‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 68 sur 200 · LIVRE XXVIir · texte numérisé non relu

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dans l'église primilive les plus saints évêques ont fait foodre l'argenterie sacrée pour secourir l'humanité souffrante ?

— La Convention, répond Dumouriez, est trompée sur les affaires de la Belgique. Moi, jesuis sur les lieux, j'ai tout le poids de la guerre ; j'ai à pourvoir à l'honneur de la nation, au salut de l'armée; j'en suis responsable, non-seulement à mon pays, mais à la postérité. Eussiez- vous été présents, je ne vous aurais pas consultés; j'aurais pu vous représenter la nécessité de mettre Qn à la tyrannie qui, depuis trop longtemps, opprime la Belgique et la France, mais, si vous n'aviez pas voulu accepter ma manière de voir, j'aurais rendu mes ordonnances sans vous et malgré vous. Quoi! citoyen Camus, vous qui êtes un homme religieux, pouvez-vous soutenir les misérables qui ont spolié les églises de la Belgique? Retournez à Bruxelles, allez voir à Sainte-Gudule les hosties foulées au\ pieds, dispersées sur le pavé de l'église; les tabernacles brisés, les tableaux en lambeaux. Trouvez un moyen de justifier ces profanations; voyez s'il y a un autre parti à prendre que de restituer l'argenterie et de punir sévèrement les satelhtes qui ont aussi criminellemeDl exécuté vos ordres. Si la CoovenlioD applaudit à de tels crimes, si elle ne s'en offense pas, si elle ne tes punit pas, tant pis pour elle et pour notre malheureuse patrie.

— Mais comment voulez-vous rendre cette argenterie? répondent les commissaires; elle est brisée et entassée dans des coffres.

— £h bien ! puisqu'on a la matière, il n'y a rien

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de si aisé que de la refaire; il en coûtera la façon.

— Générai, ajoute Treithard, vous avez gravement manqué à la Conveotion, et nous ne pouvons nous dispenser de lui rendre compte de votre conduite.

— A votre aise, messieurs.

— Général, -reprend Camus, vous paraissez vouloir prendre le rdie de César. Si j'en étais sûr, Je serais Brutus et je vous poignarderais.

— Mon cher Camus, je ne suis point César et vous n'êtes point Brutus; la menace de mourir de

' votre main est pour moi un brevet d'immortalité. Du reste, messieurs, tout ce que je viens de vous dire,' je l'ai dit à la Convention dans un mémoire dont je suis tout prêt à vous donner communication. »

Puis, sans attendre leur assentiment, Dumouriez tire de sa poche une dépêche déjà revêtue de son cachet, en rompt l'enveloppe et leur lit la fameuse lettre du 12 mars, qui n'était rien moins qu'un acte d'accusation contre la Convention elle-même :

" Citoyen président.

Il Le salut du peuple est la loi suprême. Je viens de lui sacrifier une conquête presque assurée en quittant la portion victorieuse de l'armée prêle à entrer dans le cœur de la Hollande, pour venir au secours de celle qui vient d'essuyer un revers qu'on doit à des causes physiques et morales que je vais vous développer avec cette franchise qui est plus nécessaire que jamais et qui eût toujours opéré le salut de la République, si tous les agents qui la servent l'eussent employée dans Içs comptes qu'ils

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readaieDt, et si elle eût été toujours écoutée avec plus de complaisaoce que la flatterie mensoagère.

u Vous savez, citoyens représentants, dausquel état de désorgaaisatioD et de soulTrance les armées de la Belgique ont été mises par un ministre et par des bureaux qui ont conduit la France sur le penchant de sa ruine. Ce ministre et ces bureaux ont été changés, mais, bien loin d'être punis, Pache et Hassenfratz sont passés à la place importante de la mairie de Paris, et dès lors la capitale a vu se renouveler dans la rue des Lombards des scènes de sang et de carnage.

H Je vous ai présenté, au mois de décembre, dans quatre mémoires, les griefs qu'il fallait redresser; je vous ai indiqué les seuls moyens qui pouvaient faire cesser le mal et rendre à nos armées toute leur force ainsi qu'à la cause de la nation toute la justice qui doit être son caractère. Ces mémoires ont été écartés; vous ne les connaissez pas ; faites-vous les représenter, vous y trouverez la prédiction de tout ce qui nous arrive; vous y trouverez aussi le remède aux autres dangers qui nous environnent et qui menacenl notre République naissante. Les armées de la Belgique, réunies dans le (Hjys d'Aixla-Chapelle et de Liège, y ont souffert tous les genres de besoin sans murmurer, maïs en perdant continuellement, par les maladies, les escarmouches avec l'ennemi, l'abandon de quantité d'ofTiciers et de soldais, plus de la moitié de leurs forces.

« Ce n'est que depuis l'entrée du général BeurnonviUe dans le ministère qu'on commence à s'occuper de leur recrutement et de leurs besoins. Mais il y a si peu de

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temps, que dous éprouvons encore tout te fléau désor^ ganisateur dont qous avoDS été les victimes. Telle était notre silualion, lorsque le 1" Tévrier tous avez cru devoir à l'honneur de la nation la déclaration de guerre contre l'Angleterre et la Hollande. Dès lors, j'ai sacrifié tous mes chagrins, je n'ai plus pensé à ma démission que vous trouverez consignée dans mes quatre mémoires , je ne me suis occupé que des énormes dangers et du salut de ma pairie ; j'ai cherché à prévenir tes ennemis, et cette armée souflFrante a oublié tous ses maux pour attaquer la Hollande.

" Pendant qu'avec de nouvelles troupes arrivées de France je prenais Bréda et Gerlruydemberg, me préparant h pousser plus loin ces conquêtes, l'armée de la Belgique, conduite par des généraux remplis de courage et de civisme, entreprenait le bombardement de Maëstricht.

« Tout manquait pour cette expédition ; le nouveau régime d'administration n'était pas encore établi; l'ancien était vicieux et criminel ; on regorgeait de numéraire, mais les formes nouvelles qu'on avait mises à la trésorerie nationale empochaient qu'aucune partie du service ne reçût d'ai^'eot.

Il Je ne puis pas encore entrer dans le délai! des causes de l'échec qu'ont reçu nos armes, puisque je ne fais que d'arriver. Non-seulement elles ont abandonné l'espoir de prendre Maëstricht, mais elles ont reculé avec confusion et avec perte. Les magasins de toute espèce qu'on commençait à ramasser à Liège sont devenus la proie de l'ennemi, ainsi qu'une partie de l'artillerie

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