‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 4)Chapitre 91 sur 200 · LIVRE XXIX. HT · texte numérisé non relu

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descendre âans le fond de vos consciences. Quel est celui d'entre vous qui ne sent pas la 'n^ssité d'une plus grande cohésion, de rapports plus directs, d'un rapprochement pluS immédiat, plus quotidieu entre les agents du pouvoir exécutif révolutionnaire, chargé de défendre la liberté contre toute l'Europe, et vous, qui êtes chargés de la direction suprême, de la législation dvile et de la défense extérieure de la République? Vous avez la nation à votre disposition ; vous êtes une Convention nationale, vous n'êtes pas un corps constitué, mais un corps chargé de constituer tous les pouvoirs, de fonder tous les principes de notre République. Vous D'en violerez donc aucun, rien ne sera renversé si, exerçant toute la latitude de vos pouvoirs, vous prenez le talent partout où il existe pour le placer partout où il peut être utile. Si je me récuse dans le choix que vQUS pourrez faire, c'est que dans mon poste je me crois encore utile à pousser, à faire marcher la Révolution... Mettons-nous bien dans la tête que presque tous, que tous, nous voulons le bien public.

— Oui, oui, s'écrie-t-on de toutes parts.

— Que les défiances particulières ne nous arrêtent pas dans notre marche, puisque nous avons un but commun ! Quant à moi , je ne calomnierai jamais personne; je suis sans fiel, non par vertu, mais par tempérament. La haine est étrangère à mon caractère, je n'en ai pas besoin ; ainsi je ne puis pas être suspect, même à ceux qui ont fait profession de me haïr. Je vous rappelle à l'infinité de vos devoirs. Je n'entends pas désorganiser te ministère. Je ne parie pas

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de la nécessilé de prendre des mioistres dans \o\re seio, mais de* la nécessité de tous en réserver la faculté.

— Si TOUS établissez, répond Laréveillère-Lepeatix, le pouTOir exécutif sur les bases que propose DantOD, je dis qu'avec le tribunal que tous aTez décrété hier vous aurez organisé la plus épouvantable tyrannie. Imaginez, en effet, un instant, qu'après avoir choisi pour ministres des hommes d'une grande . audace ou d'une grande ambition un mouvement vienne désorganiser la Convention nationale. Ces hommes revêtus en même temps de fouettons législatives et executives, ayant à leurs ordres un tribunal qui jugerait sang a[^l, anéantiraient la liberté. J'ai voté la mort du tyran sans appel et sans sursis ; je voterai avec la même énergie contre la tyrannie nouvelle qui s'élève dans votre sein . Jamais je ne souffrirai que mon pays devienne le sujet très-Sdèle et le tributaire très-soumis d'une cité orgueilleuse et dominatrice, d'un dictateur insolent ou d'une oligarchie sanguinaire.... Je ne cesserai de poursuivre ces individus qui, bien logés, bien nour^ ris, bien vêtus, vivant dans les plaisirs, s'apitoient si affectueusement sur le sort du pauvre, s'élèvent avec tant de fureur contre tout ce qui jouit de quelque aisance et s'intitulent fastueusemeut sans-culoUes. Je m'élèverai, je te répète, tant que je vivrai, contre ces brigands démagogues* avec la même énergie que j'ai poursuivi les brigands couronnés. C'est la tyrannie que je hais, et non pas le nom qu'elle porte.

u Je demande que la proposition de prendre les mi-

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nistres dans cette assemblée soit repoussëe par la questioD préalable. >•

Robespierre, sans se prononcer sur le mérite de la propositioD, lance un double sarcasme contre les deux orateurs qui viennent de parler en sens opposé :

II Je pourrais, dit-il. faire aussi ma profession de foi, si J'en avais besoin. Je ne trouve aucun mérite à refuser une place de ministre ; car, en cela, on consulte bien plus son goût et ses intérêts que les principes de l'utilité publique; d'ailleurs, que doit craindre à ce poste un ami de la patrie ? Nous ne sommes plus au temps où l'on nous dénonçait chaque jour la dictature d'une ville ou d'un citoyen. La nation a écrasé de son mépris ces déclamations insensées. Je demande que la discussion continue. »

La Gironde, par l'organe de Bancal et de Fonfrède, insiste pour qu'un vote solennel écarte la motion de Danton. Celui-ci fait observer qu'il n'a point fait une motion positive, qu'il a seulement énoncé une opinion, sur laquelle il appelle l'attention de l'Assemblée. Mais celle-ci tient à résoudre la question, afin qu'aucun orateur ne soit tenté de la soulever de nouveau ; elle décrète qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur la proposition de choisir les ministres parmi les représentants du peuple.

L'accaparement de tous les pouvoirs par un comité choisi dans le sein de la Convention était déjà, on le voit, dans la pensée des principaux chefs du parti montagnard.

Seulement Danton avouait hautement ses projets, Robespierre les dissimulait sous une fausse indi^r^ce.

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XaO HISTOIRE DE LA TERREUR.

Des deux iastitutiODS, qui, à dies seules, devaient former tout le système delà Terreur, tribunal révolutionnaire et comité de salut public, l'une venait d'être acceptée sous la pression des conspirateurs du 9 mars; l'autre devait l'être bientôt sous le coup des évéDemeals qu'allait amener la défection de Dumouriez ' .

La Convention paraissait avoir oublié les conspirateurs ; mais leurs amis et leurs complices se chargeât eux-mêmes de l'eu foire souvenir. Le 12 mars, uiip députation de la section Poissonnière se présente, musique en tête, suivie des volontaires enrôlés depuis quatre jours. Elle demande l'autorisation de tire à ta barre le texte du discours que son président a prononcé lors de la visite des commissaires de l'Assemblée. Dès les premières phrases, oii il demande la mise en accusation de Dumouriez et de sou état-major, l'orateur est violemment interrompu ; chacun sent combien il

t. Beumonville, dont la démission ne fut pas acceptée, Tut réélu le 4i mars par 336 voi:i sur S30 volants.

ûarat passa du ministère de la justice à celui de l'intérieur, doni il faisait l'intérim depuis la démission de Roland. Gohier, arKien membre de l'Assemblée législalivo, et dopiiis quoique temps secrétaire général du ministère de la justira, fut désigné pour remplacer Garât à la chancellerie. Ces deux dernièr<>iA nominations furent fctile^ par 300 el 375 voix.

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est îDDpolitiqae d'attaquer le général sar lequel repose le salut immédiat de la patrie ' . Lacroix se fait l'iateN prête du seotimeat de presque tous ses a>llègues.

u Je oe vieDS pas, s'écrie-t-il, défendre Dumouriez. Il n'en a pas besoin. La République saura un jour ce qu'elle lui doit de r^nnaissance. Eh quoi! c'est au moment où il vient de prendre Bréda et Gertruydenberg, c'est au moment où il répond par des victoires à ses calomoiateurs qu'on deoiande qu'il soit frappé d'un décret d'accusation ; et cela parce que, à cinquante lieues de là, à Aix-la-Ctiapelle , des généraux qui n'étaient plus sous ses ordres, ont laissé forcer leur avant-garde par impéritie ou par trahison.

iç Les sentiments que l'on vient de vous exprimer sont peut-être ceux du président de la section, mais non des braves volontaires qui ont obtenu la permission de déiiier devant vous. Les volontaires ont été égarés; je n'en veux pour preuve que les insignes qui décorent le drapeau qu'ils vous présentent. »

Tous les yeux se portent sur l'étendard qse Lacroix a désigné du geste. Il n'est pas tricolore, mais seulement rouge et blanc ; la cravate qui y est attachée est

1. Nous avons retrouvé le telle entier du discours du président de la section Poissonnière. Le Moniteur, n° 73, n'en donne que le commencement, parce qu'il fut interrompu presque au^itât par les cris et les murmures de l'Assemblée. Nous le donnons à la fin de ce volume. Le président qui le prooonca le 8, en présence des commissaires de la Convention, élait un peintre nommé Faro. Cet artiste fît partie et de la Commune du iO août et de la Commune du 9 thermidor; il Tut guillotiné avec Robespierre. Cependant, nous verrons tout à l'heure Maratessayerde le faire passer pour un aristocrate.

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blanche, la hampe est surmontée d'une fleur de lis. Aussilât que les iosignes proscrits sont aperçus, un mouvemeDl général d'iodigaatioD éclate dans les bibuDes et jusque dans les rangs des volontaires t|ui accompagnent la dépulation. Plusieurs de ces deniers se précipitent sur le drapeau, Farrachent des mains de celui qui le porte, le déchirent avec les dents, le foulent aux pieds, brisent la hampe, remplacent la Qeur de Us par un bonnet rouge et la cravate blanche par des rubans tricolores qu'on leur jette des tribunes.

On demande à grands cris l'arrestation de l'orateur et -son renvoi immédiat devant le tribunal révolutionnaire.

« Oui, oui, s'écrie-t-on, c'est un calomniateur, c'est un traître, c'est un scélérat.

— (le qui vient de se passer, dit Isnard, est un trait de lumière qui doit nous éclairer sur les manœuvres des ennemis de la patrie. L'aristocratie, nouveau Protée, revêt toutes sortes de formes. Elle a bien senti qu'il ne lui suffisait pas de faire attaquer la liberté par les ennemis du dehors. Elle prend à l'intérieur le masque du patriotisme, et, par une exagération ridicule de tous les principes, elle espère amener une désorganisation totale. On fomente depuis quelques jours ces mouvements. Des hommes pervers se sont répandus dans les ' sections, dans les assemblées populaires, dans les groupes, lis disaient qu'il fallait ici, sonner te tocsin ; là, fermer les barrières ; ailleurs, tirer le canon d'alarme. Ils demandaient que Dumouriez fût amené ici pieds et poings liés; oui, Dumouriez, celui qui a sauvé la République

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