‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 10 sur 279 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

Mayence. Quoique je croie peu à leur fanfaronnade et à leur jactance, j'ai pensé qu'il était nécessaire pour la dignité de la nation française de marcher au devant de ceux qui se vantaient de nous faire abandonner la Franconie1. » Cela dit, Custine réclamait avec instance des? renforts} mais, même avant cette dernière demande, le ministre de la guerre avait donné Tordre de faire filer sur Mayence; 12,000 hommes tirés des places fortes dont Biron ayait la garde. C'était affaiblir celui-ci outre mesure, et, par cela, même s'approprier en l'aggravant l'imprudence de Custine. Les ordres du ministre étaient précis, et Biron, avec une abnégation chevaleresque, se fit gloire d'y obtempérer aussitôt.

En envoyant ses meilleurs régiments à celui qui lui obéissait encore quelques semaines auparavant, il lui écrivait, le 9 novembre : « Mon ami, toutes les troupes de l'armée que je. commande sont à votre disposition, tous les ordres que vous m'adresserez seront promptement exécutés; je vous jure que cette disposition du ministre ne me donne personnellement aucune humeur, et que toutes les manières de contribuer avec vous au succès des armes de la République ne cesseront jamais de piètre agréables2. » Cependant, à la fin de sa lettre, Biron laissait percer le fond de sa pensée , et déclinait avec raison toute solidarité dans les nouvelles témérités de son ancien lieutenant. « Vous sentez bien, mon cher ami , disait-il , que je dois raisonnablement cesser d'être responsable de la sûreté du haut Rhin et de ses places,

4. Lettre lue à la séance du 46. Moniteur, n° 323. t. La lettre de Biron se trouve au Moniteur, n° 320.

puisqu'un antre peut disposer des troupes qui y sont employées, je le mande au ministre et à la Convention nationale. »

La lettre de Biron, lue le 14 novembre à la tribune, fut, malgré la restriction finale qu'elle contenait, couverte d'applaudissements. L'Assemblée en ordonna l'insertion au bulletin, l'envoi aux armées, aux départements, à tous les généraux1, particulièrement à celui que Custine venait d'accuser avec tant de brutalité , et qui, par une singulière coïncidence, assistait à la séance de la Convention.

Kellermann, en effet, mandé à Paris par le Conseil exécutif, attendait à la barre qu'il plût à l'Assemblée nationale de recevoir ce jour-là même ses explications et ses adieux: ses explications, parce qu'il ne pouvait rester sous le poids des accusations de Custine; ses adieux, parce que le Conseil exécutif, n'osant le sacrifier complètement, venait de le nommer général en chef de l'armée du Midi.

« Représentants du peuple français, dit-il, le Conseil exécutif m'a mandé à Paris pour lui rendre compte de mes opérations. Vos commissaires, ainsi que les commissaires du pouvoir exécutif, m'ont suivi pas à pas dans l'expédition mémorable qui vient de se terminer par l'expulsion complète des ennemis hors du territoire sacré de la République. Ils ont vu si le général démentait le civisme, le courage et la patience des soldats; s'il y eut un seul instant de perdu dans la poursuite des ennemis;

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