LIVRE XXL
Robespierre ne cessaient d'accuser leurs adversaires de faire des vœux secrets pour le rétablissement de la royauté. Les amis de Vergniaud et de Brissot n'avaient d'abord opposé qu'un silence dédaigneux à cette absurde accusation; mais, comme elle risquait, à force d'être répétée, de prendre une certaine consistance dans l'imagination populaire, ils se décidèrent à la réfuter.
Le k décembre, un montagnard obscur * l'ayant renouvelée avec une -insistance nouvelle, Buzot, qui était toujours sur la brèche , se précipite à la tribune. « Eh bien ! dit-il, pour écarter tout soupçon, je demande que la Convention décrète la peine de mort contre quiconque proposera de rétablir en France les rois et la royauté sous quelque dénomination que ce soit. »
L'Assemblée se lève presque tout entière en signe d'adhésion ; les montagnards Basire et Phelippeaux réclament la parole pour combattre comme intempestive la proposition de Buzot. Mais celui-ci insiste pour qu'elle soit mise aux voix immédiatement, et par appel nominal. Phelippeaux parvient cependant à obtenir un moment de silence. « Je prie l'Assemblée, dit-il, de modérer son enthousiasme ; ce qui importe maintenant, c'est de préciser la manière dont le ci-devant roi sera jugé. Il faut, avant tout, sortir de l'espèce d'inquiétude, d'agitation, de souffrance, où la chose publique est depuis quelque temps ; je demande que la Convention décrète que le grand procès qui l'occupe sera jugé sans désemparer. »
4. Remy, dit le Moniteur. Il n'y avait pas de député de ce nom à la Convention. Le Journal des Débals et Décrets ne le nomme pas.
Une centaine de membres appuient cette motion; des applaudissements prolongés partent des tribunes, mais la plus grande partie de l'Assemblée reste silencieuse 4. Basire s'écrie : « La proposition de Phelippeaux est la seule qui puisse être adoptée- Celle de Buzot, au contraire, porterait atteinte à la liberté de la sanction que le peuple est appelé à donner à la Constitution. »
A ces mots éclatent de violents murmures ; on se demande si Basire et ses amis veulent stipuler des réserves en faveur du rétablissement de la monarchie. Le courant de la discussion avait fait dériver Basire bien au delà de sa pensée. Les réclamations de ses adversaires l'entraînent plus loin encore. Dans la fureur qui l'anime contre Buzot, il fait entendre un langage auquel il n'a pas habitué ses auditeurs; en haine des Girondins, il prêche la clémence et la modération. « Est-ce en vous levant tumultueusement, s'écrie-t-il , est-ce en agitant vos chapeaux que vous devez décréter la peine de mort ? Voulez-vous que l'on prétende que votre République n'est établie que par la force d'une faction, qu'elle repose sur une loi de sang et non sur le vœu libre du peuple? »
Rewbell appuie Buzot : « On dit autour de moi que la motion de notre collègue est inutile. Je soutiens, moi, qu'elle est nécessaire pour ôter toute espérance à ceux qui intrigueront, non pour rétablir Louis XVI sur le trône, mais pour y placer un autre tyran. »
4. Moniteur, n° 344. Journal des Débats et Décrets, p. 83, n« 78.