il est arrivé une lettre du général Tbouvenot au colonel du 67* qui l'engageait à mener le trésor de l'armée à Touniay. Nous avons clairement aperçu alors que nous étions vendus, et de suite je me suis déterminé à faire ma retraite sur Coudé, craignant ne pouvoir l'elTectuer assez vite sur Valenciennes par l'engorgement prodigieux qui se trouvait sur cette route.
u Le 3< régiment de dragons qui, d'après les ordres dn général, avait ramené à l'armée le trésor que les grenadia^ de ce régiment avaient amené sans ordre, continueront à l'escorter, et je me flatte qa'ils le rendront en France intact. Prenez des mesures pour qu'on vienne à sa rencontre à midL
Malgré sa conduite dans cette circonstance mémorable, StetenolTen fut suspendu de ses fonctions par le Conseil eiéeutif en juin 1793 ; il fallut toute l'influence de Camot pour le faire maintenir dans ses fonctions au camp de Cassel. Voici le certificat que Camot lui délivra :
« Nous, représentant du peuple près l'armée du Nord, certifions que le général StetenhoIfeD nous a toujours paru animé des sentiments du plus pur civisme,, qu'il a maintenu de toutes ses forces la discipline et le bon ordre parmi les troupes qu'il a commandées ; qu'il jouit de l'estime des citoyens en général et de la confiance du soldat et que, dans l'attaque de Fumes, seule occasion où nous avons eu lieu d'observer sa conduile
DictizedbyGoOJ^IC
dans l'actioa, il a déployé toute l&bravoure qu'on peut attendre d'un boD militaire et toute la prudence que doit avoir un bon général.
■ BergOM.lBlSJuIniTSS.
n L. CiHNor. »
Réintégré dans son commandement, Sletenollen fut nommé général de division le 15 frimaire an H ; peu de temps après il fut mis à la rclraiie et mourut en 1809,
SoKGis (Charles-Louis -Didier) était, en 1793, lieutenantcolonel d'ariillerie; il sauva le matériel de siège lors de la retraite devant Maêstricht, il le sauva encore dans la journée du 5 avril. Sa belle conduite fut récompensée par la délivrance du brevet dont la teneur suit :
u Au nom de la Ripubligue française,
« Nous, Henri Dampierre, général en chef de l'armée du Nord, en vertu des pouvoirs qui nous ont été donnés par le Pouvoir exécutif de la République, avons nommé et établi le citoyen Charles-Louis-Didier Songis, lieutenant-colonel d'artillerie, sous-directeur du parc de l'armée du Nord, au grade de colonel d'artillerie, directeur du parc de l'armée des Ardennea.
H Ordonnons qu'il soit reconnu en ladite qualité et qu'il , jouisse des honneurs et émoluments attachés à ladite place jusqu'à ce que son brevet lui ait été expédié par le Pouvoir exécutif.
■ An qoHtiw général de BoucliMD , le 11 STrilll93.
« Le général en chef de l'armée du Nord,
Il DAUnERBE. u
« Nous, commissaires de la Convention nationale aux placesfrontières de Nord, attestons que le citoyen Didier Songis a beaucoup contribué à ramener le parc d'ariillerie, qui était à Saint-Amand et sous les ordres de l'infâme Dumouriez, à Valenciennes.
■ BoaduiD, ce li avril, an 8* de la République.
u Belugabde, Charles Cochon, Lequihio. »
DictizedbyGoOJ^IC — ,
su HIgTOIRE DB LA TERREUR.
L'artillerie a compté dans ses rangs deux frères qui ont illustre le nom de Songis. L'alné (Charles-Louîs-Didier) était né en 1752. Le second [Nicolas-Marie] était né en 1761. Celuici eut une carrière moins longue mais plus brillante. Général de brigade en Qoréal an VII, général de division le 16 nivôse an VIII, i! fut fait par l'Empereur premier inspecteur général d'artillerie et comte de l'Empire. 11 mourut en 1810, L'alné était général de division depuis le 2 fructidor an 11. 11 fut mis à la retraite en l'an IX et mourut seulement en 1836. Ce fut lui qui se trouvait au camp de Maulde en avril 1793. Le second était alors employé à j'armée des Alpes.
Dahpiehhe. Nous n'avons pas ï retracer la brillante carrière de ce général dont le nom couronne celle notice. Elle se trouve dans toutes les biographies. Nous nous conlâoterons de citer les dates de ses promotions. Né le 20 aoi^t 1756, entré an service en 1772, il était lieutenant-colonel le 25 juillet 1791; maréchal de camp le 7 septembre 1792 ; lieutenant général le 8 mars 1793. Nommé commandant en chef de l'armée do Nord le 10 avril 1793, il fut tué le 8 mai suivant aux avantpostes.