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tagne de Saint-Ëlix. Mais, au reçu des Douvelles, il trouve plus prudent de s'abstenir. Trugiict, désespéré de voir en un instant s'évanouir tons ses projets, donne l'ordre à la plus grande partie de la flotte de se rendre' a la plage des Espagnols et de recueillir les volontaires ameutés sur le rivage. Pendapt ce temps, la nier est devenue mauvaise, le mouillage dangereux; bientôt on reconnaît que le rembartiuement est impossible et qu'il faut aviser au plus pressé, c'est-à-dire à assurer les subsistances de l'armée; car d'un moment à l'aulre l'escadre peut être obligt-e de s'éloigner.
Mais, chose incroyable si toutes les relations officielles ne l'alteslaient, les Marseillais refusent de laisser aborder les marins qui, au milieu des plus grands p.-rils. viennent à leur î^ccours. Fn vain leur crie-t-(tn que la mer et la nuil vont bientôt interrompre les communications ; ils restent sourds à toutes les prières, ils se déclarent déterminés à ne pas recevoir les vivres qu'on leur apporte, pane que, si le ravitaillement do l'armée était assuré, leurs chefs prétendraient continuer une expédition dont ils ne veulent plus entendre parler. I^s uns reçoivent à coups de fusilles matelots qui s'aventurent à proximité du rivage; d'autre<:, voulant fuir n'importe à quel prix, se lancent à la nage, s'accrochent aux chaloupes, au risque de les faire chavirer, de faire périr leurs sauveurs et de périr eux-mêmes.
Deux fois l'amiral envoie des parlementaires à ces forcenés, deux fois ces parlementaires éprouvent le même accueil. Ce qui a été prévu arrive. La mer devieot de plus en plus furieuse. Truguet est obligé de se retirer dans
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le très-médiocre abri que lui offre la partie de la rade le moios battue des vents. Les vivres manquent complètement à terre. Lçs troupes de ligne proposent à la phalange de marcher droit sur quelques villages qu'on aperçoit de la côte ; Us eolëveroot au moins à la pointe de la baïonnette les provisions de bouche qui leur sont nécessaires pour subsister jusqu'à ce que la tempête soit apaisée. Mais les Marseillais aiment mieux mourir de faim sur le bord de la mer que d'aller conquérir quelques vivres sous le feu de l'ennemi. Ils craignent de perdre de vue l'escadre, comme si leurs regards avaient la puissance de la retenir près du rivage.
Au risque d'être cent fois jeté à la côte, Truguet reste deux jours dans cette épouvantable position. L'i4réiAuse et la ytirton sont forcées de couper leurs mâts, la Vestale a son gouvernail démonté, les canots du Tonnant, de l'Apollon, du Centaure, sont enlevés par des coups de mer. Un grand nombre de chaloupes sont jetées sur les récifs; les marins, qui les montent, se noient dans tes flots, ou, s'ils parviennent à aborder, sont attaqués et mis à mort par des paysans sardes, sous les yeux mêmes des volontaires au salut desquels ils se sacrifient et qui ne peuvent ou ne veulent pas les secourir.
Enfin, le 19 février, le vent faiblit ; quoique la mer brise encore, les communications entre la flotte et l'armée deviennent possibles. Le commandant en chef de la phalange, d'Hilaire-Chanvert, descend à terre et harangue ses soldats, dont il est séparé depuis six semaines ; mais il n'est pas plus heureux que ne l'a été
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Casabianca trois jours auparavant. Truguet se hàle de faire rembarquer les Marseillais, dont il lui tarde d'être débarrassé, et les expédie vers les côtes de Provence. Pour ne pas paraître avoir Tait une campagne complètement inutile, il laisse dans l'tle Saint-Pierre et dans la presqu'île Saint-Antioche une garnison de 700 bommes de troupes de ligne sous le commandement du colonel Sailly. Après avoir promis à cette petite garnison de lui envoyer promptement des secours et des vivres, il donne l'ordre de mettre le Teu au léopard^ que tous les efforts de l'intrépide RouYdon-Graminont n'ont pu parvenir à remettre à (lot ; puis, il fait voile pour Toulon'.
Ainsi se termina l'expédition contre Cagliari. Mal conçue, plus mal préparée, entreprise au tnilieu de l'hiver, conduite sans ensemble, elle coûta à la marine ses plus beaux vaisseaux, au trésor des sommes énormes; elle restera un témoignage irrécusable de l'imprévoyance du pouvoir exécutif et de l'indiscipline de la phalange marseillaise.
Cette troupe recrutée dans toutes les sentines de la Méditerranée avait bien pu envoyer à Paris l'élite de ses
1. Les promesses de Truguet ne Turent pas tenues; la petite garnUon de Saint-Pierre et de Saint-Antioche fut abandonnée à son malheureux sort; trois raojj après, elle était forcée de se rendre prisonnière de guerre ii la Qotte espagnole. Noua donnons h la Qn du volume une série de documenta officiels qui montrent, d'une pari, combien ces 700 bommea, laissés sans secours sur un Ilot de la Méditerranée, firent faute aux trois régiments qui allaient avoir Ji disputer la Corse à Paoli et aux Anglais, de l'autre, quelles furent pendant ce temps les MuTTraiiGes de ces mBtbeureuses victimes de l'obéissance passive.
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bravi pour une expédition qui rentrait dans ses goûts et dans ses habitudes; mais aussitôt (ju'e)le fut engagée dans une entreprise plus dangereuse, elie oe résista pas à la première panique et compronitl l'honneur du drapeau français qui n'aurait jamais dû abriter sous ses |>lis de pareils misénibles.
Les membres du pouvoir exécutif cl les chefs des troupes de terre et de mer s'accordèrent pour faire le silence autour d'une entreprise entamée à grand bruit et si tristement avortée. Le Moniteur en annonce seulement on quelques mois le résultat final ; la plupart des historiens la mentionnent à peine. Il est vrai qu'ils ont a.iïi (le même à l'égard de la contre-attaque dirigée contre les îles de la Magdelaine et dont il nous reste à parler. Celte dernière omission mérite d'autant plus d'être remarquée qu'elle a eu pour résultat de laisser dans l'oubli le premier. fait d'armes d'un jeune capitaine d'artillerie qui devait quelques années plus tard êtrb l'empereur des Français, Napoléon 1".
Le petit archipel de la Magdelaine est situé entre la pointe sud de la Corse et la pointe nord de la Sardaigne. 11 est formé de trois îles principales, la Magdelaine, Sainl-Étienoe, Caprera', qui ne sont séparées l'une de
1 . Celte dernière Ile a acquis une grande renommée par le séjour qu'y fui), depuis quelques annérs, Garibaldi. Le cbef des volontaires