LIVRE XXIX. U
ministres dans votre sein et de cumuler sur quelques léles les fonctions exécutrices et les fonctions législatives. Des hommes revêtus de l'inviolabilité inhérente au caractère de représenlant du peuple auraient ainsi tenu entre leurs mains tous les trésors de la République, aurairat eu à leur dispositiou toutes les places, toutes les &veurs, tous les moyens d'intrigue, de corruption, de popularité, les bienfaits pour séduire, Taulorilé pour épouvanter; ils auraient asservi la Convention nationale qui n'eût plus été entre leurs mains qu'uu instrument pour légalisa leurs crimes et leur tyrannie ; et si quelque citoyen avait voulu élever une voix gémissante contre ce nouvel et exécrable despotisme, le tribunal révolutionnaire 'était là pour le juger comme un coaspiraleur et lui imposer silence en faisant tomber sa tête. »
Après cette vive peinture de l'avenir qui attend la France, Vergniaud revient sur la conspiration du 9- mars, en montre les ramifications, en dénonce les principaux fauteurs et termine son admirable discours par une péroraison plus admirable encore : « Français, serez-vous plus longtemps la dupe des hypocrites qui ont SBDS cesse à la bouche les mots de liberté et d'égalité? Ud tyran de l'antiquité avait un lit de fer sur lequel il faisait étendre ses victimes, mutilant celles qui étaient {dus grandes que te lit, disloquant douloureusement celles qui l'étaieirt moins pour leur faire atteindre le niveau; ce tyran aimait l'égalité. Voilà celle des scélérats qui déchirent notre patrie de leurs fureurs. L'égalité pour l'homme social n'est que celle des droits; elle n'est pas plua celle des fortunes que celle des tailles, des
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forcps, de Tesprit, de l'activité, de l'industrie el du travail.
H Oui, peuple infortuné, ou te trompe lorsqu'on le montre la liberté armée de poignards et de torches ; celle qu'on devait te donner, fille de la nature, unit les hommes par les liens d'une fraternité universelle. La liberté, des monstres l'étouQent et offrent à ton culte la licence. La licence, comme tous les faux dieux, a ses druides qui veulent lui sacrifier des victimes humaines. Pourquoi la liberté se propageât-elle avec tant de lenteur chez les nations étrangères? C'est qu'elles ne l'aperçoiventencore qu'à travers un crêpe ensanglanté. Lorsque les peuples se prosternèrent pour la première fois devant )e soleil pour l'appeler père de la nature, était-il voilé par' ces nuages destructeurs qui portent les tempêtes? Non, il s'avançait brillant de gloire dans l'iminensité de l'espace et répandait sur l'univers la fécondité et la lumière. Eh bien! foudroyons l'anarchie, fondons la liberté sur une sage constitution. Bientôt vous verrez les trônes s'écrouler, les sceptres se briser, el les peuples vous tendre les bras en signe d'union fraternelle. »
Des applaudissements presque unanimes accompagnent l'orateur jusqu'à sa place. On demande de toutes paris l'impression du discours de Vergniaud. Mais Marai
s'élance à la tribune; jamais le monstre n'a été plus gonflé de haine et d'orgueil. « Je ne me présente pas, dit-il, avec des discours fleuris, avec des phrases parasites pour mendier des applaudissements. Je me présente avec quelques idées lumineuses faites pour dissiper (out le vain batelage que vous venez d'entendre. Personne plus que moi n'est affligé de voir ici deux partis, dont l'un ne veut pas sauver la patrie et dont l'autre ne sait pas la sauver »
De Tifs applaudissements éclatent sur les bancs de l'extrême gauche et dans les tribunes ; le reste de l'Assemblée y répond par de violents murmures.
([ Oui, reprend l'audacieux tribun, il est prouvé que les hommes qui ont voté l'appel au peuple voulaient la guerre civile, et que ceux qui ont volé pour la conservation du tyran voulaient la conservation de latyrannie. Je m'oppose à l'impression d'un discours qui porterait daas les départements le tableau de nos alarmes et de nos divisions. »
Malgré l'opposition des Montagnards, l'impression du discours de Vergniaud est décrétée. La gauche alors demande que l'on imprime également la réponse de l'ami du peuple.
Dans son impartialité, la Convention y consent; mais Vergniaud, méprisant un honneur qui serait partagé par Marat, déclare que son discours a été improvisé et demande lui-même lerapport du décretqui en ordonne l'impression.
La discussion s'ouvre sur la proposition de mettre en arrestation les membres du Comité dit d'insurrection,
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su HISTOIRE DE LA TEURBUR.
d'apposer tes scellés sur leurs papiers particuliers et sur
les registres du Comité.
Quelques voix à gauche demandent que l'on passe à l'ordre du jour sur toutes ces propositions; mais Fodfrède, indigné, s'écrie : a Eh quoi ! citoyens coliques, le souvenir des dangers que )a liberté, que le peu{de, que vous-mêmes vous avez courus, est-îl donc si promptement eSbcé de vos esprits ? Cette Assemblée si énergique hier relombera-t-elle si promptement aujourd'hui dans cette apathie mortelle qui l'a conduite en aveugle au bord du précipice? Hier, personne ne contestait ici qu'une vaste conjuration n'eût été ourdie par les contre~révolulionnaires, contre vous et contre la République. Hier, personne ne contestait que les autorités constituées de la ville où vous siégez n'eussent par leur prudence et leur fermeté sauvé la représentation nationale ; vous l'avez déclaré à la France enUère, et j'aime à le répéter après vous: oui, la commune de Paris a bien mérité de la patrie.
Il Maintenant hésiterez-vous II frapper ceux qui ont conspiré la perle de la liberté? les laisserez-vous échapper à la vengeance nationale?
— Non ! non ! » s'écrie la grande majorité de l'Assemblée se levant comme un seul homme.
La Montagne reste immobile. Le véhément onteur, se tournant vers le banc où siège Danton, continue ainsi : « Je vous adjure, Danton, au nom de la République, de déclarer si vous ne venez pas de me dire qu'ra eflet vous croyez que dimanche un complot contre-révolutionnaire aurait été tenté. Je vous adjure.
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