LIVRE XXX
L'USSDBBECTION VENDÉENNE.
L'esprit d'anarchie n'existait pas seulement dans la capitale, Jt s'était introduit dans la plupart des principales villes, grâce aux sociétés populaires qui toutes se faisaient honneur d'être affiliées à la société mère de la rue Saint-HoDoré, et acceptaient presque aveuglément son mot d'ordre. Le comité de sûreté générale, depuis qu'il était exclusivement composé de Montagnards, était venu prêter à ces sociétés un appui considérable ; mais en revanche il recevait d'elles un, puissant concours. Par leur intermédiaire, il avait organisé une police formidable, et était parvenu h paralyser entre les mains de ses adversaires l'exercice de tous les droits et de toutes les libertés. Il nous serait impossible de relever un à un. ville par ville, les faits odieux et exorbitants que s'y permettaient journellement les partisans de la démagogie. Bornons-nous k raconter ce qui se passait pendant les premiers jours de mars dans la seconde ville de France, à Lyon.
DictizedbyGoOJ^IC
Les deux opinions 'giroadioe et monlagaarde y étaient en présence. I^e président du tribunal criminel. Chalier, et le procureurde la commune, Laussel, étateot à la léle de la faction ultra-révolutionnaire. Le maire. Nivière-Chol, soutenait les opinions modérées. Tt avait pour lui la majorité du Conseil général et de la garde nationale. Ses adversaires disposaient du club central et, par ce club, des autres sociétés populaires.
C'était au club central que Chalier édiaufiait chaque soir les esprits par les discours les plus incendiaires; c'était là qu'il demandait, dans chacune de ses harangues, la création d'un tribunal extraordinaire; c'était là qu'il s'écriait : n On m'accuse d'avoir voulu créer un tribunal de sang. Eh bien, oui, je l'aï voulu pour punir les monstres qui le boivent. » .
Nivière-Chol voyant son autorité de plus en plus contestée et méconnue, donne sa démission. Huit jours après il est réélu à une immense majorité. Mais il persiste dans sa résolution de sortir de l'arène électorale.
La lutte s'engage entre Bertrand et Gilibert. Bertrand était l'aoti intime de Chalier et l'admirateur passionné de ses doctrines politiques. Gilibert, médecin et botaniste distingué, était complètement dévoué à la cause de l'ordre.
Pour écarter un candidat aussi embarrassant, Chalier et Laussel ne trouvent rien de mieux que de l'impliquer dans une procédure criminelle, qu'Us dirigent contre les auteurs et fauteurs des troubles qui ont agité la ville quelque temps auparavant. Laussel lance lé réquisitoire, Chalier le mandat d'arrêt, et Gilibert est jeté ea prison.
DictizedbyGoOJ^IC
LIVBE XXX. Ml
Mais ce coup de partie, quelque habile qu'il soit, n'a pas tout le succès qu'en attendaient ses auteurs. Le prisonnier est nommé maire à une grande majorité.
Au moment même où les modérés viennent de remporter celte éclatante victoire, arrivent trois représentants du peuple, Basire, Legendre et Rovère. Le Comité de si^reté générale, dont ils étaient membres, avait eu l'adresse de les faire nommer commissaires dans le faut apparent de porter des paroles de conciliation aux Lyonnais divisés, dans le but réel d'assurer la prépondérance à la faction Ghalier. Leur premier soin est de confirmer le mandat d'arrêt lancé contre l'élu de la cité, et de rendre par conséquent nécessaire un nouveau vote. Les modérés, ne se sentant pas de force à résister h la pression exercée par les trois commissaires. que la Convention a revêtus de pouvoirs illimités, s'éloignent du scrutin; Bertrand est élu sans conteste, .aussitôt Basire. Legendre et Rovère écrivent à l'Assemblée « qu'ils ont su tenir une balance égale entres les partis, car, s'ils ont favorisé la nomination d'un maire patriote, ils ont démascpié un magistrat prévaricateur qui vendait des certificats de civisme à beaux deniet? comptante. »
Ce magistrat n'était autre que Laussel, l'ami de Chalier, celui qui avait commencé contre Gilibert une procédure dont on avait su tirerun si utile profit'. Mais
t. La desb'Uition de Layssel avait été provoquée par la dénonciation dont la teneur suit :
• Nous, rausaignés, oCBciers municipanx de la ville de LfOD, déctarODB aux ciloyena commîsMires de la Convention que le citoyen Laussel, procureur de la commune, a perdu notre con6ance, et les
DictizedbyGoOJ^IC
tSI HISTOIRE DE LA TERRECR.
c'était eo vain que, le but atteiat, oq avait, pour apaiser l'irritation des vaincus, brisé le vil iostrunient dont ou
invitons à prendre sur l'objet telles mesures qu'ils estimeront convenables.
a VlLLARS, SaVTBNOVCHB, BoVCBBNA, RiCOT, CaBTEEON,
Dubois, Franullié, Bedo», Cragot, Dbstepa«ue, UtLON, L. Ëmert, Nobl, Roch. s
A. cette demande, les trois coromissaires de la Convention avaient répondu par l'arrêté suivant :
« Nous, commissairea de la ConvenUon nationale pour le rétablissement de l'ordre dans le département de Rhône-et-Loire et lieux
ci rcon voisins, lecture faite de la déclaration souâcrilo par les officiers municipaux do la commune de Lyon, portant que le citoyen Lanssel, procureur de la commune, a perdu leur conSancc, et de plusieurs autres déclarations souscrites par diverses personnes des bits de prévarication qui lui sont imputés dans l'exercice de ses foDctions;
« En vertu des pouvoirs qui nous ont été conférés par l'arlicle î du décret du !5 février dernier, arrêtons :
n 1' Qne le citoyen François- Auguste Laussel demeure suspendu de ses fonctions, et qu'il sera mis sur-le-champ ea état d'arrestation dans la maison de sûreté dite de Saint-Joseph, pour y être tenu au secret jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné;
( S° Que l'administration de la police demeure requise de faire apposer sans délai les scellés sur ses papiers, meubles et effets ;
■ 3° Enfin qu'eicpédJtion du présent sera promptement adressée à la municipalité qui demeure invitée d'en donner connaissance tant ii l'administration de lu police, pour ce qui la concerne, qu'au conseil général de la commune, et de procéder au rem placement provisoire dadit citoyen Lauasel dans les formes ordinaires.
« Fait et arrêté à Lyon le 13 mars 1793.
0 RovÈRE, Basire, Lbgendre, commlssalres ; Hagnon, secrétaire de la Commission. >
Ce Lanssel était un prêtre défroqué et marié. Une longue et minutieuse instruction prouva toutes les exactions que lui,, sa femme et son secrétaire commettaient journellement, a l'égard des malheureux qui
DictizedbyGoOJ^IC