‹ Histoire de la Terreur, d'après des documents authentiques et inédits (volume 5)Chapitre 116 sur 279 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

et simplement, et tout de suite, les assemblées primaires. »

A ce mot, la réflexion revient à certains membres de l'Assemblée. Manuel se hasarde le premier à présenter quelques observations. Il déclare qu'il a été loin de partager l'enthousiasme général, qu'il voit dans la motion de Guadet le renversement de la liberté, car elle prépare le renouvellement continuel de la Convention. « Chaque mois, explique-t-il, le peuple, trompé par des intrigants ou agité par des factieux, pourrait la changer tout entière. On veut purger la Convention de quelques hommes qui lui répugnent; mais qui vous assure que l'homme que vous voulez vomir ne vous sera pas renvoyé par les assemblées primaires? Tout ceci mérite le plus mûr examen. Je demande que la question soit soumise au Comité de constitution. »

Les premières phrases de Manuel avaient été assez mal accueillies , mais les conséquences du décret ne tardent pas à être aperçues par les plus clairvoyants. Une grande indécision se manifeste dans une partie de l'Assemblée ; plusieurs députés demandent la parole contre la motion trop facilement acceptée. Guadet luimême croit devoir expliquer sa pensée, a Ma proposition , dit-il , tend à consacrer ce grand principe : c'est que le peuple doit nommer immédiatement ses mandataires. La Convention a été élue par les corps électoraux; eh bien! je veux que les assemblées primaires soient consultées pour sanctionner le choix de ces corps électoraux et pour rappeler les membres qui auraient perdu la confiance du peuple. »

ttt HISTOIRE DE LA TERREUR.

De nombreux murmures se mêlent aux applaudissements qui accueillent encore les paroles de Guadet.

« On me fait observer, reprend l'orateur, qu'un appel aux assemblées primaires , fait dans les circonstances actuelles, pourrait fournir à l'aristocratie une occasion pour fomenter des troubles. J'aime trop ma patrie pour l'exposer à de pareils dangers; je demande donc l'ajournement de ma proposition jusqu'au lendemain du jour où l'Assemblée aura prononcé le jugement du roi. »

Le président Barère demande la permission de quitter le fauteuil pour aller à la tribune parler sur le décret qu'il n'a pu s'empêcher de mettre aux voix quelques instants auparavant. Mais Prieur (de la Marne) a déjà pris la parole. « Voulez-vous, s'écrie-t-il , à la veille du jugement de Louis Gapet, faire considérer tous les membres de cette Assemblée comme des représentants provisoires du peuple, comme des députés indignes de sa confiance. La proposition de Guadet ne tend qu'à avilir la Convention nationale. Bientôt peut-être od viendra vous dire que votre jugement sur le roi doit être soumis à la ratification des assemblées primaires; or, si vous décrétez cela, vous aurez décrété la guerre civile. »

La majorité est ébranlée. Barère ajoute quelques mots, qui triomphent de ses dernières hésitations. Guadet lui-même semble passer condamnation sur l'inopportunité du vote qu'il vient d'obtenir. Le décret est rapporté, et l'examen de la question renvoyé au Comité de constitution.

Laissons la Gironde marcher d'hésitation en hési-

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