‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 9 sur 279 · LIVRE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE XIX

Custine venait de lui envoyer, par un courrier extraordinaire, copie de son factuin, et ajoutait : « Je me flatte, que la Convention jugera comme moi que cette dénonciation n'a pu être dictée que dans un accès de folie ou de vin. » Après avoir raillé Custine sur ses prétendues connaissances militaires , il assurait que la campagne ne pouvait être utilement reprise qu'en janvier, lorsque les ennemis seraient dispersés dans leurs quartiers d'hiver, et que ses propres troupes seraient reposées et ravitaillées.

On doit le reconnaître, Kellermann, ne disposant que de 15,000 hommes depuis que Valence l'avait quitté pour renforcer l'armée de Belgique, se serait exposé à une perte presque certaine s'il avait marché droit à l'ennemi. Car il ne s'agissait de rien moins que de poursuivre, par des chemins affreux, une armée trois ou quatre fois plus forte que la sienne, et cela au moment même où la dyssenterie se déclarait parmi ses troupes, obligées de camper sans paille et sans abri, dénuées de tout et pouvant à peine se procurer la subsistance de chaque jour.

Mais, à Paris, on en jugeait autrement. Custine jouissait de la faveur populaire , de l'estime toute particulière de la société des jacobins. Ses fanfaronnades quotidiennes étaient acceptées comme des articles de foi ; ses dépêches, dans lesquelles il annonçait qu'il avait levé telle somme d'imposition sur telle villle, mis à contribution tel petit prince ou telle riche abbaye, étaient saluées par des tonnerres d'applaudissements.

Rien ne pouvait altérer la confiance entière qu'inspirait l'heureux vainqueur de Mayence, ni les imprudences

qu'il commettait en envoyant ses troupes légères jusqu'à Giessen, à huit ou dix lieues plus loin que Francfort, dans avoir aucun moyen de les faire soutenir, ni la constata* tion du déplorable effet que ses exactions produisaient en Allemagne. Le Ift novembre, des magistrats de Francfort, délégués par cette ville, Se présentèrent à la barre delà Convention nationale. Dans la pétition dont ils donnèrent lecture, ils exposaient que le général français avait été induit en erreur quand il avait reproché à leurs concitoyens d'avoir protégé les émigrés et autorisé la publication d'un journal français hostile à la révolution. « Francfort était un état libre, une cité ouverte aux hommes cte tous les pays et de tous les rangs. Des Français émigrés ou non y avaient donc pu vivre et séjourner* La liberté de la presse y existait avant d'avoir été proclamée en France; personne n'avait pu ni ne pouvait donc y défendre la publication d'un journal quelconque, aristocratique ou démagogique. Les Francfortois s'étaient toujours maintenus dans la plus stricte neutralité vis à vis de la France, ils étaient en droit d'obtenir la restitution de la contribution qui leur avait été arrachée 1. »

Custine ne vit même pas sa popularité ébranlée par la prolongation de son séjour à Mayence et par son immobilité forcée devant l'ennemi, dont il avait maladroitement laissé les forces se concentrer. Il écrivait de son quartier général d'Usingen, le iO novembre : « Les lenteurs du général Kellermann inspirent à nos ennemis le projet de me faire abandonnner Francfort, et de me renfermer dans

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