‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 190 sur 200 · H COBOURG · texte numérisé non relu

H COBOURG

Dumouriez signale son retour à Bruxelles par une nouvelle

publication; cette fois c'est une brochure de 22 pages in-8*, contenant une lettre du général au président de la Convention et une troisième proclamalion à la nation française. M. de Mettemich la fait saisir chez los libraires et entre les mains des colporteurs. La police autrichienne s'éiait surtout émue d'uD passage dans lequel le transfuge déclarait qu'il n'emploierait jamais ses talents pour démembrer la France. « Ce qui, écrivait M. de Metternich à M. de Traiitmaonsdûrf (1" juin 1793), pourrait faire croire aux Français que les puissances veulent faire éprouver un démembrement à leur pays, opinion qui, loin de desarmer l'ennemi, ne peut que lui donner un plus grand acharnement et le porter à une plus grande résistance. Il

Le comte do Traulmannsdorf, aussitôt qu'il apprit la nouvelle équipée du général fran<;ais, approuva fort la conduite de M. de Metternich dans cette circonstance et l'engagea « ù se débarrasser de cet intrigant et à le mettre hors d'état de nuire, en s'assurant de sa personne. » Mais il lui recommanda également d'éviter tout esclandre à cause de l'intérêt presque universel que Dumoiiricz avait su inspirer dans les Pays-Bas, où il était regardé comme ayant sauvé le pays du pillage.

M. de Mercy-Argenle.iu et M. de Metternich n'avaient pas dissimulé à Dumouriez leur dé-ir de le voir quitter déûQilivement les Pays-Bas; aussi favorisèrent-ils son départ pour l'Angtelerre, qui eut lieu vers le 10 juin. Dumouriez voulait ouvrir une négociation avec M. de Gaston, qu'il supposait généralissime des troupes vendéennes ; puis, saisir la première occasion pour passer en France, noiammcnt en Monnandie, où il avait jadis commandé et où il espérait, comme il le disait à M. de Metternich, «ajouter encore quelques pages à l'histoire de sa vie. ))

Dumouriez ne fut pas admis à séjourner en Angleterre; le 23 juin il était de retour à Ostende. De là il écrivit de nouveau au prince de Cobourg, son protecteur naturel, puisqu'il . avait pris avec lui des engagements directs et positifs : « Je suis sur une frégate anglaise en attendant voire n'ponse. Je demande à me retirer à la campagne, ou à Leuze près des troupes françaises qui m'ont suivi. Je ne puis me retirer ni en Angleterre,

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ni en Suisse, ni en HolIaDde, ni en Allemagoe. CepeodaDt on me doit asile et protection. »

Coboui^ envoya aussitôt à Dumouriez une lettre évasive et à M. de Metternich une recommandation timide. Voici les deux missives du prince :

A Monsieur Dumourieî.

■ Hdrin, ccïQjuia 1703.

« Monsieur, je sens tout ce que votre situation a de pénible. Il ne l'est pas moins pour moi d'être dans le cas de vous dire qu'il ne dépend pas de moi de vous accorder ce que vous demandez. C'est le ministre de Sa Majesté dans ce pays qui esl dans le cas de décider sur l'asile que vous désirez d'y obtenir, et, comme vous avez écrit à Bruxelles, la réponse que vous en recevrez peut seule vous déterminer sur le parti que vous avez à prendre.

« Recevez, monsieur, l'expression de mes regrets de ce que je ne puis rien vous écrire de plus consolant et celle des sentiments de considération avec lesquels j'ai l'honneur d'<5tre, u CoBounc. Il A Son Excellence le comte JIcrcy-Argenleau.

n Au quartier génâral de Htfrin, 2S juin l'Sl. u J'ai l'honneur de communiquer ci-jointe à Votre Excellence la copie de la lettre que je viens d'écrire à M. Dumouriez, en réponse à celle que je reçois de lui aujourd'hui par courrier et dont il me marque qu'il envoie une copie à S. A. R., à Votre Excellence et à M. le comte de Metternich.

H Je prie Voire Excellence de vouloir bien examiner et calculer dans sa prudence ce qu'il y a à faire pour M. Dumouriez et comment on peut le tirer du mauvais pas où il se trouve, la circonstance étant trop délicate pour que je puisse plus rien faire à cet égard.

H COBOUHG. 11

M, de Metternich crut devoir fermer les yeux sur le retour de Dumouriez ; il lui fit délivrer un passe-port sous le nom de

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Dupérier* pour la Suisse et l'Allemagne. Mais le vainqueur de Jemmapes ne pouvait se résoudre à s'éloigner du pays qui avait été le théâtre de ses exploits et qui l'était maiutenant de ses intrigues, II se cacha dans une campagne des environs de Bruxelles et se mit en correspondance avec ses amis et ses agents ordinaires.

A la On de juillet, les arméûs coalisées s'iîtant emparées de Valenctennes et de Condé, après un siège long et diUicile, le prince de Cobourg déclara «qu'il prenait possession de ces deux villes au nom de Sa Majesté iippériale et royale, qu'il garantissait toute sûreté aux habitants paisibles des pays conquis. » Cette proclamation émut tous les Français qui se trouvaient en Belgique, à quelque opinion qu'ils appartinssent. En une nuit les murs de Bruxelles furent couverts de placards, où l'on invitait « les émigrés français à prendre les armes pour empêcher le démembrement de leur infortunée patrie, démembrement qui était près de s'effectuer comme celui de la malheureuse Pologne, par les puissances coalisées, u

Quels étaient les auteurs et les propagateurs de ces affiches? Il fut impossible de le savoir. Mais Diimouriez et ses amis étaient coutumiers du fait; ils avaient' adressd depuis trois mois plusieurs appels à l'opinion publique. Aussi la police autrichienne, leur attribuant cette nouvelle production, se mitelle à les traquer avec la plus grande ardeur.

Bientôt furent arrêtés les généraux Marassô, ITiouvenot, Berncron, et avec eux un sieur Tort de fa Sonde, le confident le plus intime de Dumouriez, l'agent le plus actif de ses intrigues'. La police rechercha aux environs de Bruxelles

1. C'e^t à ce faui passe-port que fait altusioD l'Empereur Francis H dans sa lettre do 25 Juillet 1703, que nou« avons donnée p. 540.

S. Tort de la Sonde pourrait être pris pour type de ces intrigants de bas étage qui ont besoin de ae mâtcr à toutes les intrigues et savent échapper i toutes les poursuites. 11 était né k Peyrignac (département do Lot), et aiait 56 ans en 1793. Dans sa jeunesse (1777), il avait encouru la peine du blAme prononcée contre lui par le parlement de Paris, pour avoir (ansseinent accusé le comte de Guines, ambassadeur do France à Londres, dont il était secrétaire, de l'avoir {ait Jouer pour soo compte sur tes tonds publics. Cette peine consistait i entendre i genoui, dans la salle du conseil, la sentence dont on était Trappe. Après cette triste aventure. Tort de la Sonde

M" de Beauvert, chez laquelle on pouvait croire que s'était rërugië l'ex-général en chef de l'armée française'. Mais celuici s'était mis hors de portée à Lultersforstz, petite ville du pays de Juliers, à une lieue des frontières de la Gueidre autrichienne. Le comte de MeLternich voulait adresser une réquisi-

étaitïenu 8'i5lablirà Bruxelles! il «TiiitWé m*lé aux troubles qui éclatèrent dans les Psys-Bas, sous le r^no de Joseph II, Cest k celte époque qu'il se lia arec Dumouriei, qui, lui aussi, appartenait à Is diplomate interlope. Lors de l'occapation ite la Belgique p^r les Français, pendant l'hirer de tT02-l7!l3, il devint un personnage importaot et re^ut chei lui le général et cni'tdne personne qui le toucliait de pr6s. Airôté en Juillet 1703, il invoqua en vain les droits que lui donnait, comme résidant depuis longtemps en Belgique, fa joi^sun entrée, espèce d'anrienne charte du Bnbani. Il resta deaj. ans prisonnier dans la citadelle d'Aurers t c'est Ift que leâ Français le trouvèrent. Hais le régime républicain ne lui Tut pti plus favorable que la régime impérial ; on lui Ht son procès comme accusé de conspiraLion contre l'État et de complicité avec Dumouriei. Il fut traduit en juin an III devant une commission militaire; celle-ci l'acquitt* du fait d'émigration et le renvoya devant le tribunal révoluliounaira de Paris pour purger l'accusation d'avoir Été le complice de Dumouriei. La section de ce tribunal, faisant fcndion de jurj' d'accusation, prononça eu sa faveur, le li brumaire an V, une ordonnance de non-lieu; mais le Directoire eiécutîf, auquel il avait été signalé comme un aveuturier de la pire espèce, rendit deux arrêtés, en date des 16 pluviCse et 19 germinal an IV, en vertu desquels, sons prétexte de ta découverte de nouvelles pièces. Tort de la Soude fut traduit devant le tribunal criminel de la Djte séant 1 Brniclles. 11 fut encore acquitté. Depuis cette époque nous perdons sa trace et nous ne pouvons apprendre k nos Iccteun comment finit cet intripot éméritc.

1. M. de Metlernich avait donné ordre de conduire H"" de Beauvert au Starenberg, prison ordinaire des femmes do mauvaise vie. On était di^i bien loin de l'époque où le prince de Cobour^ délivrait à cette dame un pa»te-port ainsi conçu :

.4 inonti«ur j« général major de Mikovini à Brvictllet.

• Qnirtin g«n4»l. Mous, la ! aviil 1793.

■I M"* Bauvert allant t Brnxelles en compagnie de H. de la Sonde, et qui

est munie d'un passe-port de moi, a la permission de rester ï Bruxelles aussi

longtemps qu'il lui plaira de rester, et Je prie le brigadier général d'avoir

pour elle toute la considération possible et de l'assister en toutes chose* de

tïon au comte de Nesselrode, chef de la régence de Juliers; mais il en fut dissuadé par le priiice de Cobourg, le comte de Mercy-Argenteau et l'archiduc Charles, qui tous trois furent d'avis que les engagements pris personnellement quatre mois auparavant avec Dumourlez devaient détourner le gouvernement autrichien d'en user violemment h son égard. Quant aux généraux arrêtés, on voulait d'abord les relaxer avec injonction de ne pas remettre les pieds dans les Payii-Bas, ni dans, aucun des États héréditaires. On se ravisa bientôt et on prit contre eux des mesures plus rigoureuses. Thouvenot fut interné à Luxembourg, Marassé et Berneron à Temeswar, en- Hongrie. Peu après on se saisissait du célèbre Baptiste, au moment oii il revenait d'Angleterre à Ostende, porteur de lettres de M"* de Beauvert pour Dumouriez. Baptiste était un trop mince personnage pour que le prince de Ck>bourg. auquel on en avait référé pour savoir s'il y avait lieu de maintenir celte arrestation , s'intéressât à son sort; aussi écrivit-il la lettre suivante à l'oDicier chargé de la garde du prisonnier :

Ali capitaine Siraufte, aide de camp du général de Fabry.

> Pant-sur-Sambrs, U octobre 1703.

H Je reccMinais volontiers l'utile service que vous avez rendu h la cause générale en faisant arrêter lé domestique suspect de l'ex-général Dumouriez. Il est bon qu'il se trouve aux mains de la police et vous aurez à l'y laisser, puisque d'ailleurs le gouvernement du pays a à statuer sut ces sortes de gens.

« COBOUHG. »

Dumouriez, aRligé d'avoir compromis inutilement ses amis, se résolut à quitter déflnilivement la Belgique. Il erra pendant plusieurs mois, obligé de cacher son nom, voyageant souvent à pied, évitant les grandes villes où il aurait pu ôtre reconnu. Il s'arrêta d'abord à Berne, oii il écrivit ses mémoires, puis à Hambourg, où il les fit imprimer. C'est de cette dernière ville que sont datés les écrits politiques qu'il fit successivement paraître, et notamment sa réponse au rapport de Camus. Après une inaction de six atioées, Dumouriez se remit à

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courir le monde. Il alla d'abord à Mitlau présenter ses bommages au comte de Provence qui , depuis la mort de son QGveu, avait pris le titre de roi de France. II n'eut guère à se louer de la réception qui lui fut faite. Ce qui l'exaspéra surioiit, ce fut de se voir qualifié de simple maréchal de camp dans cette cour microscopique. Eii vain fît-il observer qu'il avait reçu le titre de lieutenant généra! des mains de Louis XVI. On lui répondit que le prince ne pouvait reconnaître les nominations faites depuis la Révolution. Outré d'être si froidement accueilli là où il espérait être reçu à bras ouverts, il se rendit à lacour de Pau! 1", et s'offrit pour opérer un débarquement en Normandie avec ^0,0AO Russes.

feonduit aprfes de brillantes promesses, il songea à rentrer en France en proûtant comme tant d'autres du coup d'État du 18 Brumaire. Il adressa au premier consul une lettre que nous croj'ons devoir donner in extenso :

• Hambaarg, le 3 novembre ISUO.

« Citoyen consul,

(i Dans le temps où je fus chargé par le gouvernement qui existait en Franceldu commandement d'une partie des armées françaises, je vis tous les nuages de la révolution, que moimême j'avais provoqués, sur une atmosphère qui tantôt présentait à mes yeux un rayon de lumière, tantôt ne laissait entrevoir que la plus profonde obscurité.

H Quel était le parti que j'avais à prendre au milieu des différentes factions qui sans cesse étaient renaissantes, où l'homme craignait de se rendre compte à lui-môme de sa façon de penser et d'agir ; dans un temps où le crime servait de base à toutes les actions et où je voyais sur le penchant de la ruine un gouvernement dont j'étais de bonne foi l'ami et que je voulais soutenir dans ses'droils et ses intérêts, en épargnant le sang des défenseurs qui m'étaient confiés?

i( Je ne rappellerai pas ici tout ce que j'ai fait à l'appui de mes premières assertions, je vous observe, citoyen consul, que je n'ai pas démérité de l'indulgence nationale et que la patrie n'a aucun reproche à me faire dans toutes les affaires auxquelles l'empire dos circonstances a donné lieu ; je défie la calomnie

NOTES. 60f

d'enveninaer ma conduite à Jemmapos. Je me suis montré comme soldat, et c'est en vain que l'on m'a accusé de favoriser un parti. II n'en est et n'en sera jamais aucun pour moi qui ne s'accorde avec le pays qui me vit naître.

« J'ai fait ce que j'ai dû et ferai encore ce que je dois, si le gouvernement veut, par un trait de sa bienfaisance et de sa générosité, permettre mes observations.

« Elles sont simples; les voici.

«A Jemmape», le gouvernement m'ordonna, d'après la position que je tenais devant l'ennemi, d'attaquer; je formai mes plans et, après le combat le plus opiniâtre, je restai vainqueur et la République victorieuse. De là, citoyen consul, vous qui connaissez si bien les chances de la guerre, la victoire qui m'enchainait à elle porta mon armée toujours invincible à de nouvelles conquêtes, et, sans coup férir, la Belgique fut conquise.

H Je me croyais tranquille possesseur de cette intéressante contrée, je pensais être à l'abri de tous les orages politiques el militaires. Mais, la révolution suivant toujours son cours, après différentes phases irrégulîères et sanglantes, ne me présentant aucune idée de bonheur pour mon pays, je me trouvai dans la cruelle alternative ou d'être regardé comme parjure on traître à la patrie, ou comme son défenseur. Je ne vous le dissimulerai pas, citoyen consul et à vous Français, que jamais il n'est entré dans mon âme de trahir le pays qui m'avait honoré de sa confiance; mais j'y fus forcé, vous le savez, et ce doit être mon excuse, si vous êtes juste, comme je ne puis en douter ; car qu'iii-je fait? Ce que la raison, l'intérêt, la politique et les circonstances exigeaient. Je l'avoue, j'ai pris quelque chose sur moi-même, n'étant pas sûr du gouvernement.

« Si, après mes conquêtes, j'eusse eu la faiblesse de retourner dans le sein de ma patrie, un criminel échafaud m'attendait et il eût été environné des lauriers des braves que je commandais. C'en ^tait fait alors, et la France restait en proie aux factions qui l'ont dévorée, jusqu'au moment heureus oii son génie a rappelé le héros qui la sauva.

Vous avez fait, citoyen consul, ce que j'aurais fait si mes talents et mes moyens me l'eussent permis. Mais, regardant

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toujours le gouvernement qui pouvait m'atteindre, j'avais à respecter ses ordres; craignant ses injustices, j'ai sauvé ma personne, versant des larmes sur ma patrie que j'étais forcé d'abandonner; mais il appartenait à vous, et aux hommes probes dont vous avez su vous environner, de la sauver.

Il Je n'examine pas tous les traits qui caractérisent le gouvernement actuel, dont vous avez été un des premiers fondateurs; je sais à quel péril cet heureux changement pour la France vous a exposé; je m'applaudis qu'il ait conservé des jours aussi précieux, n'ayant de vous à attendre que de la justice; elle vous a dicté le rappel d'un homme qui planta dans l'Amérique l'arbre de la liberté et qui ne put dans son pays être en sûreté sous ses rameaux.

« Pourquoi, citoyen consul, et vous tous Français, pourquoi, me rejetteriez-vous de votre sein? Je vous demande à être jugé; je comparaîtrai devant le tribunal qui me sera indiqué el j'y paraîtrai en homme et je me montrerai Français.

« C'est devant ce même tribunal que je demande avec instance à être jugé; mais il nie sera permis de lui observer que toutes les erreurs, que tous les crimes n'ont pas été de moi, mais bien de l'ancien gouvernement; je n'ai pas besoin d'amis, ni de protecteurs; ma conduite seule et mes pièces justificatives feront mon apologie; d'elles dépend mon sort, que je remets entre les mains du gouvernement, persuadé que jamais il n'abusera de ma confiance.

K Avant A terminer ma lettre, citoyen consul, j'ai encore à démentir une calomnie, un fait de la plus haute importance et qui n'a pas peu contribué à l'oubli dans lequel vous m'avez lai^.

Il On m'a accusé d'avoir favorisé le parti d'Orléans; jamais il ne fut le mien ! je n'ai vu que celui de la patrie, à laquelle je me suis voué depuis l'écroulement du trône.

Il Les enfants de Philippe d'Orléans n'étaientque de simples soldats dans mon armée ; ce n'est pas pour eux que j'ai versé mon sang, il appartenait à la République; Jemmapes ne fut pas pour leur gloire, mais pour celle de la France.

(t Quelles prétentions ai-je pu avoir d'une famille proscrite, dont la mère était reléguée en Espagne, dont le père porta sa

lêtecoupablesurunéchafaudmérité.i'aicombinédansle sangfroid de la rénexion ce qui pouvait le mieux convenir au gouvernemeDt; j'ai vu d'Orléans impuissant, je vois la République dominante, et je vois maintenant l'aurore du bonheur de mon pays sous celui qui a eu la fermeté, la sages.<!e de rappeler dans son sein des enfants égarés. Ne pourrais-je donc pas jouir da la même faveur, moi qui n'ai rien fait pour cette mère patrie, mais qui réclame son indulgence ?

(i Mes titres seront ceux que le gouvernement me vouera; trop heureux je serai, si je puis conserver le glorieux litre de Français, que je n'ai perdu que depuis que je fus contraint par des fureurs révolutionnaires à l'abandonner. J'ose espérer, citoyen consul, que vous jugerez cette lettre avec cette justice qui forme votre auguste caractère.

H DUUOUHIEZ. Il

Le premier consul ne daigna pas répondre à cette lettre. Il avait une haine particulière contre Dumonriez. On sait que des rapports erroniEs de police ayant signalé la présence du général à Etlenheim, ce fut un des motifs qui exaspérèrent le plus Boncipartc contre l'infortuné duc d'Enghien et amenèrent la catastrophe de Vincennes.

Pendant ce temps, Dumouriez était retiré en Angleterre, oà il avait été appelé par le ministère Ini-méme après la rupture de la paix d'Amiens. Une pension de trente mille francs lui fut assurée et vint s'ajouter à une autre de six mille qu'il recevait déjà de l'empereur François. Il ne cessait de faire des plans de campagne pour la coalition; tantôt il les adressait au gouvernement anglais, tantôt au gouvernement autrichien. Le 9 septembre 1805, il écrivait à son aiicien ami, le général Maclc, la lettre suivante.

■ Gannerebary Lodge, Aeton, MiddIeKX par Londres, le 9 septembre 1S05.

'( le VOUS ai écrit le 30 avril, mon cher général, une lettre

, que j'apprends avoir été interceptée et que par conséquent

vous n'avez jamais reçue; je vous l'avais écrite par une suite

de ma confiance dans notre ancienne amitié, dont Frohberg

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m'avait rapporté les assurances de voire part en revenant de Vienne en Angleterre. J'entrais dans plusieurs détails relatifs à la guerre inévitable dont je voyais votre maStre menacé; je vous mettais au courant des marques de bienveillance qoi m'avaient été accordées, il y a quatre ans, par votre auguste souverain, sans que je les eusses sollicitées, mais que je devais à l'estime do Monseigneur l'Archiduc Charles, avec qui j'ai continué depuis plusieurs années par voie tierce une correspondance qu'il a daigné trouver intéressante. Je vous parlais d'un mémoire militaire, que j'ai envoyé à ce grand homme d'après son désir et dont ii a paru content; je vous mandais quelques-unes de mes réflexions sur la manière de conduire la guerre en Italie. En un mot ma lettre était un épitome de ma correspondance avec lui. Je m'adressais à votre amitié et votre estime, sur lesquelles je compte fermement, pour vous prier de mettre, sous les yeux de Sa Majesté Impériale et de son frère, mon désir d'être appelé auprès d'eux dès que la guerre éclaterait. Je vous réitère cette prière comme votre frère d'armes et votre ami. Soyez mon interprète, dites-leur qu'ayant accepté la pension dont l'Empereur m'a honoré, je me suis déclaré son serviteur et son sujet; que c'est un engagement que j'ai pris de luiconsacrer mon expérience, mon zèleet ma vie; que, quoique cette pension soit viagère et sans condition, j'ose la regarder comme un engagement mutuel et me croire en droit de réclamer l'emploi des faibles talents qu'il a daigné récompenser par cette faveur; qu'elle deviendrait une disgrâce et que je me croirais obligé d'y renoncer, si j'étais regardé comme un pensionnaire inutile et par conséquent à charge.

« Je conçois que, tant que la guerre n'est pas déclarée, l'Empereur ne peut pas appeler à Vienne un proscrit occupé, depuis deux ans en Angleterre où il a été appelé, à des plans de défensive contre la menace d'une invasion, Mais ma proscription même, mes travaux en Anglclerre tr'es-connas de Bonaparte, sa haine personnelle très-mèritée de maparl, i'iti/Iuence de mon nom. qui n'estpas oi^lU en France et qui, depuis la morl de Pidugru et l'exii de Moreau, me met seul en opposition avec fut dans , l'esprit de l'armée française; toutes ces circonstances réunies pri' senlenl d'assez fortes raisons.poUiiquespourm'ijppeleràViennt.

« Il n'y a riea de gênant dans la manière de m'y faire venir. Sa Majesté Impériale peut me donneur le grade de feldzeugmeister, que vous aviez vous-même arrangé pour moi en 1793, si elle juge pouvoir m'empioijer activement dans ses armées, où je pourrais être uiiie, surtout en Italie, si j'étais chargé de la diversion Sun corps mobile parlant de la Dalmatie, que je regarde comme le moyen le plus offensif de cette guerre, et sur laquelle depuis plusieurs mois je ne cesse point d'insister dans ma correspondance.

« Ou, si l'Empereur craignait d'exciter la jalousie en m'employant activement et en me donnant le grade dont nous étions convenus en 1793, que vous pouvez témoigner que je n'ai refusé alors que par une délicatesse que Monseigneur l'Archiduc Charles, le prince de Cobourget vous avez approuvée alors; il pourrait m'appelerà Vienne, sans aucun grade, en m'accordant la pension viagère, le traitement attaché à ce li^rade qui est je crois de dix mille florins, que je mangerais dans ses États et dans les faubourg de Vienne, à portée de recevoir ses ordres à tout moment. Cette charge ne serait pas longue sur ses finances, puisque j'ai près de 67 ans, mais comme j'ai une vieillesse forte, vigoureuse et sans inconvénients, il pourrait tirer de moi encore quelques années de bons services,

«Jejouisicid'un traitement de 1,20Q iiv. st. (12,000 fl.), de la confiance et de la considération; ce n'est donc ni par mécontentement, ni par légèreté, que je montre le désir le plus vif d'être appelé à Vienne, mais parce que je me regarde comme le serviteur et le sujet de l'Empereur, et que j'aimerais mieux n'être plus honoré de ses bienfaits que d'ôtre inutile et à sa charge. Ce n'est donc point une demande frivole que je fais par votre organe , mon cher généra! , elle n'est pas vague, voici les objets sur lesquels elle porte :

n l" Pendant que je commandais les français, j'ai ébauché un système de guerre fondé sur une tactique très-simple, dont la principale force est l'amalgame des cinq armes dont les armées sont formées, infanterie pesante, infanterie légère, cavalerie pesante, cavalerie légère et artillerie. Je n'ai pas eu le temps, dans deux campagnes rapides et dangereuses, de perfectionner ce système. Cependant, au milieu de la précipitation de ces

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mouvements, légèrement expliqués et mal compris, je suis parvenu à donner aux troupes françaises une supériorité qui les a rendues redoutables à l'Europe, Depuis que je les ai quittées, j'ai travaillé depuis douze ans plus méthodiquement à ce système et c'est contre elles que je voudrais qu'il fût employé pour le salut de l'Empire dont je suis le pensionaire et If sujet.

« Si Monseigneur l'archiduc vous a communiqué mon mémoire militaire du mois de juin 1803, il vous aura suffi pour voir le développement de mon système, surtout dans la formation des armées en division et dans leur emploi; en un mot dans toute la seconde partie. Mais, si on adopte une parliu de mon système, il comprend des dJIails qui demanderaient des volumes ot les longueurs d'une lente correspondance que ma présence abrégerait infiniment. Car, en huit jours de travail avec vous, j'aurais levé toutes les objections et avancé l'exécu* tioD.

Il 2° fai des idées assez vastes sur la conduite de la guerre d'Italie, par une diversion parlant de la Daltnatie, que je regarde comme le picot de cette guerre cl te seul moyen de renverser ce royaume naissant qui renversera la maison d'Aulridix el l'Orient, si on tarde à réunir ses efforts. Tous les mémoires sur cet objet ne valent pas deux heures de conversation avec l'Empereur, les archiducs et vous.

« 3° J'insiste encore sur l'utilité morale de mon séjour à Vienne relaiivemenl aux français eux-mêmes, dès le momeutoû la guerre sera déclarée.

II Si ces trois motifs, bien présentés par vous, paraissent à l'Empereur et à mon protecteur l'Archiduc d'une utilité assez réelle, pour me rappeler à Vienne dès que la guerre sera commencée, soit avec un grade qui puisse m' activer, soit à titre de pensionnaire et de sujet, voici, jecrois, ce qu'il y a à faire. Vous pouvez m' écrire sous l'enveloppe du comte de Staremberg, ambassadeur de l'Empire, pour me communiquer la volupté et les ordres de mon souverain. Kn ce cas il faudrait en même temps mander à cet ambassadeur qu'il notifiât mon départ au ministre d'ici : 1" parce que cela mettrait de la confiance, dont on pourrait tirer parti relativement à des combioaisons sur lés

coopérations militaires en Italie; 2" parce que je ne peux pas quitter, comme un fugitif ou ud homme léger et sans conséquence, un pays où je suis trallé avec confiance, noblesse et considération. Si on prenait le parti de m'appeler, il serait à souhaiter que ce fût assez tùt dans le mois d'octobre pour que les mers du Nord fussent encore praticables ; sans quoi, je serais obligé de faire uu tr&s-Iong détour par la Méditerranée et d'arriver par Trieste.

« Dans tous les cas, quelque paru que prenne Sa Majesté Impériale à mon égard, j'ose exiger de votre amitié sur laquelle je compte toujours, que vous m'accusercK réception de cette lettre, que je vous prie de regarder comme une preuve du tendre attachement et de la parfaite estime avec lesquels je serai toute ma vie, mon cher général, votre serviteur et ami.

Il DL'uotmiEZ. n

La campagne de 1805, commencée à la fin de septembre, finit le 2 décembre par le coup de foudre d'Austerlilz. Mack enfermé dans Ulm avait capitulé, dès le 19 octobre, entre les mains de Napoléon. Dumouriez, parti presque aussitôt que sa lettre, était débarqué à Stude le 21 septembre; mais, voyant les événements marcher plus vite que ses prévisions, il alla enSilésie se réfugier chez les frères Moraves. Lorsqu'il apprit les désastres de l'armée autrichienne, il se retourna vers la Prusse et lui- offrit ses services*. Il les offrit également à la Suède, à l'Espagne et au Portugal; mais ses démarches furent infructueuses comme celles qu'il avait faites à Vjenne, à Saint-Pétersbourg, à Berlin, i'ius que septuagénaire, Dumouriez revint se fixer près de Londres et renonça enfin à jouer le rôle actif qu'il avait ambitionné vainement depuis te commencement de son exil. Il mourut, le 23 mai 1823, à Turvillepark, comté de Buckingham. Les restes de cet infatigable aventurier reposent dans l'église de Henlay.

1. Voir la lettre de Dumouriei au liaron de Hardembcrgil^n» le» Mfimoirrs tiritdei Pajnirs d'un Aonime d'Élal (tome XllI, note 20).

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