LIVRE XXI
Ces derniers mots excitent la colère des Montagnards ; elle s'exhale en interpellations violentes.
Lejeune. — « Buzot vient de faire une motion d'anarchie, de trouble et de désordre. Pourquoi remettre en question ce qui a été solennellement décidé ? »
Léonard Bourdon. — « Quels sont donc les prestiges de la royauté, s'il faut délibérer deux fois pour la détruire? »
Tureau. — « Pendant tous ces débats, Louis XVI respire et la vengeance nationale est suspendue. »
La plus grande agitation règne dans l'Assemblée. Rewbell cherche à l'apaiser en expliquant la pensée qui a motivé la proposition de Buzot : « Le tumulte et le chaos de cette discussion viennent de ce qu'on ne s'entend pas. Il ne s'agit pas de délibérer une seconde fois sur l'abolition de la royauté, mais de faire une loi pénale qui n'existe pas encore contre quiconque tenterait de la rétablir. »
« Eh bien ! dans ce cas, réplique Merlin (de Thionville) , qu'on ajoute ces mots à la rédaction de Buzot : « À moins que ce ne soit dans les assemblées primaires. »
A V ordre 1 à l'Abbaye I voilà le royalisme ! voilà le mystère découvert ! crie-t-on de toutes parts.
« Quoi! reprend l'orateur, on m'appelle royaliste, moi qui n'ai qu'un regret, celui de n'avoir pas imité Brutus au moment où le tyran se trouvait dans cette loge , » et du geste il désigne la place que Louis XVI occupait le 10 août.
Malgré cette profession de foi de républicain farouche, on insiste pour que Merlin soit rappelé à
Tordre. Guadet prend ironiquement sa défense. ,« Chacun ici doit être, libre d'énoncer ses sentiments» et peutr être la Convention n'a-t-elle pas à regretter d'avoir entendu une opinion qui lui donne la clef du projet formé, ce me semble, depuis quelque temps, de substituer un despote à un autre, un despote sous l'égide duquel ceux qui l'auraient porté à cette usurpation seraient sûrs d'acquérir à la fois et l'impunité de leurs forfaits, et la certitude d'en commettre de nouveaux. »
Les sarcasmes de Guadet avaient toujours le privilège d'exciter les fureurs de la Montagne. Basire, Robespierre jeune, Chabot, Camille Desmoulins descendent précipitamment de leurs bancs, et assiègent la tribune. Mais l'Assemblée refuse de les entendre, passe dédaigneusement à l'ordre du jour sur la proposition de Merlin et sur toutes les propositions incidentes qui s'y rattachent; puis, par assis et levé, adopte au milieu du plus grand silence le décret rédigé par JBuzot1.
A peine le résultat du vote est-il prodamé, que Phelippeaux reproduit sa motion ; il veut que la Convention se déclare en permanence jusqu'à ce qu'elle ait statué définitivement sur le sort de Louis XVI.
Mais Pétion, qui continue à se poser comme le grand régulateur du débat, fait ressortir tous les inconvénients
4 . Il était ainsi conçu : « La Convention décrète, au nom de la République, la peine de mort contre quiconque proposerait ou tenterait de rétablir en France, soit la royauté, soit tout autre pouvoir attentatoire à la souveraineté du peuple. »
C'est en se basant sur ce texte de loi que le tribunal révolutionnaire envoya plus tard à l'échafaud des centaines de victimes.